•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La nature changeante de Postes Canada

Un facteur livre le courrier à Ottawa.
Des grèves tournantes frappent Postes Canada depuis le 22 octobre. Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Radio-Canada

À moins de 24 heures de la fin de l'ultimatum lancé par le gouvernement Trudeau à Postes Canada et au syndicat de ses 50 000 facteurs pour régler le conflit de travail en cours depuis le 22 octobre, d'aucuns se demandent toujours ce qui est en jeu. Retour sur les changements structurels à l'origine du conflit.

Postes Canada est une société qui a bien changé depuis son précédent conflit de travail, en 2011. Elle venait alors d’enregistrer ses premières pertes en 17 ans, et son président et chef de la direction, Deepak Chopra, venait de dévoiler un plan de transformation.

L’objectif de la nouvelle approche consistait à transformer la société afin qu’elle puisse affronter les changements entraînés par l’essor d’Internet. Le nombre de lettres à distribuer était en chute libre, tandis que le nombre de colis à livrer était en plein essor.

« À partir de 2007, le volume de lettres a commencé à s’effondrer comme un château de cartes », résume Ian Lee, professeur agrégé à l’école de gestion Sprott, affiliée à l’Université Carleton, à Ottawa.

C’était leur pain et leur beurre, leur activité fondamentale et aussi la plus profitable, de loin. [...] Ils facturaient beaucoup d’argent, et il leur en coûtait très peu pour effectuer la livraison.

Ian Lee, professeur agrégé à l’école de gestion Sprott

Les communications étant de plus en plus électroniques – il suffit de penser à tous ceux et celles qui reçoivent maintenant leurs factures par courriel –, le nombre de lettres distribuées par Postes Canada a chuté, passant de 11,8 milliards en 2007 à 8,4 milliards l’an dernier.

Pour compenser, la société s’est de plus en plus concentrée au fil du temps sur la distribution de colis, qui était à un niveau pratiquement stable depuis des années. Le problème est que d’autres géants, comme UPS et FedEx, occupent aussi ce terrain.

Or, il s'agissait là d'un « terrain très concurrentiel », souligne M. Lee. « Il n’y a pas de monopole. »

Quand les règles du jeu ne sont pas les mêmes

Malgré tout, Postes Canada a tiré son épingle du jeu.

En 2011, Postes Canada a livré 143 millions de colis, ce qui lui a valu des revenus de 1,3 milliard de dollars, soit 21 % de ses revenus totaux. L’an dernier, elle en a distribué 242 millions, engrangeant 2,1 milliards de dollars, soit 33 % de ses revenus.

Selon le professeur Lee, Postes Canada offre un service concurrentiel, avec des tarifs qui demeurent plus bas que ses compétiteurs du secteur privé. Mais selon lui, les coûts de main-d’œuvre et les obligations de la société envers le régime de retraite des employés plombent ses efforts.

Un document de travail gouvernemental obtenu par CBC conclut plus précisément que les coûts de main-d’œuvre de Postes Canada sont supérieurs de 41 % à ceux des entreprises comparables dans le secteur privé.

Selon Malcolm Bird, professeur agrégé de sciences politiques à l’Université de Winnipeg, cela s’explique aussi par le fait que Postes Canada doit couvrir de plus en plus de territoire, ce qui l’empêche de capitaliser sur ses bonnes performances quant à la livraison de colis.

Postes Canada doit offrir un service de livraison de lettres et de colis aux petites communautés rurales du Canada et dans le Nord, des endroits où les entreprises privées n’offrent qu’un service limité, si elles l'offrent. Cette obligation d’être un service universel est au cœur de son mandat.

Malcolm Bird, professeur agrégé de sciences politiques à l’Université de Winnipeg

Cet état de fait explique pourquoi Postes Canada souhaitait faire moins de livraisons de porte en porte et faire plus de livraisons dans des boîtes postales communautaires. Ce plan devait lui faire économiser à terme 400 millions de dollars par année.

Le gouvernement Trudeau a toutefois décidé de mettre un terme à ce projet.

Une grève qui pourrait nuire aux affaires

Malgré un déclin constant de 4 % à 8 % par année, la distribution de lettres demeure la principale vache à lait de Postes Canada.

L’an dernier la distribution du courrier dit transactionnel (factures, avis, etc.) lui a rapporté 2,9 milliards de dollars, soit 45 % de ses revenus. En 2011, cette activité lui avait valu 3,2 milliards, ce qui représentait 54 % de ses revenus.

La distribution de publicités est une autre activité qui continue de rapporter gros à la société. L’an passé, cela lui a permis d’accumuler 1,1 milliard de dollars.

Malcolm Bird souligne toutefois que les grèves tournantes pourraient contribuer à miner les revenus de Postes Canada, puisque davantage de clients pourraient en avoir profité pour prendre le virage numérique.

Toutes les compagnies qui envoient toujours des lettres en papier, des factures, tentent d’utiliser les grèves tournantes pour convaincre de plus en plus de gens de passer aux factures électroniques et se débarrasser du papier.

Malcolm Bird, professeur agrégé de sciences politiques à l’Université de Winnipeg

Ian Lee souligne pour sa part que le conflit de travail démontre ironiquement que les services de Postes Canada sont de moins en moins essentiels.

Au 20e siècle, dit-il, toute grève perturbait sérieusement l’économie, parce que cela empêchait les Canadiens de payer de nombreuses factures. Les entreprises ne tardaient pas à se plaindre des graves conséquences sur leurs affaires.

Aujourd’hui, il s’agit simplement d’un inconvénient.

Avec les informations de La Presse canadienne

Relations de travail

Économie