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La vie des néandertaliens n’était pas plus violente que celle des humains

Radio-Canada

L'analyse des crânes de plus de 200 néandertaliens et humains qui vivaient au paléolithique supérieur permet d'établir que les deux espèces présentent des taux similaires de lésions, ce qui laisse à penser que leurs vies n'étaient pas plus violentes que celles de nos ancêtres.

Un texte d'Alain Labelle

Ainsi, si les crânes de proches cousins sur le plan évolutif présentent de multiples traumatismes crâniens, ces derniers ne sont pas plus nombreux ni plus violents que ceux observés chez les Homo sapiens de la fin de l'âge de pierre.

Représentation artistique d'hommes de Néandertal chassant un rhinocéros laineux.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Représentation artistique d'hommes de Néandertal chassant un rhinocéros laineux.

Photo : Université de Tübingen/Gleiver Prieto

Nos résultats laissent à penser que les modes de vie néandertaliens n'étaient pas plus dangereux que ceux des premiers Européens modernes.

Katerina Harvati

En fait, la paléoanthropologue allemande Katerina Harvati et ses collègues de l'Université de Tübingen affirment que le taux de blessures au crâne observé chez les néandertaliens correspond à peu près aux taux observés chez les fourragers et les agriculteurs humains qui ont vécu au cours des 10 000 dernières années.

Squelettes d’un néandertalien et d’un humain. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Squelettes d’un néandertalien (à gauche) et d’un humain (à droite).

Photo : Musée américain d'histoire naturelle/Ian Tattersall

Dans le cas des deux espèces, ce sont les hommes qui ont subi l'essentiel des chocs à la tête observés.

Le saviez-vous?

  • Les Homo neanderthalensis ont disparu de la surface terrestre il y a 30 000 à 40 000 ans. Ils ont toutefois vécu en même temps que nos ancêtres Homo sapiens pendant plusieurs milliers d’années en Eurasie.
  • Les premiers ossements retrouvés associés à l’espèce ont été découverts en 1856 dans une carrière du vallon de Neander en Allemagne (Neandertal en allemand). Ce n’est que plus tard que d’autres restes fossilisés mis au jour plus tôt lui ont été associés.

Une réputation à refaire

Jusqu'à tout récemment, la plupart des scientifiques estimaient, à la suite de l’observation d’un petit nombre de crânes, que les hommes de Néandertal étaient particulièrement sujets aux traumatismes crâniens.

Dans un article publié en 1995, le paléoanthropologue Erik Trinkaus et ses collègues de l'Université de Washington à Saint-Louis affirmaient que les Néandertaliens menaient une vie dangereuse en raison des attaques d'ours des cavernes et d'autres carnivores et de la chasse à courte distance de grosses proies.

Ces chercheurs avaient cependant revu leurs conclusions en 2012 en affirmant que toutes sortes de causes, y compris des accidents et la fossilisation, ont pu causer des dommages aux crânes analysés.

En juillet dernier, des anthropologues européens apportaient une première preuve directe de la capacité des Néandertaliens à produire du feu en percutant des pierres.

Une vie difficile

La présente étude contredit aussi l'argument selon lequel les Néandertaliens vivaient dans un monde plus violent que les Homo sapiens, et tend à montrer que la réalité était dure autant pour les Néandertaliens que pour les anciens humains. Chez les deux espèces, les traumatismes crâniens étaient courants, quel que soit le niveau de complexité technologique ou sociale, ou la densité de leurs populations.

Dans ces travaux, les chercheurs ont combiné les informations contenues dans une base de données nouvellement créée de plusieurs centaines de spécimens fossiles et une modélisation statistique tenant compte du sexe, de l'âge au décès, de la géographie et de l'état de conservation des os.

Représentation artistique d'un homme de Néandertal.

Photo : Université de York/Allan Henderson

Les modèles obtenus n’ont révélé aucune différence significative dans la prévalence des traumatismes entre les deux groupes.

Nos résultats réfutent l'hypothèse selon laquelle les Néandertaliens étaient plus sujets aux traumatismes crâniens que les humains modernes, contrairement à la perception courante.

Katerina Harvati

Tous les fossiles étudiés ont été mis au jour en Eurasie et datent d'il y a 80 000 à 20 000 ans.

Après avoir tenu compte du sexe, de l'âge au moment du décès, de l'emplacement géographique et de l'état de préservation des os, les chercheurs ont estimé qu’il existait des taux comparables de lésions crâniennes chez les deux espèces.

Les modèles statistiques indiquent que les blessures au crâne frappent en moyenne de 4 % à 33 % des Néandertaliens et de 2 % à 34 % des humains.

Les chercheurs ont constaté que les hommes étaient plus souvent blessés à la tête que les femmes, tant chez les Néandertaliens que chez les humains, une réalité qui s'explique par la division des tâches entre les sexes.

En outre, les Néandertaliens ayant subi des blessures à la tête comptaient plus de personnes de moins de 30 ans que chez les humains. Selon les chercheurs, les Néandertaliens subissaient plus de traumatismes crâniens tôt dans leur vie, avant 30 ans.

Il est également possible, selon les chercheurs, que les Néandertaliens soient morts plus souvent à la suite de blessures à la tête que les humains de l'âge de pierre.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Nature (Nouvelle fenêtre) (en anglais)

Anthropologie

Science