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  • Envoyé spécial
  • Sommet économique dans le pays le plus pauvre de l'APEC

    Le reportage de notre envoyé spécial Philippe Vincent-Foisy
    Radio-Canada

    Présidents et chefs d'État de 21 pays sont réunis à Port Moresby en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour participer au Sommet de la Coopération économique de la zone Asie-Pacifique (APEC). Pendant quelques jours, le plus pauvre du groupe est l'hôte du plus important événement de son histoire depuis son indépendance de l'Australie en 1975.

    Un texte de Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire et animateur du balado Mêlée politique

    Le contraste est frappant. Dans le port de la capitale, deux gros navires de croisière. Un troisième paquebot est stationné plus loin, dans une autre section du port.

    Ils ont fait le voyage de l’Australie pour accueillir les délégués, les gens d’affaires et les journalistes qui participent au Sommet, une question de sécurité.

    Un bateau est amarré dans le port et deux zodiaques patrouillent autour.Des navires militaires protègent l'un des bateaux de croisière qui sert à accueillir les dirigeants étrangers. Photo : Radio-Canada / Philippe-Vincent Foisy

    Des navires de croisière avec ses multiples bars et restaurants sont bien loin du quotidien de Port Moresby. The Economist l’a classée 136e sur 140 villes en ce qui a trait à la qualité de vie. Elle devance Karachi, Lagos, Dacca et Damas.

    « Les crimes violents sont chose courante et ils sont souvent commis au moyen d’armes à feu ou de machettes », peut-on lire sur le site du gouvernement du Canada au sujet de Port Moresby, réputée pour être une ville très dangereuse.

    La sécurité est partout. De petits zodiaques et des frégates militaires protègent les bateaux de croisière. Les drapeaux américains, australiens et néo-zélandais sont bien visibles.

    Les nations qui ont injecté des millions de dollars dans ce petit pays veulent que la population et le monde le sachent.

    La Chine a construit l’APEC Haus qui accueille le Sommet, ainsi que le boulevard pour s’y rendre. Le logo rouge « China Aid » est bien visible sur le bâtiment.

    Le logo apparaît aussi sur la navette qui transporte les délégués de leur hôtel flottant au centre des médias. Il se retrouve aussi sur les tout nouveaux abribus de Port Moresby, sous lesquels on peut parfois apercevoir un ou deux hommes en quête d’ombre sous ce soleil brûlant.

    Un garde de sécurité surveille une navette stationnée près d'un bateau dans le port de Port Moresby.Le logo China Aid est visible à de nombreux endroits de Port Moresby pour souligner l'aide financière apportée par le géant chinois. Photo : Radio-Canada / Philippe-Vincent Foisy

    Le contraste s’observe aussi dans les rues de la capitale. De petits attroupements de voitures se forment ici, afin de laisser passer les convois de dirigeants politiques. Certains se déplacent à bord des nouvelles voitures de luxe achetées par le gouvernement.

    La Papouasie-Nouvelle-Guinée a acheté 40 voitures de luxe de marque Maserati pour assurer le transport des chefs d’État et de gouvernement. Selon le quotidien The New York Times, le gouvernement a dépensé plus de 8 millions de dollars pour acheter ces voitures. La décision a été vivement critiquée alors que le pays fait face à une crise budgétaire, une pénurie de médicaments et un retour de la polio.

    La Papouasie est le pays le plus pauvre de ceux qui composent l’APEC, plus de 60 % de sa population vit dans des régions rurales où l'accès aux services de base est limité, selon la Banque mondiale. Son économie est de la taille de Chypre et de l’Afghanistan. Par habitant, son PIB est d’environ 2555 $, contre plus de 45 000 $ au Canada.

    Face aux critiques, la première ministre néo-zélandaise a indiqué qu’elle n’avait pas l’intention d’utiliser ces voitures de luxe.

    De l’aide de partout

    L’aide internationale pleut sur ce petit pays de quelque 8,2 millions d’habitants, alors que la Chine continue d’étendre son emprise dans la région pacifique. Depuis 2011, le géant chinois a investi plus d’un milliard et est devenu le deuxième donateur d’aide au développement, derrière l’Australie, selon la chaîne britannique BBC.

    Le Canada aussi a injecté des millions en Papouasie, dont 20 des 73 millions de dollars nécessaires au projet d’agrandissement de l’aéroport de Port Moresby. Ottawa a aussi débloqué 1,13 million en aide d’urgence après le tremblement de terre de février 2018 de magnitude 7,5.

    D’ailleurs, la Papouasie-Nouvelle-Guinée a été le premier pays de l’APEC à se joindre à la nouvelle « route de la soie » chinoise, un projet titanesque qui consiste à construire des centaines de routes, de ponts et de chemins de fer pour relier la Chine à l'Europe.

    Cette influence croissante inquiète l’Australie. Elle craint de voir ses voisins dans la région soumettre une partie de leur souveraineté politique en contractant d’importantes dettes. L’Australie a d’ailleurs récemment annoncé qu’elle aussi allait augmenter ses investissements.

    Le président chinois Xi Jinping a abordé les craintes occidentales lors de son discours devant les PDG d’entreprises réunis au Sommet de l’APEC.

    Le président chinois Xi Jinping prend la parole lors du sommet de l'APEC 2018 à Port Moresby, en Papouasie-Nouvelle-Guinée.Le président chinois, Xi Jinping, est la figure la plus en vue de ce sommet à Port Moresby, capitale papouasienne. Photo : Reuters / POOL New

    « [La nouvelle route de la soie] n’est pas un club exclusif fermé aux non-membres, ce n’est pas non plus un piège comme certains l’ont qualifié », a-t-il lancé dans son discours.

    Rien toutefois pour convaincre les Américains. Le vice-président Mike Pence a vanté l’engagement américain dans la région qui « contraste » avec celui d’autres pays.

    « Nous n’offrons pas de ceinture contraignante et de route à sens unique, a-t-il affirmé, en ironisant sur le nom anglophone de l’initiative chinoise. N’acceptez pas de dettes étrangères qui peuvent compromettre votre souveraineté. »

    Si le président chinois a tenté d’apaiser les tensions entre les deux puissances économiques, le vice-président américain a réitéré son intention de maintenir une série de tarifs douaniers en place tant que la Chine n’acceptera pas ses demandes.

    Trudeau et le libre-échange

    Pour sa part, le premier ministre du Canada a rencontré samedi son homologue de la Malaisie. Justin Trudeau a aussi discuté avec les dirigeants des îles du Pacifique pour parler des effets des changements climatiques.

    Les dirigeants sont réunis sur une petite tribune où le nom du Sommet est inscrit. Ils sourient et envoient la main.Les leaders réunis au Sommet de l'APEC posent pour une photo de famille. Photo : Reuters / David Gray

    Il va s'entretenir dimanche avec les premiers ministres japonais et australien. Ce sera l’occasion pour Justin Trudeau d'entamer un nouveau chapitre avec ces deux pays. Au Sommet de l’APEC, l’année dernière, le premier ministre ne s’était pas présenté à un événement avec les dix autres pays signataires du Partenariat transpacifique (PTP). La rencontre avait finalement été annulée.

    Le Japon et l’Australie laissaient entendre qu’ils allaient annoncer une entente de principe après le retrait des États-Unis.

    Le Canada a ratifié le PTP, il y a quelques semaines. L’accord doit entrer en partie en vigueur à la fin de l’année, et le premier ministre souhaite que les entreprises canadiennes puissent profiter des nouvelles occasions d’affaires que représentent ces marchés.

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