•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les maternelles 4 ans en Ontario, un aperçu des défis qui attendent le Québec

Le reportage de Jean-Philippe Robillard.
Radio-Canada

L'Ontario a mis cinq ans à instaurer un réseau de maternelle 4 ans partout dans la province. L'expérience n'a pas été sans défis, mais ce programme est aujourd'hui bien apprécié par les parents et éducateurs et peut offrir des leçons au Québec, qui songe à imiter la province voisine.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

À l’école primaire Francojeunesse, à Ottawa, Fathia Moussaoui et Martine Periat ont dans leur classe de maternelle 24 enfants, âgés de 4 et 5 ans. Fathia Moussaoui est l'éducatrice de la petite enfance, alors que Martine Periat est l'enseignante.

Dans cette classe, les enfants font plus que jouer. « Ce n’est pas une garderie. Moi, je ne garde pas d’enfants », tient à souligner Mme Periat.

Une enseignante lit un livre à plusieurs enfants attentifs.« J'ai toujours pensé que d'être deux ou plus, c'est un atout pour les enfants », dit Martine Periat, enseignante de maternelle. Photo : Radio-Canada

Ils y apprennent des notions de base en mathématiques, en lecture et en écriture, mais toujours de façon ludique. « Ils sont curieux, alors on travaille beaucoup à partir de chansons et d'histoires, et puis on extrait des sons des lettres », explique Mme Periat.

Elle affirme qu’après une année à la maternelle, « on peut s'attendre à ce qu'[un enfant] écrive son prénom et qu’il développe peut-être sa compétence au niveau des nombres cardinaux. […] Il va aussi apprendre à faire de la résolution de problèmes en tout genre, que ce soit social ou technologique. »

Ne laisser aucun enfant pour compte

Une fillette et un garçon écrivent sur un tableau des mots. La maternelle permet aux jeunes de se préparer pour l'école primaire. Photo : Radio-Canada

Les maternelles 4 ans à temps plein ont vu le jour en Ontario en 2010, à la demande du premier ministre de l'époque, Dalton McGuinty.

Un des objectifs de ce programme est de reconnaître les enfants qui ont des problèmes le plus tôt possible afin de les aider et d’assurer un suivi.

« On est capable d'éviter d'avoir des enfants qui passent entre les craques parce qu'on fait de la prévention », dit Nimo Ahmed, directrice adjointe de l'école Francojeunesse. « On est capable de réorienter nos appuis pour les préparer aux apprentissages de la 1re année. »

Une femme dans un corridor d'une écoleNimo Ahmed, directrice adjointe, école Francojeunesse Photo : Radio-Canada

Les enfants qui fréquentent les classes de maternelle ont habituellement la même enseignante pendant deux ans, ce qui permet un meilleur suivi.

Mme Ahmed affirme que depuis que les maternelles 4 ans ont été instaurées, les enfants arrivent bien mieux préparés en 1re année. « Ces apprentissages qui se vivent en maternelle font en sorte que les enfants arrivent beaucoup plus outillés. […] Ils ont déjà été exposés aux apprentissages fondamentaux pour les préparer à la lecture et les initier à l’écriture. » Elle croit que le Québec aurait tout avantage à adopter ce modèle de maternelles.

Des défis organisationnels

Un enfant lit un livreTous les enfants québécois pourraient bientôt fréquenter la maternelle dès l'âge de 4 ans. Photo : Radio-Canada

La mise en place des maternelles 4 ans à temps plein s'est faite graduellement, sur une période de cinq ans. Elle a toutefois représenté tout un défi pour les conseils scolaires de la province. Aujourd'hui, environ 260 000 enfants fréquentent les maternelles 4 ans et 5 ans en Ontario, et cela ne cesse d'augmenter.

Lorsque le projet a été annoncé, les conseils scolaires ont craint le manque de personnel qualifié, mais aussi le manque d'espaces dans les écoles. Ces mêmes inquiétudes sont également soulevées par certaines commissions scolaires québécoises en ce moment.

La province au complet cherchait des personnes qualifiées, bien formées par rapport à la petite enfance.

Édith Dumont, directrice de l'éducation au Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario

Selon la directrice de l’éducation au Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton, Jennifer Adams, les premiers mois ont été un vrai casse-tête pour son organisation. « Il fallait regarder s’il y avait de la place, quelles écoles allaient commencer d'abord. Est-ce qu’il y avait assez d’enseignants? Est-ce qu’il y avait des ressources pour les salles de classe? […] Il fallait travailler avec les syndicats, il fallait être clair sur les responsabilités de l'enseignante et de l’éducatrice dans les salles de classe. »

Une dame aux cheveux blonds avec un veston blanc.Jennifer Adams, du Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton Photo : Radio-Canada

Les conseils scolaires ont dû aménager des salles de classe et certaines écoles ont été agrandies, ajoute Jennifer Adams. « D’autres fois, c’était de créer des endroits où il y a de petites toilettes pour les enfants de 4 ans et 5 ans. »

Des résultats concluants

Au total, c'est un 1,6 milliard de dollars que l'Ontario a injectés pour mettre en place les maternelles 4 ans à temps plein. Huit ans plus tard, plusieurs experts, dont Édith Dumont, du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario, dressent un bilan positif.

À évaluer aujourd'hui le succès qu'on connaît pour les enfants, on ne pourrait plus retourner en arrière.

Édith Dumont, du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario
Une femme avec des lunettes et un foulard assise devant une rangée de livres pour enfants. Édith Dumont, du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario, a pu observer l'incidence des interventions très précoces dans la vie des enfants qui sont inscrits à la maternelle 4 ans en Ontario. Photo : Radio-Canada

Mme Dumont ajoute qu’ils ont remarqué des « bénéfices incroyables pour la préparation des enfants à leur cheminement scolaire », et ce, peu importe le profil des enfants.

Selon le ministère de l’Éducation en Ontario, les recherches démontrent que les enfants qui fréquentent les maternelles obtiennent une base plus solide pour leur apprentissage futur.

C’est pourquoi la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou, s’est prononcée en faveur de l’implantation des maternelles 4 ans au Québec. « On veut les dépister rapidement et on veut les aider rapidement », dit-elle en rappelant le fait que le Québec a le taux de réussite le plus faible au pays.

Assez d’enseignants et de bâtiments?

Des enfants jouent avec des blocs. Les conseils scolaires en Ontario ont dû faire des pieds et des mains pour trouver suffisamment de classes pour accueillir tous les élèves de 4 ans. Photo : Radio-Canada

Le dernier gouvernement libéral du Québec a créé des maternelles 4 ans à temps plein, mais seulement dans les milieux défavorisés. À l’heure actuelle, moins de 4 % des 91 000 enfants de 4 ans fréquentent l’une des 398 classes de 4 quatre ans. Dans ces salles de classe, on compte une enseignante pour 17 élèves.

Le nouveau ministre caquiste de l’Éducation, Jean-François Roberge, souhaite désormais les offrir à l’ensemble des écoles de la province d’ici les cinq prochaines années.

Toutefois, on estime qu’il manquera plus de 1300 classes, soit l'équivalent d'une soixantaine d'écoles, uniquement dans les commissions scolaires francophones de la grande région de Montréal. Le programme pourrait coûter plusieurs centaines de millions de dollars.

Le recrutement posera également un défi, tout comme ce fut le cas en Ontario. D’autant plus que le taux de chômage au Québec est beaucoup plus bas actuellement que lorsque l’Ontario a mis en place ces maternelles, il y a huit ans. Et c'est sans compter que la rémunération des éducatrices et enseignantes est nettement plus élevée en Ontario qu'au Québec.

Éducation

Société