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Faut-il encadrer la vente de boissons énergisantes comme on le fait pour le tabac?

Des cannettes de Red Bull sont alignées sur une étagère commerciale.

Les boissons énergisantes ont d'abord été popularisées par la marque Red Bull.

Photo : Reuters / Arnd Wiegmann

Radio-Canada

Le bureau du coroner du Québec recommande que la réglementation de la vente de boissons énergisantes s'inspire de celle qui s'applique au tabac, de manière à ce que les consommateurs soient prévenus des risques associés à leur consommation régulière et excessive.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

La coroner Pascale Boulay a formulé cette recommandation dans son rapport sur le décès par noyade de Zachary Mitchell, 21 ans, à Val-des-Monts, en Outaouais, le 20 août 2016.

La réglementation actuelle, établie par la Direction des aliments de Santé Canada, n'est pas suffisamment explicite quant aux risques de consommer ces boissons énergisantes, particulièrement dans un contexte sportif, plaide la coroner.

Ces boissons contiennent non seulement de la caféine, mais aussi du guarana, « dont le grain contient deux fois plus de caféine que celui du café, et un acide aminé, la taurine, qui décuple les effets de la caféine dans l’organisme », explique-t-elle.

Comme on l'a exigé des compagnies de tabac, poursuit la coroner Boulay, il faut que les compagnies propriétaires de boissons énergisantes préviennent les consommateurs des effets de la caféine, de la taurine et du guarana.

Il est de la responsabilité des individus de prendre conscience de ce qu’ils consomment, mais encore faut-il porter le risque à leur attention.

Pascale Boulay, coroner

Dans leurs publicités, les fabricants de boissons énergisantes ciblent « les athlètes d'élite, les étudiants, les professionnels affairés et les grands voyageurs du monde entier ».

« Tout dans la stratégie marketing de ce produit vise à attirer un public jeune et dynamique », écrit la coroner, qui ajoute que les fabricants doivent cesser « d'associer ces pratiques dans un contexte sportif ».

Un plongeon aux funestes conséquences

Athlète, amateur de sport extrême et excellent nageur, Zachary Mitchell s'est noyé dans le lac Saint-Pierre. Il venait d'effectuer un plongeon d'une hauteur de 15 mètres à partir de la galerie d'un chalet. Le jeune homme a frappé la surface de l'eau à plat ventre, est remonté à la surface le temps de dire à ses amis que tout allait bien, puis a sombré pour de bon dans les profondeurs du lac.

Son corps a été repêché par la Sûreté du Québec une douzaine d'heures après le plongeon fatal.

Zachary Mitchell avait consommé six bières et « au moins deux canettes » de boisson énergisante (Red Bull) dans les deux heures précédant le drame. Or il était, sans le savoir, « porteur d'un variant génétique arythmogène », c'est-à-dire un gène pouvant causer une arythmie, comme l'a révélé une analyse post mortem effectuée à l'Institut de cardiologie de Montréal.

Conclusion de la coroner : Zachary Mitchell a donc été victime d'un malaise arythmique à la suite de son plongeon. Il a perdu conscience et s'est noyé.

De l'alcool et beaucoup de caféine...

Certes, Zachary Mitchell présentait un taux d'alcoolémie de 18 mg/dL au-dessus du taux légal, qui est de 80 mg/dL, indique la coroner dans son rapport publié à la fin d'octobre dernier. Mais ce n'était pas suffisamment élevé pour conclure qu'il était intoxiqué de manière significative.

En revanche, les boissons énergisantes qu'il avait ingurgitées peuvent représenter « un facteur de risque réel d’événement cardiaque aigu », écrit Me Boulay.

Selon une étude australienne de 2017 publiée dans l'International Journal of Cardiology, il suffit de deux boissons énergisantes de 250 ml contenant de la caféine pour observer une arythmie significative chez des sujets sans pathologie cardiaque, mais porteurs d’un gène causant une maladie arythmique.

Sur le site Internet de l'Association pour la santé publique du Québec, il est écrit qu'elles sont « inoffensives en apparence, [mais que] leur consommation peut être dangereuse pour la santé ».

Côtoyant jus de fruits et boissons gazeuses sur nos tablettes, elles [les boissons énergisantes] peuvent être perçues comme étant des produits alimentaires sans risque pouvant être consommés à volonté.

Association pour la santé publique du Québec

Au Canada, on dénombre 86 incidents liés à la consommation de boissons énergisantes ayant été rapportés ces dernières années à Santé Canada. Parmi ces incidents, trois décès ont été signalés et un quatrième, survenu en février dernier, pourrait s’ajouter à ce bilan.

Plus complexe que pour le tabac...

Du côté de l'Institut national de santé publique du Québec, la porte-parole Nathalie Labonté fait valoir qu'il y a des différences entre le tabac et les boissons énergisantes. « Dans le cas des boissons énergisantes, les problèmes peuvent être soudains et fatals; avec le tabac, les problèmes de santé apparaissent plusieurs années plus tard », dit-elle.

De plus, si toutes les cigarettes se valent, les boissons énergisantes, elles, sont différentes les unes des autres, ce qui rendrait plus complexe la tâche d'y associer des mises en garde, explique en substance Mme Labonté.

Le docteur David-Martin Milot, médecin en santé publique et médecine préventive au CISSS de la Montérégie-Centre, affirme que l'industrie du tabac a ingénieusement montré qu'il était possible de contourner les lois et les règlements. Aussi prône-t-il qu'on limite le pouvoir de l'industrie des boissons énergisantes sur les stratégies marketing auxquelles elle recourt.

Le Dr Milot louange aussi les municipalités, et même certains arénas, qui ont interdit les boissons énergisantes aux mineurs.

Avec les informations d'Anne-Louise Despatie

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