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Il y a 20 ans : le passé péquiste du PDG de l'Hôpital d'Ottawa fomente une crise d'unité nationale

David Levine lors d'un point de presse.

Il y a vingt ans, David Levine, ancien candidat du Parti québécois, était nommé PDG de l'Hôpital d'Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 20 novembre 1998, David Levine dresse un bilan positif de ses 100 premiers jours comme président-directeur général de l'Hôpital d'Ottawa. Pourtant, quelques mois plus tôt, dans une salle remplie à craquer, des résidents d'Ottawa sont en colère. Retour sur une controverse où l'unité nationale est au centre du débat.

Des Ottaviens exigent la démission des membres du conseil d'administration de l'hôpital qui ont embauché David Levine, alors délégué du Québec à New York. Ceux qui veulent le défendre se font huer.

C'est un article du Ottawa Citizen, publié le 1er mai, qui lance la controverse. En première page, le quotidien souligne le passé indépendantiste du Québécois qui dirigera le nouvel hôpital d'Ottawa. Il a géré la fusion de trois hôpitaux à Montréal, mais il a aussi été un candidat défait du Parti québécois (PQ), 20 ans plus tôt.

Sur toutes les tribunes, la réaction est immédiate. À Toronto, le premier ministre ontarien, Mike Harris, se range du côté des manifestants. Je suis avec les gens, lance-t-il, ajoutant qu'il aurait préféré un non-Canadien qui croit au Canada plutôt qu'un indépendantiste québécois.

Le premier ministre de l'Ontario, Mike Harris, en mêlée de presse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier ministre de l'Ontario, Mike Harris

Photo : Radio-Canada

Bernard Landry, à l'époque ministre important dans le gouvernement de Lucien Bouchard, n'est pas impressionné. Dire qu'on préfère un étranger à un Québécois à cause de ses opinions politiques, ce n'est pas ce que j'appelle calmer le jeu, déclare-t-il.

Le contexte est explosif

Pendant ce temps, des Franco-Ontariens se battent pour sauver Montfort, le seul hôpital universitaire francophone de l'Ontario, fermé l'année précédente à la suite des compressions du gouvernement Harris. C'était une période très active sur le plan linguistique, se rappelle l'auteur et linguiste franco-ontarien Benoît Cazabon.

En plus de cela, la Cour suprême doit bientôt rendre un jugement, à la demande du gouvernement fédéral, sur le droit du Québec à se séparer du Canada, après le référendum d'octobre 1995, dont le résultat était très serré.

Le référendum avait beaucoup déstabilisé [...] et dans ces cas-là, on voit le naturel revenir au galop, c'est-à-dire que la fermeté des unilingues anglophones réapparaissait, estime M. Cazabon. L'affaire Levine devient vite un enjeu d'unité nationale.

Jean Charest, alors chef du Parti libéral du Québec depuis avril 1998, affirme que l'essentiel, c'est de reconnaître qu'au Canada puis au Québec, entre autres, on a choisi de vivre dans une société pluraliste, de tolérance. On fait des débats qui sont très intenses, il faut savoir que le lendemain on tourne la page et puis on passe à autre chose.

Si on pouvait régler une fois pour toutes la question de l'indépendance, on n'aurait plus ces problèmes-là, soutient pour sa part le premier ministre canadien de l'époque, Jean Chrétien.

Jean Chrétien devant un micro.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier ministre du Canada en 1998, Jean Chrétien.

Photo : Radio-Canada

En pleine conférence de presse pour présenter David Levine, celui-ci se fait reprocher de parler en français. Je vous le dis honnêtement, c'est une surprise pour moi, c'est une surprise pour ma femme, je pense que c'est une surprise pour le conseil d'administration. On pensait qu'il y aurait quelques questions là-dessus, mais pas tant que ça, indique le principal intéressé.

Malgré le débat, David Levine demeure en poste jusqu'en 2001. Quelques mois plus tard, il est nommé ministre délégué à la Santé au Québec par Bernard Landry, alors devenu premier ministre.

Avec les informations de Daniel Bouchard

Ottawa-Gatineau

Histoire