•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

En France, la révolution sera-t-elle jaune?

Le reportage de Yanik Dumont Baron
Yanik Dumont Baron

Le mouvement des « gilets jaunes », c'est d'abord une colère individuelle, longtemps remâchée dans les salons. Samedi, cette frustration a éclaté dans les rues grâce aux réseaux sociaux. S'agit-il des bases d'une « révolution jaune »?

Ils sont persévérants, les « gilets jaunes ». Samedi, ils étaient plus de 280 000 à bloquer des artères un peu partout en France. Depuis, ils sont des centaines à jouer au chat et à la souris avec les forces de l’ordre.

Aux abords des péages, sur les ronds-points, devant les raffineries ou des centres commerciaux, la France voit des « gilets jaunes » partout. Un mouvement qui a provoqué une chute des achats en fin de semaine.

Un mouvement remarqué aussi par la violence qui l’a accompagné. On compte plus de 500 blessés, dont une centaine de policiers, et au moins une personne morte.

Pour rétablir l’ordre, un couvre-feu a été imposé sur l’île de la Réunion, un département français d'outre-mer. Des dizaines de policiers ont été blessés. Il y a des torts de tous les côtés.

Qu'est-ce que le mouvement des « gilets jaunes »?

Le mouvement réclame une baisse des taxes sur l'essence et milite pour une amélioration du pouvoir d'achat. La plupart des syndicats se sont dissociés du mouvement, indique Reuters. Sur l'échiquier politique, des élus de La France insoumise, de Debout la France, des Républicains et du Rassemblement national clament leur soutien au mouvement.

Des revendications qui ne doivent pas être ignorées

Une femme tient une pancarte « stop aux privilèges, les taxes tu allèges. »Leticia Leclerq, une mère monoparentale reproche, comme les autres manifestants, la multiplication des taxes. Photo : AFP/Getty Images / RAYMOND ROIG

Dans la défiance des « gilets jaunes », il y a un désarroi bien réel. Des Français qui n’ont plus confiance en l’avenir, qui ne se sentent pas représentés par les grands syndicats, les partis politiques.

Il y a aussi une détresse économique bien palpable. Beurre, baguette, cigarettes, tout augmente. Et semble augmenter plus vite que les salaires. Un problème bien concret qui touche la population économiquement fragile.

Le maire de Troyes, qui représente aussi l’ensemble des maires de France, parle d’un « message d’alerte profond » lancé aux élus. François Baroin pensait au fossé qui se creuse entre les métropoles plus riches et les villes de province.

Ce mouvement de colère appelle aussi Emmanuel Macron à s’interroger sur sa méthode. En si peu de temps, le président est passé d'un modèle d’audace et d’ambition pour un pays, à un symbole d’arrogance et d’inégalités...

Que veulent vraiment les « gilets jaunes »?

Des manifestants vêtus de gilets jaunes.Des manifestants à Paris, au pied de l'Arc de Triomphe Photo : AFP/Getty Images / STEPHANE DE SAKUTIN

Le message diffus envoyé par les « gilets jaunes » aide le gouvernement. Certains scandent « Macron démission », alors que d’autres blâment aussi les présidents qui l’ont précédé.

Les manifestants réclament une baisse des taxes sur l’essence, mais se disent prêts à apporter leur contribution pour réduire les rejets polluants dans l’atmosphère.

La fronde n’a pas encore de leader reconnu. Ce n’est pas nécessaire pour lancer un message aux pouvoirs publics. Toutefois, c’est utile pour apporter cohérence et efficacité à leurs efforts.

L’un des citoyens à l’origine du mouvement appelle « toute la France à Paris » samedi. Sur Facebook, près de 200 000 se disent « intéressés ». Mais les commentaires qui suivent son appel en disent long.

Il y a ceux qui demandent un changement de tactique (ne plus bloquer les routes, faire du bruit chaque samedi), d’autres qui réclament l’appui des grands syndicats. Ils sont toujours discrets sur la question. Et il y a de rares appels à s’emparer de l’Élysée, le palais présidentiel.

Bref, l’improvisation habite encore ces « gilets jaunes » qui découvrent leur voix et leur puissance.

Pendant ce temps, le gouvernement en profite pour diviser et affaiblir ce mouvement ainsi que pour maintenir le cap.

Yanik Dumont Baron est correspondant à Paris

Politique internationale

International