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Le barman Mario Lauzon sert ses derniers verres à Sherbrooke

Mario Lauzon
Mario Lauzon a travaillé pendant près de 45 ans derrière les bars de Sherbrooke. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Après plus de quatre décennies à arpenter les planchers de différents établissements de Sherbrooke pour servir ses clients, le barman Mario Lauzon coulera ses dernières bières vendredi après-midi, à la Taverne Alexandre.

Un texte de Charles Beaudoin

Le gentilhomme aux cheveux d'un blanc immaculé qui détonne parmi ses jeunes collègues passera de l'autre côté du comptoir sur les coups de 18 h pour célébrer sa retraite avec sa famille, ses amis et les fidèles clients qui lui ont permis « de vivre heureux » depuis presque 45 ans.

J'ai des clients qui me suivent depuis plus de 35 ans qui vont être là. Ça va être émotif parce que je quitte quelque chose que j'aime, pas parce que je suis tanné, mais parce que je suis rendu là, souligne celui qui fêtera son 65e anniversaire dimanche.

J'aime faire ce métier-là. Tous les soirs, même encore quand je m'en viens travailler, je mets de la musique dans ma voiture et je suis content de venir travailler. Il n'y a pas un autre métier qui aurait pu me rendre plus heureux et c'est ce que je souhaite à tout le monde de trouver, parce que ta vie va être longue sans ça, ajoute Mario Lauzon.

De son propre aveu, les nombreux kilomètres parcourus entre les tables au fil des ans ont toutefois laissé des traces.

Pendant 45 ans de temps, j'ai marché beaucoup et mes genoux sont usés! Ça roule fer sur fer! Je me fais piquer aux trois mois avec de la cortisone et c'est toujours à recommencer, affirme-t-il en riant.

Un cancer de la prostate il y a trois ans l'a également incité à ne pas trop repousser ses projets personnels, lui qui souhaite notamment parcourir les États-Unis en véhicule récréatif avec sa conjointe avant de s'adonner à sa passion pour le bateau.

Pendant huit mois de temps, j'ai pris le temps de me faire soigner et aujourd'hui, je suis complètement guéri, mais ça m'a fait réfléchir beaucoup. Il ne faut pas trop attendre avant de prendre sa retraite, parce que sinon la vie va te jouer des tours.

Mario Lauzon

Un métier qui a beaucoup évolué

Mario Lauzon a amorcé sa carrière en 1974 à l'Hôtel La Salle, où se trouve aujourd'hui la mercerie Roger Labonté, à une époque où les boîtes de nuit étaient en pleine transformation, se remémore-t-il.

À l'époque où je suis arrivé dans le monde des bars, les cabarets de nuit existaient encore. Il y avait une transition entre les boîtes de nuit avec orchestre et les discothèques, explique-t-il. Entre 1970 et 1974, tout le mouvement américain rentrait ici. Les vieux monsieurs qui travaillaient avec moi ont arrêté de travailler parce que ça menait pas mal de bruit! Moi, j'avais l'âge et j'aimais ça!

Gros plan sur la boule toute illuminée.Une boule disco dans un bar Photo : Radio-Canada / La facture

Mario Lauzon quitte l'Hôtel La Salle en 1986 pour Le Coup de foudre, « le bar le plus chic à cent milles à la ronde ».

Ça descendait de Québec et Montréal pour venir voir la qualité de ce bar-là. On était de calibre avec le Bogart de Québec. C'était chic en sacrament; je travaillais en tuxedo! rappelle celui qui a ensuite travaillé au King Hall et au Pub Saint-Malo avant de s'installer à la Taverne Alexandre, où il travaille depuis 15 ans.

Malgré la queue-de-pie, son métier n'a pas toujours fait bonne figure, laisse entendre le futur retraité.

À l'époque, serveur, barman ou waiter, ce n'était même pas considéré comme un métier. Quand tu voulais emprunter de l'argent à la banque, tu n'avais aucun respect. Il fallait monter notre crédit soi-même. C'était très mal vu de travailler dans les bars, dit Mario Lauzon, qui n'a que de bons mots pour tous les employeurs qu'il a connus.

Si le travail qu'il affectionne lui a permis de bien gagner sa vie, il lui a surtout donné la chance d'accumuler les bons moments à un rythme fou. On pardonnera au vétéran de ne pas parvenir à en cibler un en particulier.

Mon plus beau souvenir, c'est l'ensemble de ma carrière. Si je recommençais demain, je referais le même trajet. Je ne changerais pas une ligne de ce que j'ai fait dans ma vie, parce que j'ai été heureux de faire ça dans ma vie.

Mario Lauzon

Il se montre particulièrement reconnaissant envers sa douce moitié, qui partage sa vie depuis 43 ans et pour qui « ce n'était pas toujours facile ».

Ma conjointe a été très patiente. Ça n'a pas toujours été facile de s'occuper des enfants le soir pendant que je me mettais beau pour aller travailler dans une discothèque, mentionne-t-il.

Mario Lauzon continuera de sortir à l'occasion, de mettre de la musique dans sa voiture et de se diriger vers un bar du centre-ville, mais ce sera à l'avenir pour s'y faire servir avec le même plaisir qu'il a pris lui-même au cours des 45 dernières années.

Prends soin de ton client et il va revenir te voir. C'est comme un mariage quand t'as un bon client, lègue-t-il comme ultime conseil aux plus jeunes qui aspirent à imiter sa longévité dans le métier.

Quant à ceux qui souhaitent ouvrir un bar, Mario Lauzon leur suggère de bien faire leurs devoirs.

C'est très difficile. Il faut toujours être un peu à l'avant-garde des choses et voir venir les choses. Souvent, des gens ouvrent des bars à Sherbrooke sans vision à long terme et qui n'ont aucun style. Ils pensent ouvrir une boîte et qu'avec quelques publicités, les gens vont venir. Mais une clientèle, ça se choisit et ça se forme. Les gens vont aller à un endroit parce qu'ils s'y sentent bien, résume-t-il.

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