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Deux tours à condos de 50 étages pousseront sur le site de l'ancien Spectrum

Une maquette du projet.
Une passerelle sera construite entre les deux tours; elle servira d'observatoire pour les résidents, expliquent les promoteurs. Photo: maestriacondos.com

Un nouveau projet immobilier verra le jour au centre-ville de Montréal. Plus de 1500 unités de logement seront construites à l'endroit où se trouvait autrefois le Spectrum, une salle de spectacle mythique de la métropole. Ces habitations seront bâties à l'intérieur de deux tours géantes de 51 et 53 étages, qui domineront complètement le Quartier des spectacles. La Ville a toutefois de sérieuses réserves.

Un texte de Jérôme Labbé

Ce projet de 700 millions de dollars sera érigé au coin des rues Sainte-Catherine Ouest et De Bleury, sur un terrain de 95 000 pieds carrés, laissé vacant depuis 10 ans.

Soutenu par le promoteur immobilier Devimco, la société d'investissement Fiera Immobilier et le Fonds immobilier de solidarité FTQ, il a été baptisé « Maestria », un mot dérivé de l'italien, qui traduit une « habileté spectaculaire », selon Le Petit Robert.

Les premières maquettes ont été présentées aux médias jeudi matin, mais le site web du projet – conçu en français, en anglais et en chinois – était déjà accessible mercredi.

Et il ne ménage pas les superlatifs. On y évoque « des panoramas inédits », qui pourront être admirés depuis « deux majestueuses tours en parfaite symbiose » pointant « vers la voûte céleste » et qui « vous entraînent au-dessus de la ville, presque en apesanteur ».

Maestria est présenté comme un projet immobilier « mixte », dont les unités seront mises en vente dès le mois de février. Il comprendra plus de 1000 copropriétés – studios, condos de 1 à 3 chambres et appartements terrasses (penthouse) – et 500 logements locatifs, dont la superficie variera de 300 à 2500 pieds carrés. Plus de 500 espaces de stationnement intérieurs seront aussi aménagés.

« Maestria Condominiums proposera un écrin élégant et chic », où l'on retrouvera aussi une salle d'entraînement de 4800 pieds carrés, une piscine intérieure semi-olympique vitrée, une piscine extérieure avec spa, un circuit thermal de bains et spa scandinave, une salle de golf virtuel, etc.

En outre, le projet sera équipé de deux observatoires superposés qui relieront les tours au 25e étage, « une véritable loge privée [surplombant] l'Esplanade des Festivals et la Place des Arts ». Cette passerelle, dit-on, sera « la plus haute jamais réalisée au Québec dans le cadre d'un projet résidentiel ».

« On l'appelle notre skybox », a précisé jeudi matin Serge Goulet, président de Devimco.

Une maquette du projet.La vue sur l'Esplanade des Festivals sera imprenable, promet-on. Photo : maestriacondos.com

Le volet commercial du projet prévoit pour sa part un rez-de-chaussée de 51 000 pieds carrés intégrant des restaurants, des cafés et des commerces de proximité, ainsi que l'aménagement d'une « placette extérieure » pour les commerces adjacents. « Cette placette pourrait accueillir des événements culturels », suggère-t-on dans le communiqué, ajoutant qu'il y aura aussi des espaces verts « pour favoriser la biodiversité urbaine ».

La construction devrait s'amorcer à la fin de 2019, précise-t-on. Mais déjà, jeudi matin, Devimco évoquait le début de 2020.

La durée estimée des travaux est d'environ trois ans, ce qui fait qu'au mieux, les tours pourront accueillir leurs premiers résidents en 2022... si tout se déroule selon les plans présentés jeudi.

Un projet appelé à évoluer

Joint par Radio-Canada, le cabinet de la mairesse Plante s'est dit « surpris » par la façon de faire des promoteurs. Parce que, officiellement, le projet ne lui a pas encore été présenté.

L'administration demande donc aux promoteurs de faire les choses dans l'ordre, soit de commencer par soumettre le projet au comité consultatif d'urbanisme (CCU) de l'arrondissement de Ville-Marie. D'autant plus que le site ne se trouve même pas dans une zone résidentielle.

Le responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal, Robert Beaudry, a évoqué jeudi « un coup d'éclat », « un stunt publicitaire ».

L'administration n'est ni pour ni contre, a-t-il soutenu, mais elle devra avant toute chose s'assurer que le projet respecte les règles d'urbanisme.

« Je ne peux pas me prononcer sur le coin d'une table, surtout pas pour un projet aussi important que ça », a déclaré M. Beaudry.

Il faut vraiment que ça passe par toutes les instances pour qu'on voie comment le projet s'inscrit dans son environnement.

Robert Beaudry, responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal

Le projet pourrait encore évoluer, a reconnu Serge Goulet jeudi matin. D'ailleurs, des « discussions avec la Ville » ont déjà permis d'apporter certains changements, a-t-il souligné en entrevue, ajoutant que ces pourparlers « devraient atterrir normalement après les Fêtes ».

Pour l'instant, le projet prévoit 15 % de logements abordables, admet M. Goulet, ce qui permettrait à Devimco et aux autres promoteurs d'éviter de payer une compensation financière à la Ville. Cependant, un nouveau règlement prévu pour 2019 par l'administration de Projet Montréal pourrait l'obliger à faire plus de place aux logements sociaux et familiaux.

« Si c'est le cas, on va y adhérer sans aucun problème », a promis M. Goulet.

Par ailleurs, le président de Devimco s'engage à ce que Maestria ne devienne pas un « immeuble Airbnb ». « Nous, on ne fait jamais dans ça, jure-t-il. D'ailleurs, les déclarations de copropriété le prévoient : aucune location à court terme. Airbnb, on n'est pas dans ça du tout, nous. »

Aucune salle de spectacle en vue

La porte-parole du Partenariat du Quartier des spectacles, Marie Lamoureux, indique que son organisation n'est pas impliquée dans le projet. Mais à sa connaissance, le site ne fera pas place à une nouvelle salle de spectacles.

« Ce n’est pas de notre mandat ni de notre juridiction de déterminer les projets immobiliers qui se développent dans le Quartier des spectacles. Ceci relève de la Ville de Montréal; c’est elle qui délivre les permis et analyse la faisabilité et les normes municipales », rappelle-t-elle.

Des espaces à louer pourraient néanmoins être utilisés pour y installer des studios d'enregistrement ou encore des locaux à vocation culturelle, a fait valoir Serge Goulet.

Dans tous les cas, les nostalgiques du Spectrum ne seront pas oubliés. « Afin de rappeler les beaux jours de ce lieu mythique, nous prévoyons intégrer des éléments remémorant cette époque, comme une collection d'archives du Spectrum », a précisé Normand Bélanger, PDG du Fonds immobilier de solidarité FTQ.

Un secteur en ébullition

Conçues en collaboration avec la firme d'architectes Lemay, les deux tours de Maestria seront parmi les plus hautes de Montréal. D'une hauteur prévue de 220 mètres au-dessus du niveau de la mer, elles « domineront complètement l'horizon », indique-t-on sur le site web du projet.

« Ce sera le plus haut projet résidentiel à Montréal », a indiqué Serge Goulet jeudi.

Peu de gratte-ciel dépassent actuellement les 200 mètres à Montréal. Le record est détenu par le 1000 de La Gauchetière et ses 51 étages de bureaux, qui mesurent 205 mètres (ou 232 mètres au-dessus du niveau de la mer, soit la hauteur maximale, fixée par celle du mont Royal). Le constructeur Broccolini entend toutefois construire pour 2022 une tour de 56 étages baptisée « Victoria sur le parc », qui sera érigée au 700 rue Saint-Jacques, en lieu et place d'un stationnement situé près du square Victoria.

On peut lire sur le premier panneau la mention « Maestria condominiums »; le second panneau est en cours d'installation.Des équipes installaient des panneaux annonçant l'avènement du nouveau projet immobilier sur le site de l'ancien Spectrum, mercredi. Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Maestria s'ajoutera aux nombreux projets en cours dans ce secteur, comme : la réfection de l'Esplanade de la Place des Arts, la construction de l'îlot Balmoral, celle du Carré Saint-Laurent, qui accueillera le Centre d'histoire de Montréal, le chantier de l'îlot Clark, les rénovations majeures prévues au Musée d'art contemporain (MAC) l'an prochain; et l'érection projetée par le groupe Canvar du « Smith », une tour de 35 étages qui abritera des condos, un hôtel et des commerces sur le site de l'ancien jardin Domtar.

Des partenaires en moyens

Les promoteurs de Maestria sont parmi les joueurs immobiliers les plus importants au Québec.

Devimco, dont le siège social est à Brossard, est notamment derrière le Quartier Dix30, le futur centre-ville de Longueuil, le Square Children's (sur le site de l'ancien Hôpital de Montréal pour enfants), plusieurs projets résidentiels et commerciaux sur la Rive-Sud et dans Griffintown ainsi que la revitalisation du club sportif MAA. À elle seule, la compagnie est responsable de la vente du tiers de tous les condos neufs du centre-ville de Montréal en 2017.

Fiera Immobilier, pour sa part, gère des actifs évalués à environ 3 milliards de dollars, dont 600 millions au Québec. Mais la société fait partie d'une entité beaucoup plus grande, Fiera Capital, dont les actifs se chiffrent à près de 150 milliards de dollars.

Le Fonds immobilier de solidarité FTQ compte quant à lui 46 projets en développement d'une valeur de 2,9 milliards de dollars, en plus de 50 immeubles déjà construits et 2 millions de pieds carrés de terrain. C'est lui qui avait acquis le terrain du Spectrum après la fermeture de celui-ci, en 2007.

Un sentiment de déjà-vu

Le Fonds avait d'ailleurs lancé en 2012 un projet similaire à celui d'aujourd'hui avec Canderel, une autre société spécialisée dans le développement résidentiel et commercial. Deux tours de bureaux de 30 étages environ devaient être construites; pas moins de 1,2 million de pieds carrés devaient être mis sur le marché.

Une maquette du projet.Le projet de la firme Canderel et du Fonds de solidarité FTQ prévoyait la construction de deux tours de bureaux sur le site de l'ancien Spectrum. Photo : Lemay Architectes

Le projet était encore vivant l'an dernier, mais ses promoteurs, qui souhaitaient trouver un locataire majeur avant d'amorcer les travaux, peinaient toujours à trouver la perle rare.

Radio-Canada, par exemple, aurait pu y déménager ses bureaux, mais le diffuseur public a finalement décidé de se tourner vers Broccolini pour construire un nouveau bâtiment dans son stationnement, au coin de l'avenue Papineau et du boulevard René-Lévesque.

« Il faut comprendre qu'il y avait beaucoup de vacance de bureaux au centre-ville à ce moment-là, donc les gens pouvaient se réaménager avec des propositions plus intéressantes que de migrer dans des bâtisses neuves », a expliqué jeudi matin Normand Bélanger.

Canderel s'est finalement retirée du projet, à la suite de quoi le Fonds immobilier de solidarité FTQ s'est tourné vers Devimco.

Avec la collaboration de Jacques Bissonnet

Immobilier

Économie