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  • Des achats à crédit pour les Fêtes, d’hier à aujourd’hui

    Femme d'aujourd'hui, 3 décembre 1968
    Radio-Canada

    Ce vendredi 23 novembre, certains célébreront le Vendredi fou, d'autres la Journée sans achat. De nos archives, voici quelques réflexions sur les achats à crédit qui pourraient se révéler inspirantes pour cette journée sur le thème de la consommation.

    Avez-vous économisé pour vos cadeaux de Noël ou utiliserez-vous plutôt votre carte de crédit?

    La plupart des consommatrices interviewées dans cet extrait de l’émission Femme d’aujourd’hui du 3 décembre 1968 budgètent leurs achats des Fêtes.

    Certaines disent épargner tout au long de l’année dans cet objectif, ce qui ne les empêche pas de crever leur budget le moment venu. Peu admettent cependant utiliser une carte de crédit.

    Pourquoi ce tabou? Et pourquoi acheter avec la carte de crédit au juste?

    La première question qu'on se pose quand on dispose déjà de la monnaie, des billets de banque et des chèques, c'est pourquoi peut-on désirer posséder une carte?

    Le journaliste Jean Paré

    Dans ce reportage de l’émission Les temps changent du 2 décembre 1968, le journaliste Jean Paré interroge des consommateurs sur leur utilisation de la carte de crédit.

    Parmi les avantages nommés, la carte de crédit permet de ne pas manquer des aubaines et d'éviter de garder de l’argent dans ses poches. Elle épargne aussi un rendez-vous chez le gérant de banque pour demander un prêt. Mais nous assure-t-elle vraiment de centraliser les paiements, comme le soutient un jeune homme interrogé dans un centre commercial?

    « Si la carte est un tel passe-partout, un “sésame ouvre-toi” si extraordinaire, pourquoi d'autres personnes la refusent catégoriquement? » se demande le journaliste Jean Paré.

    « Je ramasse mon argent avant de la dépenser », déclare une dame qui rejette la carte de crédit. « Vivre à crédit, ce n'est pas la meilleure façon de vivre », exprime une autre consommatrice.

    Rien pour déstabiliser le représentant de banque interviewé au cours du reportage.

    « Il semble à ce moment-ci que cette question d'anxiété vis-à-vis le crédit soit plus due au fait de l'inexpérience ou de l'ignorance qu'à une antipathie, qu’[à] un refus global du crédit », affirme-t-il.

    M. Larivière partage ensuite l’approche en quatre phases pour l’adoption de la carte de crédit prescrite par les banques :

    1. Le consommateur reçoit une carte et décide de la garder, au cas.
    2. Le consommateur utilise sa carte et prend connaissance de ses avantages.
    3. Le consommateur emploie plus souvent sa carte et est encouragé à le faire pour louer une voiture, partir en vacances, etc.
    4. Le consommateur qui avait refusé la carte jusqu’à maintenant se rend compte que tout le monde autour de lui possède une carte et se plie par conformisme.

    Dix ans plus tard, comme le montre cet extrait de l’émission Consommateurs avertis du 16 mars 1977, le lien entre endettement et achats à crédit est clairement établi.

    Interrogé par la journaliste Nicole Laurier, le représentant de banque adopte une position plutôt défensive.

    La carte de crédit est une carte d'achat, premièrement, à laquelle est rattachée la particularité que l'on peut avoir du crédit lorsque nécessaire. Elle a toujours été présentée aux consommateurs comme une telle carte et non pas comme une carte de crédit. On n'a jamais dit dans nos commerciaux, prenez du crédit sur notre carte!

    Hubert Harel, de la Banque provinciale du Canada

    Du côté des consommateurs interrogés dans le reportage, pas de doute, la carte de crédit les incite à dépenser et cause parfois des surprises ou des maux de tête à la fin du mois.

    Une passante atteste rembourser un montant qui ne couvre pas l’entièreté de sa facture mensuelle. « Aucune idée de l’intérêt? », demande la journaliste. « Non, je n’ai pas regardé », admet-elle.

    Le directeur de l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) Jean Doré (et futur maire de Montréal) soulève le problème. La carte de crédit est trop souvent utilisée pour financer des achats plutôt que comme carte de paiement.

    Charles Gagné, de l’Office de la protection du consommateur (OPC), souligne pour sa part le « drôle de plaidoyer des banques ».

    Classiquement, la banque fondait sa crédibilité financière sur la capacité de rembourser ses dettes. L’endettement était un fléau. Avec la carte de crédit, elle fait le contraire, affirme-t-il. Elle propose au consommateur d’acheter maintenant et de voir s’il pourra payer plus tard…

    Les jeunes d'aujourd'hui sont de plus en plus endettés.

    Le journaliste Yvan Lamontagne

    En 2009, l’endettement touche toutes les franges de la population active, même les plus jeunes à qui l’on refusait auparavant une carte de crédit.

    Comme le relate Yvan Lamontagne dans ce reportage au Téléjournal du 27 novembre 2009, 71 % des jeunes Québécois déclarent posséder au moins une carte de crédit. Et ils s’endettent.

    « On budgète sur une semaine, sur deux semaines, mais on ne budgète plus sur une année », explique le professeur de marketing Jacques Nantel. Il considère les dettes de consommation comme de mauvaises dettes.

    Son inquiétude est partagée par Claude Béland qui a dirigé le Mouvement des caisses Desjardins de 1987 à 2000.

    Ce n’est même pas bon pour l'économie, parce que c'est dépenser aujourd'hui pour ce qu'on ne pourra pas rembourser demain. Demain, et bien l'économie va s'écrouler. C’est pour ça que dans le moment et depuis les années 70, on a des crises tous les six, sept ans.

    Claude Béland, ex-président, Mouvement des caisses Desjardins

    Pour les deux hommes, la solution passe par l’éducation. L’éducation pour résister à la sollicitation. L’éducation pour mieux peser les achats à crédit. L’éducation pour éviter l’endettement.

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