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Île d'Orléans : levée de boucliers contre le projet de villégiature Huttopia

Le terrain de la pointe d'Argentenay vu du haut des airs.

L'entreprise française Huttopia souhaite louer 21,7 hectares de terrain de la pointe d'Argentenay.

Photo : Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la Pointe d'Argentenay

Radio-Canada

L'opposition au projet de village de prêt-à-camper Huttopia à la pointe d'Argentenay prend de l'ampleur. Une coalition de citoyens somme la Municipalité de Saint-François et la MRC de L'Île-d'Orléans de bloquer ce « développement incompatible » avec la vocation de conservation des lieux.

Un texte de David Rémillard

Lancée il y a trois semaines par la Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la pointe d'Argentenay, une pétition en ligne a jusqu’ici récolté près de 2500 noms, soit cinq fois plus que le nombre d’habitants à Saint-François-de-l’Île-d’Orléans.

Les signataires, allant du simple citoyen au défenseur du patrimoine ou de l'environnement, réclament une protection intégrale du secteur situé à l'extrême est de l'île.

« Le projet Huttopia constitue un développement commercial d’importance dans une zone jusqu’ici considérée comme protégée. Un resort dans une aire de conservation », dénonce la Coalition dans le texte accompagnant sa pétition.

Les valeurs écologique, agricole, patrimoniale, historique, archéologique et emblématique de la pointe d’Argentenay nécessitent qu’on se soucie de sa protection.

Extrait de la pétition de la Coalition citoyenne pour la sauvegarde de la pointe d'Argentenay

L’endroit abrite « un écosystème forestier exceptionnel d’une grande rareté » et se distingue par sa biodiversité, selon Conservation de la nature du Canada. L’organisme à but non lucratif y a acquis un lot de 14 hectares, il y a cinq ans, dans le but de le préserver.

Huttopia, une entreprise française, lorgne 21,7 hectares du lot voisin appartenant aux Scouts du District de Québec.

Si le projet allait de l’avant, l’entreprise louerait l’espace en vertu d’un bail emphytéotique d’une durée de 50 ans, confirme Alexandre Ménard, directeur des Scouts du District de Québec.

Huttopia est entrée en contact avec ces derniers en 2016. Les représentants de l'entreprise souhaitaient d'abord acheter le terrain totalisant une trentaine d'hectares, mais le conseil d'administration des Scouts du District de Québec a refusé.

« Il y a eu une série de rencontres » qui ont finalement mené à une entente, explique M. Ménard. Celui-ci précise que le bail comprendrait une clause exigeant que « le terrain soit remis tel qu'il était ».

Durant le bail, les scouts, qui y tiennent des camps depuis plus de 40 ans, conserveraient le tiers de leur territoire pour leurs activités.

Camping « confortable »

Les espaces de villégiature Huttopia misent surtout sur le « glamping », ou camping de luxe, en offrant des hébergements de prêt-à-camper incluant tous les accessoires et services.

Raymond Desjardins, président d'Huttopia Design Lab, responsable de la conception des lieux, préfère parler de « camping confortable ».

M. Desjardins mentionne que le village de la pointe d'Argentenay comprendrait 95 tentes de type bois et toile, dont 75 seraient munies d'une salle de bain. Pas question de construire des chalets comme au village Huttopia de Sutton, seul autre exploité au Québec.

Une trentaine de sites de camping « conventionnels » sont aussi projetés, pour un total d'environ 130 unités à louer du printemps à l'automne.

Au « coeur du village », les visiteurs auraient accès à une piscine chauffée, un comptoir restaurant, un service de bar, un mini-dépanneur, une terrasse ainsi qu'une aire de jeux pour enfants.

S’ajoutent les résidences du personnel, l’aqueduc, un système de traitement des eaux usées et des stationnements.

Un chalet du village de SuttonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le nouveau village comprendrait de grandes tentes en toile et des chalets sur pilotis.

Photo : Huttopia

M. Desjardins, ancien dirigeant de la Sépaq, assure que le projet aura un minimum de conséquences sur le milieu naturel, même « cent fois moins » qu'un terrain de camping traditionnel. « On n'arrive avec aucune machinerie lourde. »

« Les gens qui vont être autour du projet ne sauront même pas qu'il existe, parce qu'il ne sera visible de nulle part », plaide-t-il.

On maintient la forêt, on ne crée pas de nouvelles voies de circulation, on ne modifie pas le milieu naturel.

Raymond Desjardins, concepteur du village Huttopia de la pointe d'Argentenay

Appui des élus locaux

La MRC de L'Île d'Orléans ainsi que la Municipalité de Saint-François y voient des retombées économiques intéressantes pour l'ensemble de l'île. Elles sont même codemandeurs aux côtés d'Huttopia devant la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).

En vertu du zonage, celle-ci est chargée d’accorder ou non une exception à Huttopia pour y tenir des activités autres que l’agriculture.

Un avis préliminaire rendu cet été par la CPTAQ laisse croire que le projet sera accepté, puisqu’il est « peu susceptible d’avoir des conséquences négatives substantielles sur les activités agricoles » du secteur, peut-on y lire. La décision finale sera connue quelque part en 2019.

Selon des documents inclus dans la demande à la CPTAQ, la capacité d’accueil de l’espace de villégiature envisagé par Huttopia pourrait atteindre jusqu’à 500 personnes. Raymond Desjardins juge que cet achalandage est un maximum, mais qu'il serait surprenant qu'il soit atteint de manière soutenue.

La CPTAQ interdit par ailleurs à Huttopia de bâtir des installations dans un secteur où se trouve une érablière. Huttopia a manifesté un intérêt d'y tenir des activités d'interprétation sur la culture acéricole.

Pas règlementaire

Caroline Roberge, résidente de Saint-François-de-l’Île-d’Orléans et avocate, représente la Coalition dans ses démarches.

La Coalition dénonce le manque de collaboration des autorités municipales dans le dossier, ne serait-ce que pour la transmission d'informations.

Bon nombre de résidents n'auraient appris l'existence du projet qu'après la parution d'un article dans Le Soleil, début septembre.

La Coalition n'achète pas le « marketing » écologique autour du projet récréotouristique et juge que l'achalandage, avec une seule voie d'accès au site, sera de trop grande intensité pour le secteur.

« On parle d’un aménagement avec un déboisement minimal. Mais pour construire 125 emplacements, il va y en avoir quand même, de la coupe d’arbres », a commenté Mme Roberge, dénonçant du même souffle l’absence d’études d’impact indépendantes ou sur les retombées économiques.

Mme Roberge soutient que le projet d'Huttopia va à l’encontre des réglementations de zonage de la Municipalité, qui, selon son analyse, n’autorisent que le camping rustique et non l’implantation de tout un village récréotouristique.

La Municipalité « a adopté une nouvelle définition de camping rustique » dans laquelle « ils ont mis les activités qu'Huttopia projette », poursuit-elle.

Ils ont interprété de manière large les dispositions sur les droits acquis [consentis aux scouts] pour permettre le projet.

Caroline Roberge, avocate et membre de la Coalition citoyenne pour la protection de la pointe d'Argentenay

« C’est une entreprise qui est très écologique, ils ne font rien pour briser ce qui est naturel », rétorque Lina Labbé, mairesse de Saint-François.

Elle soutient que le projet est en conformité avec la réglementation, bien qu'elle admette que celle-ci a été modifiée pour accommoder Huttopia.

Mme Labbé a enjoint à la Coalition de rencontrer les représentants du promoteur avant de poursuivre sa contestation. Une rencontre était prévue pour cette semaine entre les deux parties, mais a dû être reportée.

Après la CPTAQ, Huttopia devra convaincre le ministère de la Culture et le ministère de l'Environnement. Aucun échéancier n'est établi pour la mise en service des lieux.

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