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Le Canada au secours des secouristes syriens

Le reportage de Sylvain Desjardins et Dominique Landry
Sylvain Desjardins

Une opération de sauvetage des Casques blancs syriens a été organisée à l'instigation du Canada, en juillet dernier. Leur vie était menacée par les troupes armées de Bachar Al-Assad. Plus de 400 personnes ont ainsi été évacuées de Syrie vers la Jordanie. Certaines vivent maintenant au Canada.

Le projet était risqué. Plus de 1000 personnes – des centaines de Casques blancs et leurs familles – étaient encerclées par l’armée syrienne, dans la ville de Deraa, dans le sud du pays. Les bombardements avaient débuté.

L’évacuation s’est faite de nuit, dans le plus grand secret, via la région du Golan, jusqu’à la frontière d’Israël. L’armée israélienne a ensuite conduit le groupe jusqu’à la frontière de la Jordanie. L’opération initiée par le Canada a été menée en collaboration avec le Royaume-Uni, l’Allemagne et les États-Unis.

Mais seulement 422 personnes, soit une centaine de Casques blancs et leurs proches, ont réussi à fuir. On ne connaît pas le sort de ceux qui sont restés.

Mayson Al Masri et son mari faisaient partie du groupe.

Le couple assis sur un divan gris; la femme rit, l'homme boit du thé.Le couple a été évacué de la Syrie lors d'une opération menée, à l'initiative du Canada avec le Royaume-Uni, l'Allemagne et les États-Unis. Ils ont ensuite passé trois mois dans un camp en Jordanie avant d'arriver au Canada. Photo : Radio-Canada / Sylvain Desjardins

Mme Al Masri nous raconte qu’elle a pleuré pendant tout le trajet, cette nuit-là. Elle abandonnait sa famille et une partie de ses amis et collègues Casques blancs, parfaitement consciente qu’elle ne les reverrait sans doute jamais.

Son époux et elle ont passé trois mois dans un camp en Jordanie, avant d’arriver à Hamilton, en Ontario.

« Je ne suis pas remise de tout ça », dit-elle, au milieu du salon pratiquement vide de son nouvel appartement, où elle nous reçoit.

Je fais toujours des cauchemars. La vie est calme ici, mais je sursaute encore au moindre bruit de klaxon. Mes pensées et mon âme sont toujours là-bas.

Mayson Al Masri, ex-membre des Casques blancs de Syrie

Mme Al Masri travaillait comme journaliste pour l’agence officielle syrienne Sanaa quand les bombardements de l’armée ont débuté, au début des manifestations, en 2011. Elle a progressivement pris ses distances, parce que ses patrons lui interdisaient de parler des arrestations arbitraires, des violations des droits de la personne et des attaques meurtrières.

Un jour, son frère et son neveu ont été tués devant la maison familiale, atteints par les tireurs d’élite de l’armée. Elle était tout près, mais elle n’a pas pu intervenir.

C’est à ce moment qu’elle a décidé de rejoindre les Casques blancs, les sauveteurs de la Défense civile syrienne, une organisation improvisée pour venir en aide aux victimes des bombardements.

Un logo représentant un casque blanc et bleu est peint sur un mur de béton.Le logo de la Défense civile syrienne à Al-Tamana, dans la province syrienne d'Idlib. Photo : AFP/Getty Images / AMER ALHAMWE

Les Casques blancs de Syrie ont été mis sur pied en 2013 pour venir en aide aux victimes de la guerre civile. Également connue comme la Défense civile syrienne, cette organisation humanitaire a été financée par le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et le Japon.
Inspirée des Casques blancs de l'ONU, créés en 1995 pour appuyer l'aide d'urgence de l'ONU, la Défense civile syrienne a regroupé des centaines de bénévoles qui intervenaient déjà de leur propre chef.
Ils ont été jusqu'à 4000 en tout, présents essentiellement dans les zones contrôlées par l’opposition, privées des services de l’État et ciblées par les forces de Bachar Al-Assad. Beaucoup ont été tués. D'autres ont fui. On ne sait pas combien sont encore sur le terrain. Leur vie est toujours menacée.

Syrie : l'engrenage de la guerre

Mayson Al Masri raconte que les tireurs d'élite de l’armée, postés dans les étages supérieurs des immeubles de la ville, s’amusaient à tirer sur les habitants, les enfants et même les bébés dans les bras de leur mère.

Elle a participé aux expéditions de secours aux côtés des hommes pour venir en aide, en particulier, aux femmes et aux enfants blessés.

« C’était parfois dangereux de se rendre sur les lieux d’un bombardement, parce que le régime savait que nous allions arriver et ils en profitaient pour nous attaquer aussi, raconte-t-elle. Parfois, il fallait s’abstenir ou attendre avant d’aller secourir les blessés. »

Le régime de Bachar Al-Assad et la Russie accusent les Casques blancs de prendre part aux combats aux côtés des rebelles.

Mme Al Masri répond que les Casques blancs ne sont certainement pas tous des anges. Si certains ont pris part aux hostilités, ils n’auraient pas dû, puisque leur seule mission était de sauver des vies.

Nous sommes aussi allés porter secours dans les quartiers pro-Assad. Nous avons même soigné des soldats syriens. On n’a jamais demandé aux blessés de quel côté ils étaient avant de leur venir en aide.

Mayson Al Masri, ex-membre des Casques blancs de Syrie
Une femme portant un voile gris et blanc.Mayson Al Masri était membre des casques blancs en Syrie, mais elle est maintenant établie à Hamilton, en Ontario. Photo : Radio-Canada / Sylvain Desjardins

Mayson Al Masri et son mari tiennent à remercier les Canadiens pour leur accueil « chaleureux ».

« Nous, les Casques blancs, nous sommes toujours prêts à servir, à aider », dit-elle. Son mari abonde dans le même sens.

« Nous espérons pouvoir continuer à agir de la même manière, ajoute-t-elle. Nous aimerions contribuer à sauver des vies ici aussi, si c’est possible. »

Les autres Casques blancs syriens et leurs familles qui ont eu la chance de fuir le pays à temps sont maintenant disséminés dans les pays qui ont contribué à leur évasion.

Au Canada, les familles de Casques blancs continuent d’arriver. Ils habitent maintenant la Nouvelle-Écosse, l’Ontario, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique. Ils seront bientôt plus d’une centaine à travers le pays.

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