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Affectueux comme un épaulard

La tête d'un épaulard.
Les chercheurs ont constaté que les traits de personnalité des épaulards étaient semblables à ceux des humains, mais plus semblables à ceux des chimpanzés. Photo: iStock
Radio-Canada

Les épaulards (Orcinus orca) partagent des traits de personnalité semblables à ceux des humains et des chimpanzés, comme l'espièglerie, la gaieté et l'affection, montrent les observations de psychologues espagnols.

Les épaulards (killer whales en anglais) sont souvent décrits dans la culture populaire comme des tueurs marins impitoyables.

Des comportements sociaux

La chercheuse Yulan Ubeda et ses collègues de l'Université de Gérone ont analysé les comportements de 24 épaulards vivant en captivité dans les parcs SeaWorld d’Orlando et de San Diego et au zoo Loro Parque de Tenerife, en Espagne, qui exploite un programme en partenariat avec SeaWorld.

Six de ces bêtes ont été capturées dans la nature, tandis que les autres sont nés en captivité.

Un spectacle d'orquesUn spectacle d'orques Photo : Reuters / Mike Blake

Les entraîneurs et les autres membres du personnel qui travaillent avec les épaulards ont évalué chacune des orques en fonction de 38 traits de personnalité allant de l’entêtement et de la sensibilité à l'enjouement.

Les données recueillies ont ensuite été comparées avec celles d’études menées sur les mêmes traits de personnalité chez les chimpanzés et les humains.

Il s'agit de la première étude à examiner les traits de personnalité des épaulards en relation avec ceux des humains et d’autres primates.

Yulan Ubeda, Université de Gérone

« Ces traits de personnalité similaires se sont peut-être développés parce qu'ils étaient nécessaires pour former des interactions complexes dans les groupes sociaux étroitement liés observés chez les épaulards, les humains et autres primates », explique Yulan Ubeda.

Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé une mesure de personnalité, la théorie des cinq facteurs, qui évalue les dimensions de la personnalité, dont l'extraversion, l'agréabilité, la conscience, la dominance et la prudence.

Un épaulard sort de l'eau devant un bateau d'observation à moteur rempli de touristes deboutUn épaulard sort de l'eau devant un bateau d'observation Photo : Associated Press / Elaine Thompson

Ce modèle, qui a été élaboré dans les années 1930, décrit les traits de personnalité à l'aide d'une combinaison d'adjectifs simples ou de phrases descriptives.

Les auteurs de ces travaux publiés dans le Journal of Comparative Psychology (Nouvelle fenêtre) (en anglais) ont constaté que les traits de personnalité des épaulards étaient semblables à ceux des humains, mais plus semblables à ceux des chimpanzés.

La personnalité des orques était semblable à celles des chimpanzés et des humains pour ce qui est de l’extraversion (p. ex. ludiques, grégaires et sociables). Les épaulards et les chimpanzés partageaient également une combinaison de traits de personnalité pour leur conscienciosité (têtu et protecteur) et leur caractère agréable (patient, pacifique et non intimidant), ainsi que certains traits de personnalité liés à la dominance.

Selon les chercheurs, ces observations laissent à penser qu’il existe une certaine convergence sur le plan évolutionnaire par laquelle les traits de personnalité des épaulards et des primates sont similaires en raison des capacités cognitives avancées requises pour des interactions sociales complexes.

Les épaulards peuvent vivre jusqu'à 90 ans (30 en moyenne) dans des clans très proches dont les membres chassent ensemble et partagent leur nourriture, faisant preuve de grandes aptitudes de communication et de coopération.

En juillet dernier, une mère orque (J-35) a montré ce qui s'apparente à un sentiment de deuil en transportant le corps mort de son petit à la surface de l'eau au large de la Colombie-Britannique pendant plus d’une semaine.

Une orque qui transporte la carcasse de son petit sur son nezLa mère J-35 a été aperçue en train de balancer la dépouille de son petit sur son nez durant au moins sept jours. Photo : Ken Balcomb/Centre for Whale Research

Elle a été observée en train de pousser le corps de son petit avec son nez durant pendant 17 jours. Selon des chercheurs, le bébé n’aurait vécu que quelques heures après sa naissance.

La chercheuse Barbara King, professeure émérite en anthropologie du College of William and Mary, en Virginie, expliquait qu’il n’était pas exagéré de penser que l’animal vivait des émotions profondes face à la mort de son petit, un peu comme un humain les aurait vécues.

Un débat « émotionnel »

Les chercheurs ne s'entendent pas sur la question de savoir si les actions de cette baleine étaient liées au chagrin à la suite de sa perte.

Il faut savoir que le deuil est une émotion complexe qui n'a pas été observée chez la plupart des animaux, bien que certaines recherches montrent certains comportements au deuil chez certaines espèces qui vivent en groupes, notamment chez les chimpanzés, les éléphants et les girafes.

La présente étude n'a analysé aucun aspect du deuil chez les épaulards. Il est donc difficile de savoir, selon Mme Ubeda, pourquoi les épaulards restent en présence de leurs veaux morts.

Le contact de la mère avec le corps sans vie de son bébé pourrait être important pour qu'elle s'adapte psychologiquement à la mort de sa progéniture. En tout cas, ces comportements montrent à quel point ces animaux sont complexes.

Yulan Ubeda

Pas facile la vie en captivité

La présente étude n'a pas analysé les effets de la captivité sur ces mammifères marins. Elle a été menée avec des épaulards en captivité puisqu’il est difficile d'évaluer les traits de personnalité des épaulards à l'état sauvage.

Les traits observés en captivité dans ce petit échantillon de 24 épaulards pourraient donc différer des traits de personnalité observés dans la nature, chez épaulards sauvages.

D’autres études ont montré que la captivité peut altérer la personnalité des épaulards, en augmentant leur agressivité et leur niveau de stress.

Des changements physiques, comme l'effondrement de la nageoire dorsale, ont également été observés.

En 2016, la direction des parcs d'attractions aquatiques SeaWorld a annoncé l'arrêt de tous ses programmes d'élevage d'orques en captivité. Depuis plusieurs années, la compagnie américaine fait face à de farouches critiques quant à sa façon de traiter les animaux et voit la fréquentation de ses parcs plonger.

Nature et animaux

Science