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L'épidémie d'Ebola au Congo pourrait devenir une « catastrophe »

Un homme utilise un pulvérisateur pour nettoyer un autre homme.
Des collègues se pulvérisent de désinfectant après avoir travaillé dans un centre de traitement du virus Ebola à Beni, dans l'est du Congo. Photo: Associated Press / Al-hadji Kudra Maliro
Radio-Canada

La plus récente épidémie d'Ebola au Congo pourrait devenir une « catastrophe », avertit un travailleur humanitaire congolais, qui explique que le conflit armé qui sévit actuellement dans le pays complique les efforts pour contenir la propagation du virus.

David Bisimwa, coordonnateur auprès de l'organisme CARE, rapporte que les patients attendent trop longtemps avant de se rendre dans les centres de traitement parce qu'ils ont peur des combats.

« Ce sera une catastrophe » si rien n'est fait pour contenir l'épidémie, a-t-il déclaré au micro de l'émission The Current, sur les ondes de CBC Radio.

Mardi, l'OMS faisait état de 339 cas confirmés de la maladie dans le pays ainsi que de 172 décès. Ce bilan pourrait être revu à la hausse, indique l'OMS, qui a fait état au mois d'août de cette plus récente éclosion dans la province du Nord-Kivu. Cette épidémie, la deuxième à se produire au Congo en 2018, est déjà qualifiée de la pire de l'histoire du pays.

Selon l'ONU, plus de 100 groupes armés sont engagés depuis le début de l’année dans un conflit avec l'armée congolaise. Les combats sans merci qui ont cours ont forcé 500 000 personnes à quitter leur foyer, estime l'organisation internationale.

« Les risques de propagation [du virus Ebola] sont plus grands [cette fois-ci], parce qu'on est sur des lieux qui sont beaucoup plus peuplés, avec beaucoup de déplacements de population », explique Gwenola Seroux, responsable des urgences pour l'organisme Médecins sans frontières (MSF).

Chaque nouvelle attaque pousse de nombreuses personnes à fuir leur quartier ou leur village, une migration constante qui augmente la rapidité avec laquelle se propage le virus.

Les pays voisins, dont l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi, sont d'ailleurs tous en état d'alerte.

Des Casques bleus de l'ONU Congo portent le cercueil de leur collègue tué lors d'affrontements avec des milices dans le territoire de Beni, province du Nord-Kivu de la République démocratique du Congo, le 17 novembre 2018. Des Casques bleus de l'ONU Congo portent le cercueil de leur collègue tué lors d'affrontements avec des milices dans le territoire de Beni, province du Nord-Kivu de la République démocratique du Congo, le 17 novembre 2018. Photo : Reuters

La semaine dernière, 7 Casques bleus et 12 soldats congolais ont été tués lors d’une offensive contre des rebelles à Beni, dans la province du Nord-Kivu, une ville frappée de plein fouet par le virus Ebola.

Un des problèmes majeurs, c’est évidemment les groupes armés. Il y a beaucoup de conflits dans cette zone-là. Et vous pouvez imaginer que cela ne facilite pas le travail des gens qui sont sur le terrain.

Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval

Le chercheur, qui a mis au point un vaccin contre l'Ebola, était présent au Congo pour toutes les précédentes éclosions du virus. Pour la première fois, explique-t-il, les vaccins et les traitements sont disponibles en grand nombre, mais les diagnostics tardent.

M. Kobinger précise que MSF ainsi que d’autres partenaires n’ont pas accès à toute l'information. Il y a « un contrôle de l'information qui est grandissant, qui rend les choses beaucoup plus difficiles », explique-t-il.

Pour un diagnostic habituellement confirmé en 3 heures, les gens doivent actuellement attendre au moins 48 heures, et ce, alors que le virus est en pleine propagation, raconte le scientifique.

C'est très difficile pour les partenaires et pour les Congolais eux-mêmes d'aller chercher les chaînes de transmission qui sont actives et d'y répondre. La vitesse, c'est le nerf de la guerre.

Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval

La méfiance est de mise

Les travailleurs humanitaires se heurtent également à un gros obstacle : la résistance des habitants. Les Congolais du Nord-Kivu, qui vivent depuis 20 ans sous l'emprise de dizaines de groupes armés, se méfient de toute autorité, quelle qu’elle soit.

Le plus important dans cette réponse, c'est de pouvoir accéder aux communautés, d'adapter nos messages pour expliquer la maladie, pour expliquer ce que nous faisons dans les centres de traitement, qui font très peur aux malades.

Gwenola Seroux, responsable des urgences, Médecins sans frontières

Selon MSF, la vaccination est plutôt bien acceptée. Mais bien des malades n'osent pas aller se faire soigner, car ils ont peur de mourir seuls et de ne pas être enterrés selon leurs croyances.

« On nous a promis que nous pourrions enterrer nos morts selon nos coutumes. Mais cela n'est pas réalisé. C'est pourquoi vous trouvez qu'il y a des doutes dans la population », explique Edouard Karafulli, un citoyen de Beni.

Avec les informations de CBC et de Sophie Langlois

Avec les informations de CBC Radio

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