•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des étudiants musulmans ciblés par les services de renseignement se mobilisent

Le président de l'Association des étudiants musulmans de l'Université de Regina Usaid Siddiqui.
Usaid Siddiqui est étudiant et président de l'Association des étudiants musulmans de l'Université de Regina. Comme plusieurs de ses camarades, il a reçu un appel du service de renseignement souhaitant le rencontrer. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Des dizaines d'étudiants musulmans en Saskatchewan disent avoir été contactés et interrogés par des agents du service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sans raison. Certains sont inquiets et tentent maintenant de s'organiser afin de se protéger et de s'informer sur leurs droits.

Un texte d’Andréanne Apablaza

Usaid Siddiqui dit avoir reçu l'appel d’un agent du SCRS l’été dernier, lui demandant de le rencontrer, mais sans plus de détails. L’étudiant, qui est aussi le président de l’Association des étudiants musulmans de l’Université de Regina, raconte avoir décliné la demande après avoir consulté un avocat.

L’étudiant n’a jamais su pourquoi cet agent voulait le rencontrer. « Je lui ai demandé : "Pouvez-vous me dire de quoi il s'agit? Vous êtes du SCRS, c’est une affaire énorme, c’est quelque chose de sérieux" Il ne voulait pas me donner une once d’information », explique Usaid Siddiqui.

Il n’est pas le seul dans cette situation. Il estime qu’une dizaine d’étudiants musulmans à Regina et plusieurs autres étudiants provenant d’autres universités canadiennes ont aussi reçu des appels semblables depuis 2006.

« C’est effrayant pour les étudiants présentement. Certains ont pensé que, s’ils n’allaient pas les rencontrer, ils se retrouveraient en prison ou ailleurs, alors ils l’ont fait par peur. »

« Quand une agence d’espionnage ou une agence de renseignement vous appelle, cela sonnerait l’alarme chez n’importe qui et causerait de l’inquiétude chez n’importe qui », explique le Dr Joel Schindel, de l’Organisation canadienne des aumôniers musulmans à Saskatoon.

Ce dernier dit connaître plusieurs étudiants qui vivent cette situation dans la province. « Le problème, c'est que nous ne savons pas pourquoi. Cela a un effet négatif sur notre communauté, nous avons le sentiment d'avoir fait quelque chose de mal. »

Mobilisation

Hassan Guillet, du Conseil des imams du Québec, souligne que les agences fédérales ont l'obligation de traiter les citoyens de façon égale, indépendamment de leur appartenance religieuse. « Aller voir des gens juste à cause de leur origine ethnique ou de leur appartenance, ça ressemble à du profilage », souligne-t-il.

Le porte-parole du Conseil des imams du Québec, Hassan Guillet.Le porte-parole du Conseil des imams du Québec, Hassan Guillet, estime qu'il est inacceptable que les services secrets contactent des étudiants musulmans uniquement en raison de leur appartenance religieuse. Photo : Radio-Canada

Usaid Siddiqui et Joel Schindel souhaitent mettre en place des forums de discussion pour informer les étudiants sur leurs droits et sur la meilleure façon de réagir dans une telle situation.

« Si vous vous sentez à l'aise de rencontrer les agents du SCRS ou de la GRC, c'est très bien, mais vous devez au moins savoir comment vous y prendre pour ne pas avoir ce sentiment de peur », explique Usaid Siddiqui. Selon lui, ces discussions pourraient avoir lieu d’ici la fin de l’année ou en janvier.

« Nos étudiants, qui constituent déjà une communauté vulnérable, n'ont peut-être pas les connaissances juridiques nécessaires pour connaître leurs droits, ou ne sont peut-être pas en mesure d'acquérir le soutien juridique nécessaire à cet égard », explique le Dr Schindel.

Assurer la sécurité nationale

Le SCRS explique par courriel qu’il « entre souvent en contact avec la population canadienne, un peu partout au pays, pour obtenir des informations sur des questions liées à son mandat d’assurer la sécurité nationale ».

« Lorsque le SCRS sollicite l’aide de Canadiens et de Canadiennes, il insiste sur le fait que toute collaboration est volontaire. Il veille à ce que ses activités soient conformes à la règle de droit, éthiques, nécessaires et proportionnelles à la menace », ajoute son sous-chef aux affaires publiques, John Twonsend.

Selon Usaid Siddiqui, les étudiants n'ont pas l'impression que ces discussions sont optionnelles. « La façon dont c’est présenté, la manière dont le ton est établi ne donnent pas l’impression que c’est volontaire. Cela donne plutôt l'impression qu’on doit parler, sinon quelque chose pourrait arriver », explique-t-il.

Le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale en conférence de presse à Ottawa le 20 novembreLe ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, en conférence de presse à Ottawa le 20 novembre Photo : Radio-Canada

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a affirmé mardi en conférence de presse que les services de renseignements et la GRC examinent toutes les menaces potentielles, peu importe leur origine.

« De nouvelles sources de menaces apparaissaient tout le temps, comme le phénomène d'extrême droite que nous avons observé de manière générale dans le monde occidental », a dit le ministre.

« Toutes les sources de menace doivent être prises en compte et traitées correctement et efficacement par la police et les agences de sécurité, qui doivent respecter les droits et les libertés des citoyens canadiens. »

Saskatchewan

Forces de l'ordre