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Le petit parti qui en mène large au Nouveau-Brunswick

Radio-Canada

Les progressistes-conservateurs de Blaine Higgs tenteront de gagner la confiance de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick grâce à l'appui d'un parti qui prône notamment l'abolition du poste de commissaire aux langues officielles dans la province.

Un texte d’Elisa Serret

La lieutenante-gouverneure prononcera mardi un deuxième discours du Trône en moins d'un mois. Après la chute du gouvernement libéral de Brian Gallant, c'est aux progressistes-conservateurs, qui sont minoritaires, de tenter de gagner la confiance de l'Assemblée. Le pouvoir repose donc entre les mains des tiers partis, en particulier l'Alliance des gens du Nouveau-Brunswick (AGNB).

Le chef et fondateur de ce parti, Kris Austin, est un homme convoité depuis quelques semaines. Le jour de l’assermentation, le 11 novembre, les députés conservateurs et les hauts dirigeants de la fonction publique venaient tour à tour le saluer.

L'homme croit détenir la clé du pouvoir à Fredericton et compte s’en servir pour faire passer certains messages.

Les progressistes-conservateurs n’ont fait élire que 22 députés le soir du 24 septembre. Pour former une majorité à l’Assemblée, le nombre magique est de 25. Une note de passage que le Parti progressiste-conservateur pourrait obtenir grâce à l’appui de l'AGNB.

Composition de l'Assemblée législative au Nouveau-Brunswick

  • Parti libéral : 21 sièges
  • Parti progressiste-conservateur : 22 sièges
  • Parti vert : 3 sièges
  • Alliance des gens du Nouveau-Brunswick : 3 sièges

L’AGNB a déjà fait savoir qu’elle appuiera les progressistes-conservateurs pour les 18 premiers mois. L’autre tiers parti, le Parti vert, ne promet pas de voter pour le discours du Trône.

Au cours des deux dernières semaines, les progressistes-conservateurs ont d’ailleurs invité Kris Austin à des réunions avec des groupes d’intérêts et des hauts fonctionnaires, en prévision du discours du trône.

C’est dans l’intérêt des progressistes-conservateurs d’intégrer dans leur discours du trône des éléments qui nous plaisent. Mettre en péril les 25 voix nécessaires serait stupide de leur part, ils le savent et nous le savons.

Kris Austin, chef de l'AGNB

Le chef de l'AGNB reste quand même lucide : il sait que son parti doit rester ouvert et collaborer.

Blaine Higgs en conférence de presse le 8 novembre 2018

Blaine Higgs, premier ministre désigné du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Situation délicate

Dans sa position minoritaire, Blaine Higgs pourrait risquer d'affaiblir son parti en donnant plus de portée à l'AGNB, dont la base électorale est sensiblement la même que celle des progressistes-conservateurs.

Mais le premier ministre ne peut pas non plus s’allier avec le Parti vert, dont les valeurs sont aux antipodes des siennes.

Des élections pourraient ainsi être convoquées en moins de 18 mois. Blaine Higgs ne peut donc pas risquer de s’aliéner son électorat. Le chef progressiste-conservateur doit ainsi jouer ses cartes avec beaucoup de délicatesse pour assurer son avenir politique.

Très critique du bilinguisme officiel, en raison notamment des contraintes à l’embauche que pose cette politique, Blaine Higgs n’a cependant pas l’intention d’abolir le poste de commissaire aux langues officielles dans la province, comme le prône L'AGNB.

Qui sont les alliancistes?

Kris Austin passe son temps entre la capitale Fredericton et Minto, un village de 2400 âmes en plein milieu du Nouveau-Brunswick. Son parti, qu’il a fondé en 2010, a fait élire des députés à Fredericton pour la première fois en septembre.

Pasteur pendant près de dix ans, M. Austin a quitté sa vie d'ecclésiastique pour se consacrer à la politique. Il a été conseiller municipal à Minto avant de fonder son parti. L’homme de 39 ans est père de deux enfants et sa femme attend le troisième.

Les trois députés alliancistes représentent des circonscriptions principalement anglophones et rurales. Ils se sont fait élire en promettant une réduction de l'impôt à payer par les petites entreprises, une augmentation de celui à payer par les grandes entreprises et l'abolition du poste de commissaire aux langues officielles dans la province.

Sur la question du bilinguisme, le petit parti essuie de nombreuses critiques de la part des francophones. Kris Austin affirme qu’il n’a rien contre le bilinguisme, mais souhaite revoir son application.

Au Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue au pays, il y a deux systèmes de santé et deux systèmes d’éducation. Le parti de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick voudrait abolir ce double système, appelé la dualité.

Nous n’avons rien contre le bilinguisme, nous en avons contre l’application du bilinguisme. Pour une petite province aussi endettée, nous ne pouvons plus soutenir cette dualité.

Kris Austin

Le chef allianciste précise que jamais il n'abolirait les écoles francophones et qu’il ferait tout en son pouvoir pour que les citoyens puissent obtenir des services de santé dans la langue de leur choix.

Mais il ne comprend pas pourquoi, par exemple, des enfants anglophones ne peuvent pas prendre l’autobus scolaire avec des enfants francophones. Pour lui, l’assimilation ne peut pas se produire en 20 minutes pendant un trajet d’autobus.

« Les enfants jouent dans des équipes sportives bilingues. Doit-on l’interdire aussi? Où devons-nous tracer la ligne? »

À l’épicerie du coin, à Minto, Kris Austin discute avec tout le monde; des dames âgées viennent l’embrasser et lui souhaiter bonne chance dans ses nouvelles fonctions.

L'une d'entre elles lui déclare qu’elle a confiance en lui, et une autre lance au passage : « Montre-leur c’est quoi un vrai politicien, un homme du peuple. »

Kris Austin sourit. Le jeune politicien ne se cache pas d'utiliser une approche différente pour gagner en popularité. Sa façon de faire de la politique ressemble-t-elle à du populisme? « Possiblement! » répond-il.

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