•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Il y a 20 fois plus de déchets miniers que domestiques produits au Québec, avance une coalition

Fosse de la mine Canadian Malartic
Selon la Coalition, l'industrie minière produit 20 fois plus de déchets que les citoyens du Québec. Photo: Radio-Canada / Boualem Hadjouti

Une coalition de groupes environnementaux et d'acteurs politiques, dont l'organisation Pour que le Québec ait meilleure mine, pressent le gouvernement Legault d'agir rapidement pour réduire l'empreinte environnementale majeure de l'industrie minière. Selon eux, la pollution particulièrement importante générée par l'exploitation minière est méconnue du grand public.

Un texte de Hugo Prévost

Plus de 100 millions de tonnes de déchets miniers seraient produits par année, soit au-delà de 20 fois ce que les citoyens et les autres entreprises d'ici rejetteraient dans les dépotoirs et autres décharges, avance le regroupement.

C'est la preuve, affirme Ugo Lapointe, de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, que le gouvernement peut – et doit – en faire davantage pour réduire l'impact environnemental de l'industrie.

La Coalition publiait mardi des données, colligées auprès de l'Institut de la statistique du Québec et du ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles, selon lesquelles l'industrie minière a généré 102,2 millions de tonnes de déchets en 2015, date des plus récentes statistiques.

Du côté des déchets domestiques destinés à l'enfouissement, on avance un total de 5,1 millions de tonnes.

Radio-Canada n'a toutefois pas été en mesure de réaliser les mêmes calculs ayant mené au total des déchets produits par l'industrie minière québécoise. À la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, on indique être parvenu à ce nombre de 102 millions à la suite de calculs effectués à l'aide des statistiques gouvernementales portant sur la production de toutes les mines en activité au Québec.

« C'est un défi environnemental majeur », soutient M. Lapointe, qui précise qu'au cours des 10 dernières années, la quantité de déchets produits a quadruplé. Alors qu'un récent rapport de l'OCDE évoque une hausse de 250 % de l'extraction des métaux sur l'ensemble de la planète d'ici 2060 en raison de l'augmentation de la consommation, les partenaires environnementaux souhaitent que cette croissance s'effectue dans une perspective plus verte.

Pour ce faire, ils proposent trois grandes mesures :

  1. L'élaboration d'une stratégie québécoise de réduction de l'empreinte minérale, en favorisant le recyclage des métaux et l'utilisation d'une économie circulaire;
  2. L'obligation, pour tous les nouveaux projets miniers, d'être soumis à une évaluation environnementale et à un examen de la part du BAPE, le Bureau des audiences publiques sur l'environnement;
  3. L'application du principe de pollueur-payeur « partout où cela est possible » dans le secteur minier, en plus de renforcer les contrôles environnementaux.

« Nous comptons environ 500 sites miniers abandonnés au Québec, qui sont accompagnés d'une facture d'environ 1,2 milliard de dollars pour leur restauration », rappelle M. Lapointe.

« À cela, il faut ajouter la vingtaine de sites en activité aujourd'hui, dont le passif environnemental avoisine les 843 millions de dollars, pour un total de près de 2 milliards. »

Au ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles, les données les plus récentes sur la question, datées du 31 mars 2017, évoquent plutôt 459 sites miniers abandonnés à restaurer, pour un montant total de 1,2 milliard de dollars.

Un contexte difficile

La sortie publique de mardi matin survient alors que le ministère de l'Environnement du Québec, sous la direction de MarieChantal Chassé, est appelé à se prononcer sur un éventuel examen du BAPE dans le dossier de la minière australienne Sayona, qui souhaite installer une mine de lithium à proximité d'une source d'eau particulièrement pure dans la région d'Amos, en Abitibi.

Soucieuse de procéder rapidement pour exploiter ce minerai servant entre autres à la fabrication de téléphones intelligents, Sayona a fait passer à 1900 tonnes le volume d'extraction quotidien prévu, soit à peine sous la barre des 2000 tonnes quotidiennes entraînant automatiquement un passage au BAPE.

Sous le précédent gouvernement libéral, la ministre Isabelle Melançon s'était dite favorable à utiliser son pouvoir discrétionnaire pour que ce projet minier soit néanmoins examiné par le BAPE. Sa successeure caquiste ne s'est toutefois pas encore engagée en ce sens.

En campagne électorale, le futur premier ministre François Legault avait promis d'exiger « l'acceptabilité sociale » pour ce genre de projets, mais avait aussi souhaité que les projets miniers se réalisent plus rapidement pour accroître l'attrait économique du Québec.

La demande de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine et de ses partenaires a également lieu au moment où s'ouvre le premier congrès Québec Mines et Énergie, après près de 40 ans de congrès sur les mines uniquement.

Cette rencontre, à laquelle participe entre autres le ministère des Ressources naturelles et de l'Énergie, a pour thème Provoquer le changement!, et portera entre autres sur le financement de la transition énergétique, les énergies émergentes et la restauration minière « dans un contexte de développement minier ».

Politique provinciale

Politique