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analyse

Le choix politique des déficits budgétaires à Ottawa

Le ministre des Finances, Bill Morneau.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a présenté sa mise à jour économique, mercredi.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Gérald Fillion

ANALYSE - En augmentant les prévisions de déficit pour les 4 prochaines années, jusqu'en 2023, le ministre des Finances Bill Morneau fait un choix politique. Il assume pleinement le message que ce gouvernement veut envoyer aux Canadiens depuis 2015 : nous allons investir dans l'économie et la croissance, quitte à faire des déficits. Mais est-ce bien raisonnable d'agir ainsi alors que les probabilités de récession augmentent?

Il n’est pas insensé de penser qu’au bout de 10 ans de croissance économique, il puisse y avoir une récession. S’il est impossible de prévoir l’avenir en ne se basant que sur l’histoire, il est néanmoins prudent de se rappeler qu’il y a des cycles économiques et que des récessions tendent à apparaître tous les 7 à 10 ans.

Les économistes de Desjardins prévoient d’ailleurs un ralentissement économique important en 2021. Les prévisions des experts de l’institution financière prévoient une croissance de 2,1 % en 2019, de 1,5 % en 2020 puis de seulement 0,5 % en 2021, ce qui laisse croire à un ralentissement, peut-être même à une récession.

Selon Desjardins, le taux de chômage pourrait remonter, passant de 5,6 % en 2020 à 6,5 % en 2021. La Banque du Canada ferait passer son taux directeur de 2,45 % en moyenne en 2020 à 1,45 % en 2021, puis à 1,25 % en 2022.

L’ensemble des économistes du secteur privé n’ont pas inclus de ralentissement prononcé dans leurs projections. Le ministère des Finances, en s’appuyant sur leurs prévisions, s’attend à une croissance de 2 % en 2019, et de 1,6 % en 2020 et 2021.

La marge de manœuvre va aux entreprises

La croissance économique plus forte que prévu permet au gouvernement Trudeau de bénéficier de 5,5 milliards de dollars de revenus budgétaires supplémentaires pour le prochain exercice. Plutôt que de réduire le déficit, le ministre Morneau a choisi de réinjecter cet argent dans l’économie pour répondre à la réforme fiscale de l’administration Trump.

Ainsi, c’est 5 milliards en 2019-2020 qui vont aux mesures fiscales ciblées pour les entreprises et encore 300 millions de dollars pour les exportations, le commerce interprovincial et l’innovation.

Ce sont les choix du gouvernement Trudeau, et on peut penser qu’il ne pouvait pas agir autrement. La réforme américaine met en jeu des centaines de milliers d’emplois au Canada et des revenus importants pour l’État. Dans ces circonstances, en réduisant l’impôt des entreprises sur les futurs investissements, le gouvernement fédéral tente de rétablir une partie de la compétitivité du système canadien et encourage les entreprises à investir et non pas à racheter des actions ou verser des dividendes.

Néanmoins, sur un budget d’environ 350 milliards de dollars, nous savons que le gouvernement peut serrer quelques vis, réduire certaines provisions et envisager un retour à l’équilibre budgétaire, ce qui pourrait mieux le préparer à une éventuelle récession. Rappelez-vous qu’en 2009, le gouvernement Harper, en pleine récession, avait dû se résoudre à boucler un exercice budgétaire avec 56 milliards de dollars de déficit.

Qu’est-ce qui attend les finances publiques du Canada si une récession se déclare en 2020 ou en 2021? Même si 20 milliards de déficit, sur 2 300 milliards de dollars de PIB, c’est bien peu, il n’en demeure pas moins que le gouvernement Trudeau pourrait se permettre de donner une cible pour le déficit zéro, même si une politique économique et budgétaire ne peut pas s’articuler que sur l’enjeu de l’équilibre.

Cependant, le ministre Morneau ne veut pas le faire. Alors qu’approchent les prochaines élections générales au Canada, Justin Trudeau veut maintenir le message que son gouvernement est là pour soutenir l’économie canadienne et non pas pour équilibrer à tout prix les finances publiques, une vision des finances qui appartient essentiellement aux conservateurs.

Il est tout de même étonnant qu’en période de croissance économique le déficit du gouvernement grandisse. Que va-t-il se passer lors du prochain ralentissement? Sur ce chemin des déficits, le gouvernement est-il prêt à faire face à une récession?

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