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Nissan congédie Carlos Ghosn

Carlos Ghosn tient un micro.

Carlos Ghosn, lors du Paris Auto Show en octobre 2018

Photo : Reuters / Regis Duvignau

Agence France-Presse

Le conseil d'administration de Nissan a limogé son emblématique président, Carlos Ghosn, jeudi. L'homme est toujours détenu à Tokyo pour des malversations présumées.

Peu après cette décision attendue du géant de l'automobile japonais, les ministres de l'Économie de la France et du Japon, Bruno le Maire et Hiroshige Seko, ont réaffirmé leur soutien à l'alliance Renault-Nissan. Dans un communiqué conjoint publié après une rencontre à Paris, ils ont dit souhaiter maintenir cette « coopération gagnante ».

Dans la soirée, le patron par intérim de Renault, Thierry Bolloré, a promis aux salariés son « engagement total » afin de « garantir la stabilité [du groupe] et de garder le cap sur [ses] missions : préserver les intérêts de Renault et la pérennité de l'Alliance » dans un message publié sur Twitter.

Le matin, après le limogeage de Carlos Ghosn, la direction de Nissan avait assuré que la coopération avec Renault, son partenaire de longue date, « restait intacte », à l'issue d'une réunion extraordinaire qui a duré plus de 4 heures à Yokohama, en banlieue de la capitale japonaise.

Une source de l'Élysée à Paris a balayé, quelques heures plus tard, l'idée d'un complot qui viserait à faire éclater l'alliance : « Je ne peux pas croire à une déclaration de guerre pour faire sortir Nissan de l'alliance avec une machination derrière ». Selon cette source, « il y a une volonté de part et d'autre qu'il faut que [l'alliance] reste quelque chose de long terme ».

Le conseil d'administration de Nissan, dans lequel siègent deux représentants de Renault, a jugé à l'unanimité que les soupçons pesant sur Carlos Ghosn, maître d'oeuvre du mariage franco-japonais, suffisaient pour le chasser de son poste de président.

Nissan a justifié son éviction par « des actes graves confirmés », mentionnant « une minimisation de ses revenus durant une longue période dans les rapports financiers, une utilisation frauduleuse à des fins personnelles de fonds d'investissements et de notes de frais », selon un communiqué.

Hiroto Saikawa, patron exécutif du constructeur japonais, avait demandé publiquement cette révocation dès lundi, lors d'une conférence de presse entièrement à charge contre Carlos Ghosn, son ancien mentor.

Il était pressenti pour prendre la présidence par intérim du conseil d'administration, mais aucun remplaçant n'a été nommé. Le poste sera pourvu ultérieurement.

Un des plus puissants capitaines d'industrie du monde

Cette révocation scelle pour Carlos Ghosn, qui à 64 ans est l'un des plus puissants capitaines d'industrie du monde, la fin de près de 20 ans passés à la tête de Nissan, la majeure partie du temps comme PDG puis à la présidence du conseil. Il risque la même sanction chez Mitsubishi Motors qui a rejoint l'alliance en 2016 : un conseil d'administration se réunira lundi.

Le Franco-Libano-Brésilien reste officiellement PDG de Renault, mais « temporairement empêché » comme le constatait pudiquement le constructeur français dans un communiqué mardi. Les rênes de Renault sont tenues désormais par son numéro deux, Thierry Bolloré.

La vie de Carlos Ghosn, qui a uni ces trois constructeurs pour en faire le numéro un mondial de l'automobile, a basculé quand son avion s'est posé au Japon, lundi. Arrêté aussitôt, il est resté silencieux depuis, dans sa cellule d'un centre de détention de Tokyo.

Officiellement, M. Ghosn est pour l'heure accusé d'avoir, avec des complices, « minimisé sa rétribution à cinq reprises dans des rapports remis entre juin 2011 et juin 2015 », en déclarant aux services financiers une somme totale de 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d'euros) au lieu de près de 10 milliards de yens.

« Ce type de déclaration mensongère constitue une des fautes les plus graves au regard de la législation imposée aux entreprises cotées », a déclaré jeudi à la presse Shin Kukimoto, procureur adjoint de Tokyo.

Les révélations pleuvent dans les médias japonais sur d'autres délits dont se serait rendu coupable Carlos Ghosn, par exemple en offrant un emploi fictif à sa soeur.

Les soupçons pesant sur lui découlent d'une enquête interne conduite par Nissan au cours des derniers mois.

Mercredi, le tribunal a décidé de prolonger de 10 jours sa détention afin de poursuivre les investigations. Et cette période pourrait se prolonger bien au-delà, en vertu des règles du système judiciaire japonais.

Le groupe Nissan, en tant qu'entité morale, peut en théorie aussi faire l'objet de poursuites, a précisé le représentant de la justice japonaise.

Une affaire de gros sous

Face à cette affaire qui ébranle l'alliance Renault-Nissan comme jamais depuis sa création, en 1999, le gouvernement français est très rapidement monté au créneau pour rassurer sur l'avenir du constructeur au losange, dont l'État détient 15 %.

Si, au Japon, la tonalité est officiellement la même, la presse locale fourmille de déclarations anonymes de responsables de Nissan affirmant que le groupe veut revoir la structure de celle-ci, « condition nécessaire pour qu'elle continue », selon l'un d'eux.

L'un des objectifs serait de modifier les rapports de force matérialisés dans les participations croisées : Renault détient 43 % de Nissan, mais le Japonais, qui domine son allié en matière de chiffre d'affaires, n'en possède que 15 %, une situation source de rancoeurs dans l'archipel.

Selon le quotidien économique Nikkei, qui cite un dirigeant de Nissan, Carlos Ghosn cherchait à intégrer les deux groupes, et « il était possible qu'un plan concret soit prêt au printemps prochain », un scénario de fusion ouvertement rejeté par M. Saikawa.

De tels scénarios circulent depuis un certain temps dans la presse. En mars dernier, l'agence Bloomberg avait évoqué une fusion des deux groupes.

Dans une interview à l'AFP, en février, M. Ghosn avait dit vouloir « continuer la convergence » entre les trois entités (Renault-Nissan-Mitsubishi) et déclaré, à propos des participations croisées : « Tout est sur la table. Il n'y a pas de tabou, pas d'interdit ».

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