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Violences des « gilets jaunes » à Paris : plus de 60 arrestations

Le reportage de Jean-François Bélanger
Radio-Canada

Des débordements et des violences ont émaillé samedi la nouvelle manifestation du mouvement des « gilets jaunes », sur les Champs-Élysées, à Paris, suscitant une réaction courroucée du président Emmanuel Macron.

Près de 8000 manifestants étaient présents dans la capitale, a indiqué le ministère de l'Intérieur, dans le cadre de ce deuxième week-end d’une fronde citoyenne organisée par l’intermédiaire des réseaux sociaux contre la hausse des taxes sur le carburant.

Sur les Champs-Élysées, certains manifestants, masqués et vêtus de noir, ont descellé des pavés pour s'en servir comme projectiles sur les forces de l'ordre. D'autres ont utilisé du mobilier urbain, comme des grilles, des barrières métalliques, mais aussi des chaises de bars et de restaurants, pour monter des barricades.

L'escouade antiémeute a repoussé les protestataires par des canons à eau, des gaz lacrymogènes et des balles de plastique alors qu'ils tentaient de braver les barrages pour rejoindre la place de la Concorde.

Au moins une voiture et une moto ont été incendiées et d'autres foyers d'incendie ont été alimentés par les manifestants, à coup de planches, de bennes à ordure, de cônes orange, voire d'une trottinette en libre-service.

Des manifestants derrière une barricadeDes manifestants vêtus du gilet jaune et de masques se tiennent derrière une barricade, en plein milieu des Champs-Élysées. Photo : Reuters / Benoit Tessier

La police a procédé à 62 arrestations à Paris, la plupart pour des tirs de projectiles. Vingt-quatre personnes, dont cinq gendarmes, ont été blessées.

J’ai habité pendant plus de 12 ans à Paris, et je n’ai jamais vu des émeutes aussi violentes sur les Champs-Élysées.

Jean-François Bélanger, correspondant de Radio-Canada à Paris

Le président Emmanuel Macron s'est indigné en début de soirée des actes de violence commis par des citoyens envers les forces de l'ordre.

Honte à ceux qui les ont agressées. Honte à ceux qui ont violenté d’autres citoyens et des journalistes. Honte à ceux qui ont tenté d’intimider des élus.

Emmanuel Macron, président de la France

Un déploiement policier majeur

Quelque 3000 membres des forces de l'ordre ont été mobilisés à Paris et dans les communes limitrophes pour ce seul événement, alors qu'au moins deux autres manifestations, sur d'autres thèmes, se déroulaient au même moment dans la capitale.

La tour Eiffel, bordée par le jardin du Champ-de-Mars où avait été officiellement autorisée la manifestation des « gilets jaunes », a été exceptionnellement fermée au public.

Des manifestants vêtus du gilet jauneSur les Champs-Élysées, des manifestants, certains masqués, affrontent les forces de l'ordre, qui tentent de contrôler la foule avec des canons à eau. Photo : Reuters / Benoit Tessier

Les autorités ont fait état de « quelques groupes à risque » sur place. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a notamment déploré la mobilisation de réseaux extrémistes, et rejeté le blâme sur le parti de Marine Le Pen, le Rassemblement national.

Aujourd'hui, l'ultradroite s'est mobilisée et est en train de vouloir dresser des barricades sur les Champs-Élysées. Au fond, les séditieux ont répondu à l'appel notamment de Marine Le Pen et veulent s'en prendre aux institutions, comme ils veulent s'en prendre aux parlementaires.

Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur

En prévision de la manifestation, la police avait bouclé tout un secteur autour de la place de la Concorde, de l'Élysée, de l'hôtel de Matignon – où réside le premier ministre – et de l'Assemblée nationale. « Aucun manifestant n'est dans la zone interdite », a assuré la police de Paris dans un communiqué.

Le préfet de police Michel Delpuech avait prévenu que le dispositif de protection mis en place « ne permettra[it] aucun passage sur le bas des Champs-Élysées ». Tout au long de la journée, les manifestants ont ainsi « joué au chat et à la souris » avec les autorités, selon les mots de notre correspondant Jean-François Bélanger, pour tenter d'y accéder.

En province aussi, plusieurs actions ont touché le réseau routier samedi matin. Des gilets jaunes ont bloqué les entrées et les sorties d’autoroute dans le sud du pays, forçant la police à utiliser des gaz lacrymogènes pour les déloger. À l'échelle de la France, on estime à quelque 106 000 le nombre de manifestants.

Un manifestant lance une chaise.Des milliers de « gilets jaunes » ont convergé à Paris, certains se permettant des débordements. Photo : Reuters / Benoit Tessier

Le gouvernement réagit

L'Élysée avait fait savoir vendredi, à la veille de ce rassemblement présenté comme un nouveau point d'orgue de la fronde sans précédent contre le gouvernement, qu'Emmanuel Macron préciserait mardi le cap et la méthode pour mener à bien une transition écologique « équitable et juste » et faire que « personne ne soit laissé sur le bord de la route ».

Ces signaux de dialogue, couplés à l'annonce la semaine dernière de 500 millions d'euros d'aides supplémentaires, n'ont pour l'heure pas freiné les appels à la mobilisation relayés sur les réseaux sociaux.

Michel Delpuech avait tempéré hier le caractère massif du rassemblement lors d'une conférence de presse. Il y a une semaine, 300 000 personnes y avaient participé dans toute la France : « Il n'est pas certain du tout d'après les informations dont nous disposons que les montées soient massives depuis la province, les indications sont plutôt d'un autre ordre. »

Dans un entretien au quotidien Le Parisien, la mairesse de Paris Anne Hidalgo s'est dite « inquiète d'éventuelles dégradations » liées au mouvement qui a entraîné des milliers de blocages routiers et a fait samedi dernier deux morts, 628 blessés parmi les manifestants et 136 parmi les forces de l'ordre. Il y a aussi eu 795 interpellations et 605 gardes à vue.

Des policiers antiémeutes font face à des manifestants en colère dans une rue.Des manifestants contre la hausse du prix du carburant affrontent les forces de l'ordre à Paris. Photo : AFP/Getty Images / LUCAS BARIOULET
Avec les informations de Reuters

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