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La presse écrite pousse un soupir de soulagement

La version numérique de La Presse (La Presse +) sur une tablette en avant-plan et plusieurs cahiers du journal La Presse sous forme papier en arrière-plan
Le journal « La Presse » est devenu entièrement numérique en 2018. Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson

L'aide financière de près de 600 millions de dollars annoncée mercredi par le gouvernement Trudeau dans sa mise à jour économique est accueillie à bras ouverts par l'industrie de la presse écrite aux prises avec l'érosion de ses revenus publicitaires. Mais la mesure soulève plusieurs questions, notamment sur la proximité entre le pouvoir et les médias.

Pour le directeur du quotidien Le Devoir, Brian Myles, ce coup de main du fédéral qui prendra la forme de crédits d’impôt et d’incitatifs fiscaux est plus que bienvenu.

« C’est encourageant », a déclaré le patron du Devoir mercredi à l’émission Gravel le matin. « On martelait ce message-là depuis près de trois ans déjà et on avait été accueillis d’une manière plutôt tiède au départ ».

Selon M. Myles, le crédit d'impôt de 65 millions accordé par Québec, l'an passé, au développement numérique, a démontré qu'on « pouvait aider les médias sans en payer le prix politique pour le gouvernement et que le public est capable de comprendre que la saine distance entre le pouvoir politique et médiatique pouvait être préservée ».

La mesure est également saluée au quotidien La Presse qui est récemment devenu un OBNL pour éviter la faillite.

Je pense que le gouvernement a fait preuve de beaucoup de courage et de vision. Les Canadiens ont besoin d’une pluralité de sources d’information et d’un journalisme de qualité, indépendant et professionnel.

Pierre Elliott Levasseur, président de « La Presse »

« En ce qui me concerne, je pense qu’il reste encore beaucoup de ficelles à ficeler au cours des prochains mois, mais je pense qu’ils [le gouvernement fédéral] vont soutenir l’information de qualité et le journalisme de qualité d’une façon très significative au cours des prochaines années », a pour sa part déclaré le président de La Presse, Pierre Elliott Levasseur.

Pour le propriétaire du Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon, Ottawa reconnaît, par cet appui financier « le rôle crucial que jouent les médias d'information et la presse écrite dans l'ensemble de la fibre sociale et de la démocratie canadienne ».

Le crédit sur la masse salariale très attendu

Pour la majorité des patrons de presse interrogés, la mesure la plus importante annoncée hier par Ottawa est sans contredit le crédit d’impôt sur la masse salariale des médias dont les paramètres n’ont cependant pas encore été précisés.

L’annonce est aussi bien accueillie chez les journalistes, notamment par la Fédération nationale des communications (FNC-CSN), qui décrit cette mesure comme « la plus appropriée pour nous assurer que l'appui financier cible le travail effectué par les journalistes ».

Les mesures proposées par Ottawa

  • Un crédit d’impôt remboursable pour les coûts de main-d'œuvre liés à la production de contenu dont le pourcentage devrait être précisé d'ici le prochain budget fédéral, au printemps;
  • Un crédit non remboursable de 15 % sur les frais d'abonnement à des médias numériques;
  • Possibilité pour les citoyens qui font un don à un organisme de journalisme à but non lucratif de toucher un crédit d'impôt. Les médias à but non lucratif (OSBL) pourraient délivrer des reçus officiels de don.

L'opposition accuse les libéraux d'acheter les journalistes

Mais le fait que le gouvernement Trudeau accorde une aide de près de 600 millions de dollars aux médias du pays tout juste un an avant les prochaines élections fait grincer des dents les députés de l’opposition à Ottawa, notamment les conservateurs qui accusent les libéraux d’avoir acheté les journalistes avant les élections.

Des accusations qui ont fait bondir le directeur du Devoir, Brian Myles, au micro de l'émission Gravel le matin.

Ça, c’est le discours un peu cheap des conservateurs depuis deux ou trois jours, que le gouvernement va s’acheter des journalistes juste à temps pour la campagne. On voit des accents trumpistes migrer vers le nord de la frontière.

Brian Myles, directeur du journal « Le Devoir »

Selon Brian Myles, cette logique relève de l’ignorance de la façon dont fonctionnent les médias alors que certains bénéficient depuis des décennies de mesures de soutien financier, notamment les magazines, sans que cela affecte leur indépendance.

« L’industrie des magazines canadienne et québécoise bénéficie d’aide depuis l’époque de Sheila Copps, au milieu des années 1990, et je ne pense pas qu’on peut dire que L’Actualité, McLean et tous les magazines qui font de l’information sont plus dociles à l’égard du pouvoir parce qu’ils ont eu accès au fonds des périodiques », souligne le directeur du Devoir.

« Notre salle d’information agit de façon extrêmement indépendante, je n’ai aucune crainte par rapport à son indépendance quant à une éventuelle aide du gouvernement », a pour sa part assuré Pierre Elliott Levasseur.

Cette aide n’est pas non plus un chèque en blanc d’Ottawa, prévient Brian Myles. « On ne va pas avoir les deux pieds sur le bureau à compter notre argent. Au contraire, il faut continuer notre transformation numérique, il faut convaincre les gens que l’information de qualité a un prix », plaide le directeur du Devoir.

Des journalistes nommés par Ottawa

N’empêche que selon les informations transmises par Ottawa dans son énoncé économique, le gouvernement confiera à un comité consultatif composé de journalistes qu’il aura lui-même nommés le mandat de décider qui va avoir droit à cette aide.

Et le fait qu’Ottawa nomme lui-même des journalistes pour distribuer cet argent soulève des questions.

« Je ne pense pas que ça va être seulement des journalistes. C’est un comité qui va être plus large que seulement des journalistes. En quelque part, ce que le gouvernement cherche à faire, c’est de bien définir qui va avoir accès à ce financement », a expliqué Pierre Elliott Levasseur en précisant que la mesure vise surtout à éviter que des sommes soient versées à des organismes ou à des médias qui n’y ont pas droit.

Avec les informations de La Presse canadienne

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