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  • Envoyé spécial
  • Un duel de titans qui asphyxie le consensus au Sommet de l'APEC

    Le point avec Philippe-Vincent Foisy
    Radio-Canada

    La discorde entre la Chine et les États-Unis aura eu raison du consensus final du Sommet de la Coopération économique de la zone Asie-Pacifique (APEC) en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Selon le premier ministre du Canada, « quelques pays, dont les États-Unis et la Chine » avaient toujours des désaccords dimanche sur « certaines approches au niveau du commerce ».

    Un texte de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire et animateur du balado Mêlée politique

    Il n’y aura donc pas de communiqué signé conjointement par les 21 membres de l’APEC, comme c’est souvent le cas après des événements du genre. Les États s’entendent habituellement sur les mots du communiqué, avant même d'être réunis.

    Or, jusqu’à la fin de ce sommet de l'APEC, des négociations ont eu lieu afin de trouver un terrain d’entente, mais en vain. Ce sera donc un communiqué du président du Sommet, le premier ministre de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Peter O'Neill, qui sera publié.

    Vous savez qui sont les deux géants dans la pièce.

    Peter O'Neill, premier ministre de la Papouasie-Nouvelle-Guinée

    Les États-Unis et la Chine, les deux plus grandes puissances du groupe, n’ont pas su trouver un terrain d’entente pour permettre aux 21 pays de l'organisation de publier une déclaration commune. Samedi, le vice-président américain Mike Pence et le président chinois Xi Jinping se sont décoché des flèches, ce qui a éclipsé le reste des discussions du Sommet.

    Selon le premier ministre O’Neill, les dirigeants n’ont pas été capables de s’entendre sur la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

    Pour sa part, Justin Trudeau est resté plus vague.

    « Il faut souligner que les pays de l’APEC sont [unis] autour d’une même région, mais ont des visions différentes, à savoir comment bâtir un avenir chez eux et dans le monde », a expliqué le premier ministre canadien, lors de sa conférence de presse en conclusion du Sommet.

    « C’est une bonne chose que nous ayons trouvé un consensus sur beaucoup d’enjeux sur lesquels on s’est penchés dans les derniers jours », a-t-il ajouté.

    Justin Trudeau feuillette un dossier.Le premier ministre canadien Justin Trudeau, lors de la rencontre des dirigeants de l'APEC dimanche Photo : AFP/Getty Images / SAEED KHAN

    Le premier ministre Trudeau a réitéré l’engagement du Canada à accroître les échanges commerciaux et les investissements avec la région de l’Asie-Pacifique, en pleine croissance économique.

    Selon lui, le Partenariat transpacifique (PTP) est une porte pour le Canada vers ce marché. « On a bâti les ponts, il faut que nos gens et nos entreprises les traversent », a-t-il lancé.

    Tourner la page

    Justin Trudeau a rencontré ses homologues japonais et australien dimanche, lors de la dernière journée du Sommet.

    C’était l’occasion pour le premier ministre de commencer l’écriture d’un nouveau chapitre avec ces deux pays signataires du PTP.

    L’année dernière, le Japon et l’Australie avaient mis beaucoup de pression pour que les 11 signataires du PTP annoncent une entente de principe lors du Sommet de l’APEC, après le retrait des États-Unis de l’accord. Justin Trudeau avait toutefois manqué l’événement où l’annonce devait se faire. La rencontre a finalement été annulée, ce qui avait froissé certains dirigeants.

    Devant les caméras, le différend semblait chose du passé.

    « Je suis très content de voir que le PTP entrera en vigueur à la fin de l’année, a affirmé le premier ministre japonais Shinzo Abe. Je suis prêt à travailler main dans la main avec vous afin que nous puissions élargir nos horizons commerciaux. »

    « C’était agréable d’être assis à côté de vous lors du dîner d’ouverture du Sommet de l’APEC samedi, a déclaré Justin Trudeau. Nos conversations étaient chaleureuses et nous avons abordé un éventail de sujets, comme toujours. »

    « Le lien entre l’Australie et le Canada a toujours été incroyablement fort », a pour sa part affirmé le premier ministre australien Scott Morrison.

    Pour le directeur du groupe de réflexion australien Lowy Institute, Jonathan Pryke, la page est tournée, notamment parce que le Canada a ratifié le PTP il y a quelques semaines.

    « C’est vrai qu’à ce moment-là, c’était très décevant, explique-t-il. Il n’y a toutefois plus de place pour l’animosité entre les différents pays signataires qui travaillent pour que l’accord reste en vie. »

    M. Pryke croit que ce genre d’accord multilatéral entre des États de « taille moyenne » comme le Canada et l’Australie est « un excellent exemple de ce que nous pouvons faire ensemble ».

    Quand les Américains rencontrent les Chinois, ils aspirent tout l’oxygène et ça devient très difficile d’accomplir autre chose, lors de ces sommets. Le PTP montre ce qu’il faut faire pour que le multilatéralisme garde une traction, et ce, même en contournant les États-Unis.

    Jonathan Pryke, du groupe de réflexion australien Lowy Institute

    L’Occident riposte à la Chine

    L’emprise grandissante de la Chine, qui a injecté des centaines de millions de dollars en Papouasie-Nouvelle-Guinée, inquiète l’Occident. Plusieurs États voient dans ces investissements une façon d’augmenter son influence, voire son contrôle sur certains petits pays, riches en ressources naturelles.

    Pour éviter de se faire doubler par le géant chinois, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Japon ont annoncé un partenariat avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée afin de construire un réseau électrique dans le pays qui permettra d’offrir l’électricité à 70 % de la population d’ici 2030. Seulement 13 % y ont accès en ce moment, selon Reuters.

    Le projet de 1,7 milliard de dollars américains sera financé par des fonds publics et privés, ont-ils indiqué.

    Ils ont aussi promis de connecter les habitants du pays avec de la fibre optique afin qu’ils aient un meilleur accès à Internet.

    Le vice-président américain a expliqué que cet investissement démontre « l’engagement des États-Unis envers la Papouasie-Nouvelle-Guinée ».

    « C’est une preuve que les États-Unis et nos compagnies investissent dans cette région du monde comme jamais auparavant », a-t-il affirmé.

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