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Obligé de voir un médecin spécialiste pour une marchette

Un aîné et sa marchette.

Les physiothérapeutes québécois souhaitent prescrire des marchettes.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des patients québécois doivent mener un parcours du combattant pour obtenir une marchette gratuite. La Régie de l'assurance maladie du Québec ne rembourse que les appareils prescrits par des médecins spécialistes ou « autorisés ».

Un texte de Marie-Eve Cousineau de l'émission Le 15-18

Un non-sens, selon l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec, qui revendique ce pouvoir de prescription pour ses membres.

Au Québec, les physiothérapeutes peuvent évaluer les patients et leur recommander, au besoin, l’usage d’un appareil suppléant à une déficience physique, telle qu’une marchette, une orthèse ou une prothèse. Mais cet outil auxiliaire ne sera pas remboursé par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Pour qu’il soit couvert, il doit être prescrit par un spécialiste, comme un orthopédiste, un physiatre, un rhumatologue ou un médecin « autorisé » (p. ex., un omnipraticien) par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Très souvent, le patient qui se voit indiquer le besoin d’un auxiliaire à la marche doit aller voir son médecin de famille qui, lui, va le référer à un médecin spécialiste, et le médecin spécialiste pourra prescrire cette marchette, dit le président de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec, Denis Pelletier. Alors, vous vous imaginez que le trajet, pour le patient, se trouve passablement allongé. »

Une prime pour les spécialistes

Les physiothérapeutes peuvent diriger un patient vers un médecin spécialiste. Mais selon Denis Pelletier, certains spécialistes refusent de le voir directement parce qu’ils n’auront pas droit à la prime qui leur est accordée lorsque c'est un médecin de famille qui leur adresse un patient.

« Et si le médecin spécialiste accepte de le voir, il va demander à ce qu'il passe par un médecin de famille ou un médecin généraliste avant d'aller le consulter, dit le président de l’Ordre de la physiothérapie du Québec. Essentiellement, dans la grande majorité des cas, c'est pour des raisons financières. » Des cas du genre sont rapportés régulièrement à l’Ordre, soutient-il.

La RAMQ confirme que les médecins spécialistes reçoivent un « supplément de consultation » lorsqu’un médecin dirige le patient. La prime varie, selon les spécialités et le lieu de la visite. Par exemple, en cabinet privé, elle s’élève à 31,65 $ en chirurgie orthopédique et à 75,25 $ en physiatrie.

Invitée à réagir, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, rappelle que dans tous les ordres professionnels, « il y a des gens qui n’ont pas de bonnes intentions ». « Si quelqu’un répond qu’il veut avoir une consultation seulement pour demander plus d’argent, on s’entend que ce n’est pas approprié comme réponse, dit-elle. Mais il reste juste à prouver que ce soit vraiment ça qu’il a répondu. »

Diane Francoeur croit que les spécialistes devraient être utilisés à meilleur escient dans le système de santé. Plutôt que de prescrire des marchettes, les orthopédistes pourraient voir des patients « qui ont vraiment besoin d’être opérés » et « qui attendent sur des listes d’attente ».

Pour le moment, le Collège des médecins du Québec n'a pas entrepris de démarches pour donner ce pouvoir de prescription aux physiothérapeutes.

En 2017, il a toutefois accordé aux physiothérapeutes le droit de prescrire une radiographie à la suite d’un traumatisme aigu. Le projet de règlement fait actuellement l’objet de vérifications de la part de l’Office des professions du Québec. Il doit ensuite être adopté par le gouvernement.

Attendre des mois pour voir un physio

Outre ces nouveaux pouvoirs, l’Association québécoise de la physiothérapie réclame davantage de ressources. Au Québec, environ 18 000 personnes figurent sur une liste d’attente pour voir un physiothérapeute.

Selon une étude menée par des chercheurs québécois, 41 % des consultations externes de physiothérapie en centres hospitaliers avaient, en 2015, un temps d’attente médian de plus de six mois. « C’est plutôt alarmant », dit le président de l’Association, Luc J. Hébert.

Les physiothérapeutes craignent que les patients en attente de soins se tournent vers les opioïdes pour soulager leurs douleurs chroniques. « Il a été prouvé que les patients, notamment [ceux] qui ont des douleurs au dos et qui voient un physiothérapeute en premier, sont moins à risque de prendre des opioïdes et de développer une dépendance », dit le physiothérapeute Denis Fortier, auteur de plusieurs livres.

Pour améliorer l’accès aux soins, plusieurs projets pilotes ont été lancés dans des hôpitaux de Montréal et de Québec, selon François Desmeules, professeur à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal. Le physiothérapeute de formation mène des projets de recherche sur plusieurs de ces initiatives.

À la clinique d’orthopédie de l’Hôpital Jean-Talon à Montréal, deux physiothérapeutes voient des patients en première ligne. « Si c'est juste une entorse, une arthrose qui a besoin de soins de base, le physiothérapeute va pouvoir donner des soins, selon ses compétences, et renvoyer le patient au médecin de famille avec des critères de traitement », dit le Dr Julio C. Fernandes, chirurgien orthopédiste au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, qui a lancé le projet pilote en 2012. Grâce à cette clinique autonome, le spécialiste opère davantage de patients.

Des physiothérapeutes jouent aussi un rôle de premier plan dans certains groupes de médecine familiale (GMF), selon François Desmeules. « Vous vous présentez à un sans rendez-vous, vous avez le dos barré, à ce moment-là, vous ne serez pas nécessairement vu par un médecin tout de suite, explique-t-il. Vous allez être vu par un physiothérapeute qui va faire une évaluation et, par la suite, de l’éducation, et être capable de vous donner des exercices. »

La Fédération des médecins spécialistes du Québec dit aussi travailler, en partenariat avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, à l’évaluation d’un projet de cliniques de maux de dos.

« Elles ont un succès total en Ontario, dit Diane Francoeur. On veut essayer de faire un copier-coller ici au Québec. »

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