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Assassinat de Jamal Khashoggi : Trump défend vigoureusement le « grand allié » saoudien

Donald Trump en compagnie du prince héritier adjoint saoudien Mohammed ben Salmane Photo: Getty Images / Mark Wilson
Radio-Canada

Évoquant l'hypothèse qu'il pourrait être impossible d'établir un jour la culpabilité ou l'innocence du puissant prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, dans l'assassinat du chroniqueur Jamal Khashoggi, le président Donald Trump a déclaré que les États-Unis resteraient un « partenaire inébranlable » de l'Arabie saoudite. Ses propos ont été critiqués, même au sein du camp républicain.

Faisant fi d'informations de plusieurs médias américains, dont le Washington Post, selon lesquelles le renseignement américain n'aurait plus de doute sur la responsabilité du prince héritier, Donald Trump a au contraire assuré dans un communiqué publié mardi par la Maison-Blanche que la CIA n'avait « rien trouvé d'absolument certain ».

Il reconnaît que Mohammed ben Salmane pourrait avoir été au courant du meurtre, mais l'ensemble de sa déclaration indique que « dans tous les cas », la relation avec l'Arabie saoudite reste vitale.

Nos services de renseignement continuent d'évaluer toute l'information, mais il se pourrait très bien que le prince héritier ait eu connaissance de cet événement tragique – peut-être que oui, peut-être que non!

Donald Trump, président des États-Unis

« Nous ne connaîtrons peut-être jamais [en italique dans le texte] tous les faits entourant le meurtre de Jamal Khashoggi », affirme Donald Trump, qui qualifie l'événement de « crime épouvantable ».

Répétant les démentis du roi Salmane et du prince héritier, il note cependant au passage que Jamal Khashoggi était accusé à Riyad d'être un « ennemi de l'État » et « un membre des Frères musulmans ».

« Les États-Unis d'abord! »

Invoquant la sécurité et les intérêts nationaux, le président américain se porte à la défense de la relation stratégique entre son pays et Riyad, ciblant l'Iran à de nombreuses reprises.

« Le monde est un endroit très dangereux ! », se justifie-t-il dans le communiqué, intitulé « Les États-Unis d’abord! » – et marqué par de nombreux points d'exclamation.

Le président américain y énumère toutes les raisons qui rendent l'alliance avec l'Arabie saoudite importante à ses yeux : lutte contre l'Iran, combat contre le « terrorisme islamique radical », vente d'armes américaines au royaume et stabilité des prix du pétrole, dont Riyad est le premier exportateur mondial.

Les États-Unis ont l'intention de rester un partenaire inébranlable de l'Arabie saoudite pour défendre les intérêts de notre pays, d'Israël et de tous les autres partenaires dans la région.

Donald Trump, président des États-Unis

Il accuse notamment Téhéran d’être « responsable d’une guerre sanglante par procuration contre l'Arabie saoudite au Yémen », écartant toute responsabilité de son allié dans ce conflit. Le géant moyen-oriental « se retirerait avec plaisir du Yémen, si les Iraniens acceptaient de partir », affirme-t-il.

Une réaction qui suscite un tollé

Plan rapproché de Jamal Khashoggi qui parle lors d'une conférence de presse à Manama, à Bahreïn, le 1er février 2015.Jamal Khashoggi a d’abord été un proche collaborateur de la famille royale et des services de renseignement avant de devenir un critique de la politique autoritaire du prince Mohamed ben Salmane, surnommé MBS. Photo : Associated Press / Hasan Jamali

Plusieurs élus démocrates, mais aussi républicains, ont critiqué les propos du président Trump, se déclarant en faveur de sanctions à l'endroit de Riyad.

Dans un geste bipartisan, le président de la commission sénatoriale sur les Affaires étrangères, Bob Corker, un républicain, et son collègue démocrate Bob Menendez ont écrit au président Trump pour réclamer une enquête sur l’éventuelle responsabilité du prince héritier en vertu de la loi Magnitski.

Cette loi, adoptée par le Congrès en 2012, oblige le président à déterminer si un citoyen étranger est responsable de meurtres extrajudiciaires, d’actes de torture ou d’autres atteintes aux droits de la personne contre un individu exerçant sa liberté d’expression.

Sur Twitter, le sénateur Corker, qui ne s’est pas représenté en 2018, a en outre accusé le président de relayer et promouvoir la version saoudienne.

Je n'aurais jamais pensé qu’un jour je verrais la Maison-Blanche agir comme agence de relations publiques pour le compte du prince héritier d'Arabie saoudite.

Bob Corker, sénateur du Tennessee

La vente d'armes n'est pas un « programme de création d'emplois », a argué le sénateur républicain Rand Paul, appelant la Maison-Blanche à y mettre un terme. « C'est l'Arabie saoudite d'abord, pas l'Amérique d'abord », a-t-il raillé.

Son collègue Lindsey Graham, pourtant un allié du président, a estimé qu’il y avait un soutien bipartisan au Congrès en faveur de sanctions sévères contre l’Arabie saoudite et les membres de la famille royale.

Sur CNN, le gouverneur de l’Ohio, John Kasich, a pour sa part accusé le président de saper l’autorité morale des États-Unis.

Les plaidoyers pour une intervention du Congrès, notamment de la part du Washington Post dans lequel écrivait le journaliste saoudien, se sont également multipliés.

« Devant l'échec du leadership du président Trump, il revient désormais au Congrès de défendre les vraies valeurs et les intérêts durables des États-Unis », a estimé le PDG du quotidien, Fred Ryan, accusant le milliardaire républicain de « mettre ses relations personnelles et ses intérêts commerciaux au-dessus des intérêts américains ».

L'ex-directeur de la CIA John Brennan a pour sa part exhorté les élus à « obtenir et déclassifier » les rapports du renseignement sur cet assassinat, évoquant la « malhonnêteté » du président.

Le Canada veut parler de l'affaire Khashoggi au sommet du G20

Offrant un contraste avec la Maison-Blanche, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a indiqué qu’elle entendait profiter du prochain sommet du G20, en Argentine, pour inciter l'Arabie saoudite – l'un des pays membres – à fournir des réponses sur le meurtre de Jamal Khashoggi.

Ottawa fera pression pour qu’une enquête internationale transparente soit lancée, a-t-elle indiqué.

Jamal Khashoggi, connu pour ses critiques du prince héritier de l'Arabie saoudite, a été tué dans le consulat saoudien à Istanbul, en Turquie, le 2 octobre.

L'Arabie saoudite a, à maintes reprises, changé sa version sur ce qui lui était arrivé.

Le procureur saoudien a admis jeudi dernier que le journaliste avait été drogué et son corps démembré au consulat.

Sur un total de 21 suspects, il a inculpé 11 personnes qui seront déférées devant la justice. Il a requis la peine capitale pour cinq d'entre elles.

Washington a imposé la semaine dernière des sanctions financières à 17 suspects.

Avec les informations de Washington Post, New Yor Times, et AFP

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