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« Gilets jaunes » : la nouvelle fronde populaire anti-Macron ternie par un accident mortel

Le reportage de Yanik Dumont Baron
Radio-Canada

Plusieurs accidents, dont un mortel, ont entaché samedi le mouvement des « gilets jaunes », nouvelle fronde populaire dirigée contre Emmanuel Macron qui n'a pas réussi à « bloquer » la France comme elle l'avait promis.

Une manifestante de 63 ans est décédée dans les Alpes françaises après avoir été heurtée par une voiture dont la conductrice a été prise de panique à un barrage organisé par ces « gilets jaunes », des automobilistes protestant contre la hausse des taxes sur les carburants.

Dans le nord, un piéton était, d'après le ministre de l'Intérieur, en « urgence absolue » [état critique] après avoir été renversé, mais le journaliste du média local, La Voix du Nord évoquait plutôt « une jambe sévèrement fracturée ». D'autres incidents ont fait une centaine de blessés, selon des sources officielles. Des médias français rapportent que 52 personnes ont été interpellées, dont 38 placées en détention.

Quelques échauffourées ont par ailleurs eu lieu avec les forces de l'ordre, notamment à Paris où ont été repoussés plusieurs centaines de manifestants qui tentaient encore en début de soirée de marcher jusqu'au palais présidentiel de l'Élysée.

Des manifestants tiennent des pancartes sur lesquelles on peut lire « Macron, ras le bol de ta politique ».Emmanuel Macron a toujours cette étiquette de « président des riches ». Photo : AFP/Getty Images / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Le ministère de l'Intérieur estimait à un millier le nombre de rassemblements à travers la France, totalisant quelque 244 000 participants, soit « pour l'instant » un niveau moins important « que ce qui avait été envisagé ». Seuls sont bloqués des points d'accès, mais aucun axe stratégique, selon le ministère.

Le pays n'était pas paralysé, objectif revendiqué des manifestants, mais la circulation automobile a été sévèrement ralentie en plusieurs points et certaines autoroutes ont totalement été bloquées, comme l'A63 entre la France et l'Espagne.

Plusieurs personnes vêtues d'un gilet jaune devant des barrières de péage.Des manifestants ont bloqué des entrées de péage pour manifester leur mécontentement. Photo : AFP/Getty Images / JEAN-PIERRE CLATOT

« Nous sommes là, c'est le peuple. Nous, les petits ouvriers, on ne peut plus vivre », tempête Évelyne Raliere Binet, bloquant une autoroute dans le Jura (est) où une banderole lançait le « SOS d'une nation en détresse ».

À Paris, une cinquantaine de manifestants descendaient les Champs-Élysées depuis l'Arc de triomphe aux cris de « Macron démission! ».

La grande avenue a été partiellement fermée par la police afin d'éviter que les manifestants ne puissent y marcher, comme ils l'avaient voulu.

Les « gilets jaunes » – nom des vestes fluorescentes que chaque automobiliste est obligé de détenir dans sa voiture, en France, afin d'être visible en cas d'accident – entendent protester contre la hausse des taxes sur les carburants, une fiscalité écologique, mais également contre la politique « injuste » du gouvernement qui grèverait le pouvoir d'achat.

Tentative d'ouverture de la part du gouvernement

Visiblement fébrile face à ce mouvement apolitique et déclenché en dehors des syndicats, et donc à l'ampleur difficile à prévoir, le gouvernement a ces derniers jours multiplié caresses et menaces. « On peut manifester », mais bloquer un pays n'est « pas acceptable », a ainsi répété vendredi le premier ministre Édouard Philippe.

Mercredi, le gouvernement annonçait une hausse des aides aux plus modestes pour changer de véhicules et payer ses factures d'énergie. Le même jour, Emmanuel Macron tentait un mea culpa inédit, admettant ne pas avoir « réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants », pourtant une promesse de campagne phare du président.

Des manifestants vêtus de gilets jaunes.Des manifestants à Paris, au pied de l'Arc de triomphe Photo : AFP/Getty Images / STEPHANE DE SAKUTIN

Ce dernier mouvement de contestation intervient après une année difficile pour le président, avec des manifestations qui se sont multipliées contre son vaste programme de « transformation » de la France, sans cependant réussir à stopper la locomotive réformatrice. La popularité de M. Macron, sous les 30 %, est la plus basse depuis son élection en 2017.

Les « gilets jaunes » sont en revanche, eux, soutenus par 73 % des Français, selon le sondeur Elabe. « Cinquante-quatre pour cent des électeurs de Macron soutiennent ce mouvement [ou y sont sympathiques]. Ce n'est pas anodin », souligne Vincent Thibault, chargé d'études senior à l'institut.

C'est d'ores et déjà un succès en termes d'opinion.

Jérôme Sainte-Marie, président de PollingVox, un autre institut d'enquête d'opinion

« Qu'ils soient quelques milliers ou plusieurs millions, qu'ils parviennent ou non à bloquer le pays, les gilets jaunes ont gagné », estime le quotidien Le Parisien. « Ils ont rappelé à nos dirigeants que [...] la fiscalité écologique [...] est vouée à l'échec si elle néglige la réalité quotidienne de ceux qu'elle est censée aider. »

Des manifestants vêtus de gilets jaunes qui tiennent des fumigènes. Des manifestants ont bloqué l'autoroute à Haulchin qui relie la France à la Belgique. Photo : Reuters / Pascal Rossignol

Pour Jérôme Sainte-Marie, « Emmanuel Macron est en grande difficulté face à ce peuple central, ce Français moyen, qui n'a pas l'impression d'être aimé par Macron : il incarne une forme d'élite parisienne, sociale et intellectuelle ».

« L'image de président des riches, c'est encore très présent. Il a du mal a s'en défaire », résume Vincent Thibault.

Fédérant mécontentements et frustrations, le mouvement des « gilets jaunes » est également « la conséquence d'accusations, l'accumulation incessante de petites phrases, comme quand il avait parlé des “ gens qui ne sont rien ” », juge M. Sainte-Marie, en référence à une des saillies dont le président Macron est coutumier. « Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien », avait-il dit en juillet 2017, suscitant un vif émoi.

La hausse du prix de l'essence n'est ainsi qu'un « élément déclencheur », note Vincent Thibault. « Le mécontentement est plus général », juge-t-il.

« Les taxes sur l'essence, c'est la goutte de trop », titre ainsi samedi le quotidien de gauche Libération.

L'ampleur du mouvement dira si Macron a non seulement échoué à réconcilier le peuple avec ses dirigeants, mais pire, creusé le fossé qui les sépare.

journal Libération
Avec les informations de Agence France-Presse

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