•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Chine : il était une fois, la Réforme et l'Ouverture

Sur une affiche, des paysans reçoivent des subventions pour la culture du blé en Chine.

Des paysans reçoivent des subventions pour la culture du blé, dans le Shandong. Cette affiche est exposée à l'occasion du 40e anniversaire de la Réforme et de l'Ouverture en Chine.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Difficile aujourd'hui d'imaginer à quel point l'Empire du Milieu, deuxième puissance économique mondiale, était pauvre en 1978. Des centaines de millions de Chinois vivaient dans la misère. Le nouvel homme au pouvoir, Deng Xiaoping, a donc lancé une stratégie de développement et d'ouverture pour moderniser et transformer la Chine, pour la sortir de son isolement économique.

Un homme tient des feuilles et s'adresse à des gens.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Deng Xiaoping s'adressant à des officiels lors d'un voyage à Paris en 1975

Photo : AFP

C’était le début de la politique de la Réforme et de l’Ouverture. Celle qui a apporté « les grands changements », comme le clame fièrement une immense affiche, à l’entrée du Musée national de Chine, à Pékin. Le ton est donné pour ce qui attend les visiteurs de l’exposition célébrant les 40 ans de cette politique.

Une personne pose devant une affiche de l'exposition sur le 40e anniversaire de la Réforme et de l'Ouverture, en Chine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Affiche de l'exposition sur le 40e anniversaire de la Réforme et de l'Ouverture. Musée national de la Chine, Pékin, nov 2018

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

D’une salle à l’autre, ils découvrent ce qui a été accompli dans plusieurs domaines. Ici, une maquette d’un complexe industriel. Là, des modèles de véhicules électriques. Plus loin, des robots. L’un installe avec précision des écrous. L’autre, affublé d’une moustache et d’un béret, parle tout en esquissant des portraits.

Un robot dessine des portraits de visiteurs de l'exposition.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un robot portraitiste et bavard. Exposition sur les 40 ans de la Réforme et de l'Ouverture de la Chine. Novembre 2018

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

L’exposition invite aussi à remonter le temps. Dans un coin, des mannequins portent des vêtements d’époque. Plus loin, il y a plusieurs exemplaires de coupons alimentaires dans une vitrine. Comme pour mieux mesurer le chemin parcouru par la Chine en 40 ans.

Une croissance fulgurante

Un train traditionnel chinois est exposé. En arrière-plan, un TGV chinois apparaît.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De ce train traditionnel au TGV en arrière-plan, la Chine a parcouru beaucoup de chemin en 40 ans

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

En 1978, le pays était pauvre. Il peinait à se relever des ravages de la Révolution culturelle de Mao, entre autres. L’économie planifiée – le modèle de développement prisé jusqu’ici par le Parti communiste – n’avait pas été à la hauteur.

Le nouvel homme fort de Pékin, Deng Xiaoping, le disait lui-même. La Chine accusait plusieurs décennies de retard sur les pays développés. Alors, pour rattraper le temps perdu, il a mis en marche une vaste réforme en agriculture, en défense, dans l’industrie, dans les sciences et la technologie. Avec l’objectif de transformer l’Empire du Milieu en grande puissance, en l’ouvrant au monde.

Des gens font la file afin de participer à un concours d'admission à l'université en Chine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les concours d’entrée à l’université, le Gaokao, ont été rapidement été rétablis par Deng Xiaoping. Ces concours avaient été abolis et plusieurs institutions avaient été fermées pendant la Révolution culturelle.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Par exemple, les agriculteurs ont obtenu le droit à la fin des années 1970 de garder une partie de leurs récoltes et de faire des profits. C'est un droit d’exploitation, mais excluant celui de propriété. La production s’est mise à grimper. L’économie a commencé à se privatiser.

« La pauvreté, ce n'est pas du socialisme. Être riche est glorieux! »

— Une citation de  Deng Xiaoping, 1979

Des zones économiques spéciales ont été créées pour attirer des entreprises et des investisseurs étrangers grâce à une réglementation avantageuse.

Des travailleurs chinois opèrent des machines dans une usine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans une usine en Chine. Novembre 2018

Photo : Reuters / CHINA STRINGER NETWORK

Notamment à Shenzhen, ville située face à Hong Kong, sur le continent. Cet ancien village de pêcheurs est aujourd’hui le moteur économique de la Chine, avec plus de 10 millions d’habitants.

En moins de 40 ans, la Chine est devenue le premier exportateur mondial. Le pays s’ouvrait aussi sur le monde en matière de diplomatie. En 1979, Deng Xiaoping est allé à Washington. La Chine rétablissait ses relations avec les États-Unis.

Jimmy Carter serre la main du numéro un chinois Deng Xiaoping à la Maison-Blanche.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jimmy Carter serre la main du numéro un chinois Deng Xiaoping à la Maison-Blanche, lors de l’établissement des relations diplomatiques entre les États-Unis et la République populaire de Chine, le 30 janvier 1979.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/File

Libéralisation économique 1 – Libéralisation politique 0

Les réformes mises de l'avant par Deng Xiaoping ont cependant été interrompues pendant les deux années qui ont suivi les événements de la place Tianamen, en 1989. Les manifestations du mouvement, qui dénonçait la corruption des dirigeants et qui réclamait des réformes politiques et démocratiques, se sont terminées dans un bain de sang, avec l’intervention de l’armée.

Pas question d’ouverture politique. Deng Xiaoping a même consolidé le rôle dirigeant du Parti communiste chinois.

Des étudiants blessés lors d'une manifestation sont transportés à l'hôpital.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le 4 juin 1989, deux étudiants blessés sont transportés vers un hôpital après le massacre de la place Tiananmen.

Photo : Associated Press / Liu Heung Shing

En 1992, il relance les réformes. Deng Xiaoping préconise un modèle socialiste, plus adapté selon lui pour assurer une vraie distribution des richesses du pays. Les mesures de modernisation se sont poursuivies par étapes. Sous ses successeurs, la Chine est entrée à l'Organisation mondiale du commerce en 2001.

« Si la Chine ne suit pas la voie socialiste, si la Chine n'adopte pas la réforme et l'ouverture pour développer l'économie, si les conditions de vie de la population ne s'améliorent pas, ce sera alors l'impasse [quelle que soit l'autre option]. »

— Une citation de  Deng Xiaoping, lors d'une visite à Shenzhen en 1992

Cela dit, 40 ans plus tard, des inégalités perdurent. Les citadins sont beaucoup plus riches que leurs compatriotes en milieu rural. Des provinces sont moins développées que d’autres. Presque la moitié de la richesse nationale appartient à environ 1 % des Chinois les plus fortunés.

Reste que des centaines de millions de Chinois sont sortis de la pauvreté depuis 1978, selon le gouvernement. Et ça fait partie de points positifs de la Réforme et de l’Ouverture, souligne Robert Dujarric, directeur de l'Institut des études asiatiques contemporaines, à Temple University, au Japon.

Un homme porte des verres fumésAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Robert Dujarric.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

« C’est un grand plus. La Chine est plus riche, les Chinois sont plus riches. Il y a quand même eu une diminution de la répression. La Chine est plus libre ou, sinon, moins autocratique qu’elle ne l’était dans les années 1970. Évidemment, on partait de loin [...] Ce qu’il y a eu de négatif : beaucoup attendaient, à tort, à mon avis, une vraie libéralisation politique. Ce qui n’a pas été le cas. On l’a vu après le massacre de la place Tiananmen. On le voit encore depuis quelques années sous le régime de Xi Jinping », constate l’expert.

Ce resserrement s'exprime par la censure de l’Internet, la surveillance accrue de la population, le resserrement des libertés individuelles, l’internement massif des membres de la minorité musulmane ouïghoure et la répression de ceux qui contestent la souveraineté de la Chine à Hong Kong. Puis, récemment : la disparition mystérieuse d’étudiants marxistes qui militent pour les droits des travailleurs.

Un homme porte un gilet sur lequel il est inscrit : « Fight for Hong Kong ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Manifestation pro-démocratie, Hong Kong, 1er juillet 2017

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

« Il ne peut pas y avoir de libéralisation économique sans libéralisation politique. Ça ne veut pas dire la création d'une démocratie, mais ça veut dire la protection du droit à la propriété. Ça veut dire la liberté de la presse [...] En Chine, vous avez maintenant une censure économique. Même les informations sur les entreprises chinoises sont être visées par le service de propagande du parti. »

— Une citation de  Robert Dujarric, Temple University

La suite sous Xi Jinping : grandeur, contrôle et influence

Signe incontestable de sa puissance, Xi Jinping éclipse quasiment Deng Xiaoping dans cette exposition sur le 40e anniversaire de l'Ouverture et la Réforme en Chine. Dans les messages diffusés en boucle, on assure par exemple que, sous sa direction, « plus de 1,3 milliard de Chinois avancent à grands pas sur le chemin de la modernisation du pays et du rêve chinois du renouveau de la nation ».

Cette exposition comporte plusieurs affiches et thématiques.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photos, citations, écrits: Xi Jinping est omniprésent dans cette exposition sur les 40 ans de la Réforme et de l'Ouverture, lancée en 1978 par Deng Xiaoping. Pékin, novembre 2018.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Xi Jinping est bien décidé à redonner toute sa gloire à la Chine, aujourd'hui deuxième économie mondiale. Son gouvernement veut diversifier l’économie, dont la cadence connaît un ralentissement, en misant sur des secteurs comme l’aéronautique et les énergies vertes.

Le dirigeant positionne le pays à l'international, entre autres avec le vaste programme d'infrastructures terrestres, ferroviaires et maritimes, les nouvelles routes de la soie, à coups d'investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Mais Robert Dujarric, de la Temple University, croit que la politique intérieure chinoise, les disputes territoriales entre la Chine et ses voisins, ou encore la guerre commerciale avec Washington qui accuse Pékin de pratiques déloyales, sont autant d'aspects qui nuisent aux plans de Xi Jinping.

L'expert avance que si la Chine était moins « agressive », elle pourrait rallier davantage des pays persuadés, « pas entièrement à tort, que Donald Trump est un abominable et épouvantable raciste qui souhaite détruire le système international ».

« Mais comme la Chine fait peur, un grand nombre de gouvernements, y compris ceux qui sont très critiques à l'égard de Trump, se disent : "Est-ce que, quelles que soient les faiblesses des États-Unis, il vaut mieux être du côté des Américains, parce que pour l'instant, Tump n'a pas entièrement détruit le système et les Chinois sont nos ennemis." Je crois que la course vient de commencer, et personne ne peut prévoir comment elle se terminera », a conclu M. Dujarric.

Un navire cargo entre dans un portAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La Chine veut recréer la légendaire route de la soie pour forger de nouveaux liens économiques entre l'Asie et l'Europe.

Photo : Reuters

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !