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Partis politiques et membres influents controversés

Jason Kenney derrière un micro.
Jason Kenney reconnaît que certains membres de son parti ont des opinions « extrêmes ». Ils seront gérés « au cas par cas », a-t-il expliqué. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

CHRONIQUE - Qu'est-ce que les partis politiques devraient faire à l'égard des membres influents - candidats ou élus - aux propos controversés ou visés par des allégations de harcèlement ou d'intimidation? C'est une question que l'électeur que je suis se pose alors que se multiplient ces genres de cas et que s'approchent les élections provinciales albertaines en 2019.

Un texte de Jean-Marie Yambayamba

J'espère pouvoir glisser mon bulletin dans l'urne, le printemps prochain, avec des idées claires sur le candidat qui recevra mon vote. Je souhaite que ce soit quelqu'un qui aura passé le test de l'air du temps : être le moins controversé possible.

C'est une exigence qui se pose avec plus d'acuité, actuellement, alors que les médias sociaux commencent à acquérir une certaine profondeur historique et laissent des traces durables, observe Frédéric Boily, professeur en science politique à l'Université de l'Alberta. « Les médias ont un effet d'amplification des propos qui, auparavant, étaient tenus d'une manière plus ou moins privée ou étaient jugés comme banals, mais qui seraient carrément inacceptables, s'ils étaient rendus publics aujourd'hui. »

Et ce n'est pas tout. « Par ailleurs, depuis le mouvement #MoiAussi, les partis politiques ont cette responsabilité de plus en plus importante de prendre en considération le comportement sexuel de leurs membres », ajoute M. Boily.

Les partis doivent donc s'ajuster à cette nouvelle dynamique pour s'assurer d'être dignes de la confiance des électeurs.

Des candidats embarrassants

Il n'est pas nécessairement toujours facile de se débarrasser des candidats controversés. Sur son site Internet, le NPD-Alberta publie une liste de six personnes qu'il qualifie d'extrémistes et que le Parti conservateur uni aurait retenues en vue des investitures pour les élections provinciales à venir. Selon les néodémocrates, le chef du PCU, Jason Kenney laisse faire et ce serait la « preuve que les extrémistes sont les bienvenus au sein du Parti conservateur uni. »

C'est de bonne guerre pour le parti qui est aujourd'hui au pouvoir et dont le PCU représente la principale menace aux élections de l'an prochain. Mais les néo-démocrates traînent leurs propres controverses. Ils ont exclu la députée de Calgary-Est qui s'est plainte d'un « climat de peur et d'intimidation » dans leur caucus. Le NPD-Alberta refuse aussi de commenter sur les allégations d'inconduite sexuelle portées contre deux de ses députés, se limitant à indiquer que ces cas ont été réglés dans le cadre d'une enquête par une tierce partie.

La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, parle devant un micro lors d'une conférence de presse à EdmontonRachel Notley, la première ministre de l'Alberta Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

« Là, on voit les partis politiques avoir des difficultés à gérer les cas, ils semblent se traîner les pieds pour régler la situation », observe le professeur Boily.

Le Parti conservateur uni et le NPD n'ont d'ailleurs pas encore répondu à mes questions à ce sujet. Mais qu'en est-il pour les autres formations politiques?

Exclusion ou pardon

Le chef du Parti libéral de l'Alberta, David Khan, souligne qu'un article de la constitution de son parti permet d'exclure tout candidat, et tout membre en fait, dont la conduite sera jugée répréhensible. « Nous sommes un parti ouvert, mais si nous entendons quelque chose, nous enquêtons immédiatement. Nous vérifions aussi soigneusement les antécédents criminels et civils, l'activité sur les médias sociaux, le crédit de tout candidat potentiel qui nous représentera aux élections », précise David Khan.

Photo : Radio-Canada / Stephanie Wiebe

En cas de plainte, le parti remet au membre concerné un avis de 14 jours le convoquant à une audience et lui donnant la possibilité de présenter son point de vue.

Le Parti albertain admet avoir dû régler, l'été dernier, le cas d'un candidat potentiel qui avait publié des propos controversés sur les médias sociaux. « Nous avons tenu une réunion avec le candidat pour savoir ce qui s'est passé. Tout le monde s'est accordé pour dire que les propos publiés sur Facebook étaient inappropriés, mais qu'il s'agissait aussi d'une conversation entre des jeunes qui se permettent un langage déplacé et nous étions persuadés que notre candidat n'en était plus là et qu'il comprenait pourquoi ce langage était inapproprié. Et il a dû s'excuser pour cette chose qui s'est passée il y a cinq à six ans », assure le directeur du Parti albertain, Marc Taylor, qui n'a pas voulu dévoiler l'identité de ce candidat aux prochaines élections.

Les candidats du Parti albertain sont réunis, en rang, sur une estrade.Le Parti albertain a désigné 42 candidats pour les élections provinciales du printemps prochain Photo : Radio-Canada / Laurent Pirot

Prendre les devants

La tendance des partis à invoquer un règlement confidentiel ou à ne pas agir rapidement peut avoir des revers, note le professeur Boily. « Si on semble tarder à régler la situation, ça finit par ternir l'image du parti. Le fait de gérer ça derrière des portes closes laisse aussi entendre que le parti ne veut pas finalement être ouvert comme il le prétend. »

La difficulté, admet l'enseignant de science politique, c'est « qu'il n'y a pas de lignes directrices générales et je ne suis pas certain, non plus, qu'on puisse en établir. Il y a toujours cet aspect-là qu'il faille gérer tous ces problèmes-là au cas par cas pour essayer d'évaluer la gravité des propos émis ou des comportements allégués. » L'évolution rapide des médias sociaux ne promet pas non plus de faciliter la tâche d'instituer des balises plus efficaces pour sanctionner ce qui doit l'être sans sombrer dans l'amalgame.

Le politologue Frédéric Boily dans son bureau, avec des bibliothèques remplies de livres derrière lui.Frédéric Boily, politologue Photo : Radio-Canada

Qui doit trancher? Laisser ce pouvoir au chef seul peut paraître abusif. Le recours à un comité indépendant peut aider, mais à la fin, les décisions doivent reposer sur un certain assentiment de l'ensemble du parti, conclut Frédéric Boily.

Le choix à l'électeur

Quelle que soit la décision d'un parti sur un membre influent controversé, l'électeur que je suis aura toujours le dernier mot le jour du scrutin. Les situations ont beau être imprévisibles, le jour du vote, c'est l'opinion que je m'en serai faite qui déterminera ma décision. Mon vote sera à la fois le choix d'un candidat et d'un parti et un jugement de l'effort qu'ils auront démontré pour m'inciter à poser mon geste contre ou pour eux. Je reconnais néanmoins qu'à l'heure des médias sociaux, du mouvement #MoiAussi, la tâche de l'électeur n'est plus aussi simple que par le passé.

Alberta

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