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L'accompagnement par les pairs pour contrer le décrochage des enseignants

Michèle Desjardins est l'accompagnatrice de Cynthia Coulombe. Elle agit comme personne-ressource dans l'intégration de la jeune enseignante dans son nouveau milieu de travail, l'école primaire Eurêka à Laval
Michèle Desjardins est l'accompagnatrice de Cynthia Coulombe. Elle agit comme personne-ressource dans l'intégration de la jeune enseignante dans son nouveau milieu de travail, l'École primaire Eurêka à Laval Photo: Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Radio-Canada

Le décrochage des enseignants est un problème criant auquel le ministre de l'Éducation du Québec, Jean-François Roberge, a déjà promis de s'attaquer. Afin d'améliorer le taux de rétention des nouveaux enseignants, le ministre a affirmé qu'il comptait développer davantage de mesures d'insertion professionnelle. Et si l'on se fie au Plan de valorisation de la profession enseignante de la Coalition avenir Québec (CAQ), le nouveau gouvernement compte notamment miser sur le mentorat par les pairs.

Un texte de Fannie Bussières McNicoll

Il n'y a toujours pas, au Québec, d'orientation gouvernementale en matière d'insertion professionnelle en enseignement. Toutefois, plusieurs commissions scolaires ont mis en place, au cours des dernières années, des outils pour faciliter l'atterrissage dans le milieu scolaire avec l'aide du Carrefour national d'intégration professionnelle en enseignement (CNIPE).

La Commission scolaire de Laval (CSDL) fait d'ailleurs figure de modèle en la matière.

Cynthia Coulombe a vécu en septembre sa première rentrée en tant qu'enseignante au préscolaire à l'École Eurêka de Laval. Elle a dans sa classe 19 bouts de chou de 5 ans.

Et ce n'est pas facile tous les jours, admet-elle : « Ça va bien, mais il y a beaucoup de défis au niveau du comportement à l'intérieur de mon groupe. C'est stressant. L'anxiété en début d'année était très élevée. »

Cynthia Coulombe est comblée d'enseigner dans une classe de préscolaire cinq ans parce qu'elle aime voir l'étincelle dans les yeux des plus petits lorsqu'ils apprennent de nouvelles choses.Cynthia Coulombe est comblée d'enseigner dans une classe de préscolaire cinq ans. Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Depuis son arrivée à l'École Eurêka, Mme Coulombe rencontre régulièrement Michèle Desjardins pour l'aider à s'adapter à son nouveau milieu de travail, pour mieux s'y retrouver dans la multitude de tâches qu'elle a à apprivoiser, mais aussi pour décompresser.

Et c'est exactement l'objectif du mentorat et des autres services développés depuis deux décennies par la CSDL, qui a ainsi développé une expertise en la matière.

Le CNIPE se trouve d'ailleurs dans les locaux de la CSDL. Mais il a pour mission de coordonner les efforts et les outils d'intégration en milieu scolaire dans l'ensemble du Québec depuis sa création en 2004.

L'insertion professionnelle, ce sont toutes les petites attentions, les dispositifs qui vont faire en sorte de favoriser un filet de sécurité dans lequel les nouveaux enseignants vont pouvoir se confier, poser des questions, partager des réflexions auprès d'enseignants expérimentés pour évoluer et se sentir bien dans son milieu professionnel.

Geneviève Marcoux, personne-ressource au CNIPE

Des rencontres bénéfiques

La première rencontre de parents arrive à grands pas. Pour l'aider à se préparer et partager ses appréhensions, Cynthia Coulombe a un tête-à-tête avec son accompagnatrice en insertion professionnelle, Michèle Desjardins. Cette dernière a préparé une liste d'éléments à évoquer avec son « accompagnée ».

Mme Coulombe se questionne sur la manière d'aborder certains sujets délicats avec les parents. Sa mentore lui suggère des pistes de solution.

Le milieu de l'enseignement, c'est merveilleux parce qu'on n'est pas seul. On a beaucoup de soutien de l'équipe-école, surtout à travers les services d'insertion professionnelle.

Cynthia Coulombe, enseignante au préscolaire à l'École Eurêka

Un scénario semblable se déroule à l'École Le Tandem, toujours à Laval.

Marie-Laurence Coallier a à sa charge une classe d'adaptation scolaire. Elle un petit groupe d'élèves avec des problèmes de comportement. Et elle vient tout juste d'accueillir un nouvel élève dans sa classe, ce qui provoque tout un bouleversement dans la dynamique du groupe.

Elle en parle avec son accompagnateur, Alexandre Lachapelle, qui l'écoute et la conseille.

Marie-Laurence Coallier raconte à Alexandre Lachapelle, son accompagnateur, comment s'est déroulé l'accueil de son nouvel élève.Marie-Laurence Coallier raconte à Alexandre Lachapelle, son accompagnateur, comment s'est déroulé l'accueil de son nouvel élève. Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Passionnés, mais essoufflés

Mme Coallier en est à sa deuxième rentrée scolaire. Et déjà, elle a vécu des moments de remise en question professionnelle majeure.

C'est difficile. J'ai déjà pensé à arrêter. L'anxiété est là, le stress est là, parce qu'on aime nos élèves. On aime tellement nos élèves qu'on veut les aider à tout prix. Ces petites personnes-là qu'on forge, on les veut bien forgées. Alors c'est sûr qu'on se met de la pression.

Marie-Laurence Coallier, enseignante en classe d'adaptation scolaire à l'École Le Tandem à Laval

De son côté, Cynthia Coulombe préfère ne pas s'attarder au pourcentage inquiétant de décrochage enseignant, qui atteint 25 % pour les professeurs avec moins de cinq ans d'expérience.

Elle garde le moral et est convaincue qu'elle demeurera dans le milieu de l'enseignement jusqu'au moment de sa retraite.

Toutefois, Michèle Desjardins rappelle que les défis demeurent grands pour les enseignants en début de carrière.

« J'ai vu beaucoup d'épuisement professionnel, dit-elle. Les enseignants se retrouvent avec une charge qui est considérable. Ils doivent gérer des problèmes de comportement, des problèmes d'apprentissage. Ils vivent des désillusions aussi. Tout ça, c'est lourd sur les épaules de l'enseignant, qui s'essouffle au fil du temps. »

Un impact clair

L'École Eurêka est située dans un quartier multiethnique et défavorisé. Plus de la moitié des professeurs y enseignent depuis moins de cinq ans. Pour prévenir le décrochage de ce personnel enseignant vulnérable, une équipe de trois accompagnateurs a été formée.

Michèle Desjardins, qui est orthopédagogue, est ainsi épaulée d'une enseignante en adaptation scolaire ainsi que d'un enseignant au régulier, qui peuvent chacun à leur manière appuyer les enseignants en début de carrière.

La conseillère pédagogique Liliane Arsenault fait une tournée des écoles afin de prendre le pouls du personnel enseignant.La conseillère pédagogique Liliane Arsenault fait régulièrement une tournée des écoles de la commission scolaire de Laval. Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Une école avec un tel profil est souvent boudée par les enseignants novices. Mais l'accompagnement personnalisé par les pairs semble inverser cette tendance, explique la conseillère pédagogique Liliane Arsenault.

« Ce qu'on constate, c'est que lorsqu'arrive la distribution des tâches en début d'année, les jeunes enseignants disent qu'ils ont quand même le goût d'aller dans ces écoles avec plus de défis, parce qu'ils savent qu'ils seront accompagnés et soutenus de différentes façons », indique Mme Arsenault.

Alexandre Lachapelle enseigne à l'École Le Tandem depuis plusieurs années et est accompagnateur depuis déjà quatre ans. Il est à l'écoute des besoins de ses « accompagnés » et dépiste les situations critiques aussi. Il est certain de l'efficacité de cette approche.

Je suis convaincu que le service d'accompagnateurs sauve des gens d'un surmenage, d'une dépression ou bien d'un départ du milieu de l'enseignement. Ça, j'en suis persuadé.

Alexandre Lachapelle

Cynthia Coulombe et Marie-Laurence Coallier auront droit à un accompagnement personnalisé pendant leurs deux premières années de carrière ainsi qu'à des formations et à des ressources du CNIPE pendant deux années additionnelles.

Mais ce ne sont pas tous les nouveaux enseignants de la province qui ont accès à ce soutien.

Le gouvernement de la CAQ semble toutefois démontrer de l'intérêt à miser sur l'approche du mentorat, à la généraliser et à l'encadrer.

Le Plan de valorisation de la profession enseignante de la CAQ prévoit qu'« un mentor [soit] assigné à chaque jeune enseignant tout au long de ses cinq premières années d'enseignement pour jouer le rôle de conseiller pédagogique, de confident et de soutien ».

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