•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Entreprises : la riposte de Bill Morneau à Donald Trump

Le ministre des Finances, Bill Morneau
Bill Morneau Photo: La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Gérald Fillion

ANALYSE - À moins d'un an des élections générales, le gouvernement Trudeau cherche à rassurer les Canadiens sur la stabilité financière et économique du pays. Comprenons-nous bien : l'économie va bien, la croissance dépasse les 2  % par année, le taux de chômage est faible, à 5,8 %. Mais il y a des nuages qui viennent assombrir la vision à moyen terme.

Et, de nos jours, même si l’économie va bien, il n’est pas clair que le gouvernement au pouvoir va automatiquement en profiter au moment du rendez-vous électoral. L’exemple le plus récent, c’est celui de Philippe Couillard et du Parti libéral qui ont été relégués aux banquettes de l’opposition malgré une croissance record en 20 ans et le niveau de chômage le plus faible depuis les années 60.

Dans les faits, l’élection de Donald Trump en novembre 2016 a compliqué la situation pour le gouvernement dirigé par Justin Trudeau. La mise à jour économique de Bill Morneau est l’occasion pour Ottawa d’offrir une réponse aux mesures fiscales de l’administration américaine, qui affectent directement la compétitivité des industries et des entreprises au Canada.

Washington permet maintenant aux entreprises d’amortir à 100 % leurs achats de biens et d’équipements d’ici 2022, puis partiellement jusqu’en 2026. Cette décision permet aux entreprises de réduire leur facture d’impôts à très court terme, mesure particulièrement intéressante pour les entreprises qui ont un niveau élevé de dépenses en capital. Cet avantage fiscal a été salué par les milieux d’affaires aux États-Unis.

Washington a aussi décidé de réduire le taux d’imposition fédéral pour les entreprises en le faisant passer de 35 % à 21 %. Le taux d’impôt dans les États varie de 3 % à 12 %, alors que deux États, le Dakota du Sud et le Wyoming ne taxent pas les entreprises. Au Canada, le taux d’imposition pour les entreprises, en jumelant le taux fédéral et le taux provincial, est de 26,5 % en Ontario et de 26,8 % au Québec. Encore là, en agissant ainsi, les États-Unis ont annulé l’avantage fiscal que le Canada s’était donné en baissant les impôts des entreprises depuis 20 ans.

Les mesures de l’administration Trump pourraient aussi favoriser des investissements en recherche et en développement en sol américain.

Ottawa doit trouver des solutions

Comme l’a fait Stephen Harper en 2007 et en 2015, le gouvernement du Canada pourrait accélérer l’amortissement sur un bien acquis par une entreprise pour réduire l’attrait fiscal américain. Le gouvernement conservateur l’avait fait pour stimuler l’économie. Le gouvernement Trudeau le fera pour redonner un avantage compétitif à l’économie canadienne.

Le ministre Morneau voudra également souligner la volonté de son gouvernement de développer de nouvelles relations commerciales avec le monde, particulièrement avec l’Asie, après le douloureux épisode de la négociation commerciale avec l’administration Trump.

Cela dit, il n’est pas certain, en retour, que Bill Morneau va baisser davantage les impôts des entreprises, même si les milieux d’affaires le réclament. Le ministre aurait raison de ne pas axer son intervention sur une baisse d’impôt, étant donné le mince effet de la réduction annoncée aux États-Unis. Ces baisses d’impôts se transforment souvent en rachat d’actions et ne profitent que très peu à la productivité et à l’économie.

Une étude de PriceWaterHouseCoopers (PwC) concluait, en septembre dernier, que la réforme fiscale de Donald Trump pouvait avoir un effet 10 fois plus important que la fin éventuelle de l’ALENA, l’Accord de libre-échange nord-américain. Au total, si rien n’est fait, PwC calculait que 635 000 emplois au Canada étaient en jeu, que 85 milliards de dollars d’activités économiques étaient à risque, soit 4,9 % du PIB.

Les secteurs les plus à risque sont les produits chimiques, la machinerie, le manufacturier, les industries du plastique, surtout en Ontario, en Alberta et au Québec.

Une confiance à réanimer

Alors, malgré une croissance forte, le gouvernement Trudeau se trouve dans une situation où il doit agir pour éviter un glissement de l’économie. Il doit intervenir pour améliorer la compétitivité des entreprises, il doit finir par trouver une solution à l’enjeu des tarifs qui sont imposés à la frontière. Malgré un nouvel accord commercial avec les États-Unis et le Mexique, les tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier sont toujours en vigueur.

Le gouvernement Trudeau gagnerait à donner une cible de retour à l’équilibre budgétaire. Même si le déficit n’est pas important (15 ou 20 milliards dans une économie de plus de 2000 milliards de dollars, c’est gérable), le ministre Morneau doit rassurer les Canadiens en établissant un plan de match pour revenir au déficit zéro.

Depuis le début de son mandat, Justin Trudeau a augmenté les impôts des mieux nantis et a développé l’Allocation canadienne pour enfants. En parallèle, plusieurs provinces ont augmenté leur salaire minimum. Ces mesures progressistes se sont accompagnées d’une réforme de la fiscalité des PME, orchestrée par le ministre Morneau, et fortement contestée sur le terrain.

Les entreprises sont d’avis également que la réglementation est élevée et empêche l’approbation de projets d’infrastructures, particulièrement dans le secteur énergétique. Il faut dire que le président Trump, pendant ce temps, réduit les obligations pour les entreprises alors que des organismes comme l'Agence de protection de l'environnement n'interviennent presque plus pour faire respecter les règles.

Dans l’enquête menée par la Banque du Canada au début de l’automne, les entreprises du pays ont exprimé leur désir d’investir dans leurs activités parce que l’économie va bien, que la demande intérieure est au rendez-vous, tout comme la demande étrangère. En retour, la réglementation et les impôts sont vus comme des entraves à l'investissement. Les politiques commerciales américaines les inquiètent aussi.

Donc, la mise à jour économique du ministre Morneau est l'occasion de montrer qu'Ottawa est sensible, tout en étant raisonnable, aux attentes des entreprises dans un contexte unique, difficile, guidé par le président des États-Unis.

Politique fédérale

Économie