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Le gouvernement fédéral annonce des mesures pour aider les médias

Des journaux en cours d'impression dans une presse rotative

Des journaux en cours d'impression

Photo : iStock

La Presse canadienne

Les libéraux ont concocté un plan d'aide pour les médias d'information. Ils proposent entre autres un crédit d'impôt pour aider les entreprises à payer leurs journalistes. Le coup de pouce a été interprété par les conservateurs comme une tentative d'acheter les médias.

Dans l'énoncé économique qu'il a déposé mercredi, le ministre des Finances a signalé son intention d'allonger 595 millions de dollars sur cinq ans pour venir en aide à l'industrie médiatique, en proie à des difficultés majeures.

« Les Canadiens ont le droit de pouvoir consulter un vaste éventail de sources d'information indépendantes et de confiance, et le gouvernement a la responsabilité de s'assurer qu'ils ont accès à de telles sources d'information », est-il écrit dans le document.

Le fédéral annonce la création de deux crédits d'impôt : un premier remboursable pour les coûts de main-d'œuvre liés à la production de contenu et un second non remboursable de 15 % sur les frais d'abonnements à des médias numériques.

Le pourcentage du crédit d'impôt pour la main-d'œuvre devrait être précisé d'ici le prochain budget fédéral, au printemps, mais il entrera en vigueur de façon rétroactive dès le 1er janvier 2019.

L'autre mesure mise de l'avant dans l'énoncé économique permettrait aux citoyens qui font un don à un organisme de journalisme à but non lucratif de toucher un crédit d'impôt. Les médias qui se muent en OBNL pourraient délivrer des reçus officiels de don, propose le gouvernement.

Des mesures qui doivent être définies

Les contours de ce plan demeurent à définir. Ainsi, Ottawa formera un comité d'experts indépendant composé de journalistes et de représentants de l'industrie économique, qui sera mandaté de déterminer les critères d'admissibilité aux crédits.

La somme totale mise de côté pour ces trois mesures pour l'année financière 2019-2020 est la plus modeste du quinquennat : on la chiffre à 45 millions de dollars, alors qu'à titre comparatif, elle devrait atteindre 165 millions en 2023-2024.

La façon dont le gouvernement a choisi de procéder peut soulever des questions, puisque les médias sont secoués par la crise en ce moment même, et que de nombreux représentants de l'industrie et de syndicats insistent depuis des années sur l'urgence d'agir.

Le ministre Morneau s'est défendu de tarder à bouger. « Nous n'attendons pas », a-t-il tranché en conférence de presse. Mais il faut s'assurer d'avoir suffisamment de temps pour s'assurer que le plan soit déployé avec « un niveau d'indépendance ».

Fait à noter, le gouvernement fédéral ouvre prudemment la porte à l'idée de faire sa part sur le plan du placement publicitaire. La migration des publicités vers les géants du web est l'un des principaux facteurs qui ont contribué à la crise qui secoue le milieu médiatique.

En annexe, dans son énoncé économique, Ottawa prend l'engagement de « faire en sorte que les fonds affectés par le gouvernement à la publicité soutiennent mieux les plateformes et les fournisseurs de contenu canadiens ».

Le député Pierre Poilievre pose une question à la Chambre des communes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le député conservateur Pierre Poilievre intervient durant la période de questions à la Chambre des communes le 31 octobre 2018.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les conservateurs opposés

L'annonce de ces intentions ne rassure en rien les conservateurs, qui avaient accusé les libéraux de vouloir « acheter » les journalistes et piper les dés en vue de la prochaine élection quand les rumeurs entourant un plan d'aide avaient commencé à circuler.

« Je pense que les médias ne devraient pas être contrôlés par le gouvernement », a lancé le député Pierre Poilievre, disant craindre que « selon le plan Trudeau », le gouvernement décide de concert avec le comité indépendant qui touche l'argent et qui n'en touche pas.

Nous voulons protéger l'indépendance des journalistes, et ce n'est pas approprié que le gouvernement essaie d'acheter le contrôle des médias dans une année électorale.

Pierre Poilievre, député conservateur

« Ça peut être un danger », a admis son ancien collègue de caucus Maxime Bernier au moment d'offrir ses réactions. Le chef du Parti populaire a cependant dit vouloir attendre de voir quels seraient les critères et la composition des comités avant de dire si ses craintes sont fondées.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh n'accepte pas la position conservatrice voulant que les libéraux cherchent à soudoyer les représentants de la presse. « Je pense qu'il faut investir et aider les médias », lesquels veulent, « eux-mêmes rester indépendants », a-t-il soutenu.

Il estime que le gouvernement doit maintenant tâcher de faire paraître ses publicités dans des médias nationaux et locaux canadiens plutôt que d'enrichir les Google et les Facebook de ce monde, car « ce serait une meilleure utilisation de nos fonds publics ».

Le député bloquiste Gabriel Ste-Marie abonde dans le même sens. « Au fond, le problème avec la crise des médias, c'est qu'il y a une concurrence déloyale qui avantage les géants du web », a-t-il dit.

Plateforme numérique francophone

L'énoncé économique confirme par ailleurs le financement d'une mesure confirmée en octobre au Sommet de la Francophonie d'Erevan, soit la participation à la création d'une plateforme numérique francophone réunissant des diffuseurs publics membres de TV5MONDE.

Le gouvernement propose d'investir dans ce projet 14,6 millions de dollars sur cinq ans dès 2019-2020, « afin de mettre en valeur la culture francophone et de protéger sa place dans le monde numérique », est-il écrit.

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