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Les deux tiers des PME affectées par le conflit à Postes Canada, soutient la FCEI

Un travailleur de Postes Canada sort une boîte de courrier d'un camion de livraison.
Un travailleur de Postes Canada. Photo: La Presse canadienne / Andrew Vaughan

D'après une enquête réalisée pour le compte de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), les deux tiers des PME sondées ont affirmé être touchées par les grèves tournantes des employés de Postes Canada qui se multiplient depuis l'automne, partout au pays.

« Les coûts s’élèvent à environ 3000 $ par entreprise en termes de pertes de vente, de cancellation de commandes, de retards ou des coûts dus à l’utilisation d’alternatives [de livraison] plus coûteuses », a expliqué sur les ondes de Gravel le matin Martine Hébert, vice-présidente principale à la FCEI.

Selon cette même étude, 35 % des PME sondées ont affirmé que certaines de leurs marchandises avaient été livrées en retard à leurs clients tandis que 41 % ont affirmé avoir dû attendre pour recevoir des fournitures en provenance d’autres entreprises depuis le début des débrayages.

Or, les perturbations engendrées par les grèves des postiers ne touchent pas que la livraison des marchandises, souligne Mme Hébert : les opérations de paiement et la facturation sont aussi touchées par les grèves tournantes.

Même si on est en 2018, le bon vieux chèque est encore très utilisé comme mode de paiement dans les PME.

Martine Hébert, vice-présidente principale à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

Selon l'étude menée auprès des entreprises membres de la Fédération, 67 % affirment avoir eu des problèmes de liquidité dans leur entreprise en raison de retards dans la réception ou la livraison de chèques et de factures.

L'incertitude freine le commerce

Même si les syndiqués de Postes Canada n’ont opté que pour des grèves tournantes pour le moment, leur impact sur les PME est néanmoins bien réel, assure Mme Hébert.

« Ce qui blesse surtout au niveau des PME, c’est l’incertitude. C’est de ne pas être certain que la marchandise va pouvoir se rendre à temps parce que la ville dans laquelle on l’expédie risque d’être affectée dans deux jours, dans trois jours. On va choisir un mode de livraison alternatif pour être sûr que la marchandise se rende à temps », explique-t-elle.

Un autre son de cloche

Pourtant, chez des entreprises montréalaises interrogées par Radio-Canada, on affirme que les grèves tournantes chez Postes Canada ont eu peu ou pas d’impacts sur l’envoi des commandes.

Une femme tient dans ses bras une boîte ouverte avec un coussin en forme de pain d'épiceCamille St-Amand de Velvet Moustache Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

« On a certains colis qui sont en retard. Postes Canada nous envoie des courriels pour nous dire que les délais ne pourront pas être respectés. Mais on n’a pas reçu de messages de clients fâchés ou qui s’inquiétaient », indique Camille St-Amand, responsable du marketing et de la livraison chez Velvet Moustache, une entreprise qui vend des coussins et des peluches et qui expédie 30 à 40 colis par jour.

« On n’a rien entendu du service à la clientèle comme quoi il y a des inquiétudes ou des problèmes dans la livraison pour l’instant. Ce sont des grèves d’une journée, donc les délais sont quand même respectés. Par contre, c’est sûr que si on a des grèves plus longues, là on va être vraiment inquiets pour nos clients », affirme de son côté Patrick Vendrame, responsable du marketing chez Poches et Fils, un fabricant de vêtements qui expédie de 80 à 90 colis par jour.

Selon Martine Hébert, de la FCEI, ces propos s’expliquent par le fait que les entreprises interrogées se trouvent dans une grande ville.

C’est sûr que les impacts se font probablement sentir de façon plus importante dans les centres ruraux que dans les grands centres urbains, où il y a une panoplie de services de livraisons de colis postaux privés. Ce n’est pas le cas dans les petites villes dans les régions canadiennes qui sont un peu plus éloignées. Et ces services-là, lorsqu’ils sont accessibles, sont très onéreux.

Martine Hébert, vice-présidente principale à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

Une loi spéciale s'il le faut

Si aucun règlement n’intervient à Postes Canada, le gouvernement fédéral pourrait imposer une loi spéciale. Du côté de la FCEI, on préférerait un règlement négocié, mais une telle loi est souhaitée par la FCEI dans la mesure où aucun règlement n'est possible à brève échéance.

« Dans un conflit comme celui-là, un règlement négocié vaut toujours mieux qu’un règlement imposé […] Mais, ajoute Martine Hébert, force est de constater qu’à l’approche des Fêtes, pour plusieurs entreprises canadiennes, c’est une très grosse saison, certains font la majorité de leur chiffre d’affaires pendant cette période-là. »

Au moins 71 % des PME sondées sont d'ailleurs en faveur de l'adoption rapide d'une loi spéciale par Ottawa.

On ne souhaite pas qu’une loi spéciale devienne nécessaire, mais si jamais le gouvernement allait de l’avant, il est clair que nous supporterions cette décision-là.

Martine Hébert, vice-présidente principale à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

Dans un communiqué publié mardi, la FCEI appelle carrément le gouvernement fédéral à « adopter rapidement une loi spéciale forçant le retour au travail afin que la livraison du courrier reprenne normalement ».

Pas de trêve pour la période des fêtes

Des postiers en grève.Des postiers manifestent à Rimouski. Photo : Radio-Canada / Ariane Perron-Langlois

Incapable de s’entendre avec leur employeur sur un nouveau contrat de travail après 11 mois de négociation, le syndicat des 50 000 employés de Postes Canada a refusé lundi une offre de la direction qui s’engageait à ne pas décréter de lock-out et à verser une compensation monétaire aux syndiqués s’ils suspendaient les grèves tournantes jusqu’au 31 janvier prochain.

À Ottawa, la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’oeuvre et du Travail, Patricia Hajdu, a indiqué mardi que vu les « progrès limités » de la négociation, le gouvernement est prêt à « déposer un projet de loi [qui forcerait les postiers à rentrer au travail] si nous ne voyons pas une résolution dans les prochains jours ».

La ministre dit toutefois toujours espérer une entente négociée. Le gouvernement a d'ailleurs reconduit le mandat du médiateur spécial dans ce conflit.

Les employés de Postes Canada réclament de meilleurs salaires, mais également des aménagements pour pallier l’augmentation soutenue de leur charge de travail provoquée notamment par la popularité du commerce en ligne.

Économie