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Économie et précaution s'opposent dans le dossier de Gazoduq inc.

Gaz naturel liquéfié
Gazoduq inc. souhaite faire cheminer par son pipeline les surplus de gaz canadien vers le complexe de liquéfaction d'Énergie Saguenay, qui le transformera en gaz liquide avant de l'acheminer vers l'Europe et l'Asie. (archives) Photo: La Presse canadienne

Le projet de pipeline de Gazoduq inc., qui veut faire transiter du nord-est de l'Ontario jusqu'à l'usine d'Énergie Saguenay une conduite de 750 kilomètres qui traversera l'Abitibi-Témiscamingue est accueilli favorablement par les Chambres de commerce.

Un texte de Lise Millette

Nous avons eu une conférence téléphonique avec les Chambres de commerce qui sont directement touchées par le projet du gazoduc. Évidemment, on aura des actions communes ensemble, mais évidemment on suit ça de très près. On est favorable, on accueille favorablement les démarches d'informations et de consultations de ce projet-là, a affirmé la vice-présidente exécutive et directrice générale de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF), Sandra Rossignol.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs et député d'Abitibi-Est, Pierre Dufour, reconnaît que le projet pourrait avoir des retombées pour certains secteurs, mais il ne s'agit pas d'une panacée pour la région de l'Abitibi-Témiscamingue, selon lui.

Pour l'Abitibi, c'est un gazoduc avec tranchées et la possibilité de récolter des sous par les municipalités ou les MRC. De mon côté c'est un projet qu'on regarde. Je crois que le promoteur semble vouloir pour l'instant faire ça dans de très bonnes règles, en passant par le BAPE. C'est une situation qui est intéressante, a commenté Pierre Dufour.

La mairesse et préfète de la MRC de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, entend participer aux consultations publiques.

On va prendre le temps d'entendre les groupes concernés. Il faut regarder dans une optique globale, voir les impacts potentiellement positifs et les impacts potentiellement négatifs. La Ville et la MRC doivent continuellement jongler avec des dossiers où on regarde l'importance du développement économique versus la qualité de vie des citoyens versus la protection de l'environnement.

Le gazoduc de 750 kilomètres, dont les coûts de construction sont estimés entre 4 et 5 milliards de dollars, acheminera 1,55 milliard de pieds cubes (ou 44 millions de mètres cubes) de gaz naturel quotidiennement vers l'usine d'Énergie Saguenay. Le gaz naturel y sera liquéfié avant d'être envoyé par bateaux vers l'Europe et l'Asie.

L'Union des producteurs agricoles de l'Abitibi-Témiscamingue n'est pas entièrement fermée, mais elle se montre prudente à l'égard du projet, comme le précise le président de l'UPA régionale, Pascal Rheault.

C'est sûr qu'il s'agit d'une inquiétude pour les producteurs. Le projet vient d'être déposé alors on n'a pas eu le temps de l'étudier comme tel, mais c'est sûr que quand on traverse des terres agricoles, c'est toujours une interrogation sur la façon d'amoindrir les impacts, dit-il.

Pas de lien avec Énergie-Est, dit Gazoduq.inc

Dans la section Foire aux questions du site de gazoduq.com destiné à informer le public, il est précisé qu'il n'existe aucune relation entre le projet de pipeline de gaz naturel qui doit traverser l'Abitibi-Témiscamingue et le projet d'oléoduc d'Énergie-Est.

« L'unique relation avec TransCanada concerne le branchement du futur gazoduc à leur conduite principale de gaz naturel située dans le nord-est de l'Ontario », mentionne le site Internet.

Si le projet n'est pas directement lié à Énergie-Est, le président actuel de Gazoduq inc., Louis Bergeron, était vice-président d'Énergie-Est pour le Québec. La plateforme de Gazoduq inc. n'en fait pas mention et ne présente pas sur son site web qui seront les dirigeants derrière le projet.

Évaluations déficientes?

Gazoduq inc. a dévoilé son site Internet (Nouvelle fenêtre) présentant le projet et des consultations en cinq phases qui débuteront par des rencontres individuelles et de groupe avec des intervenants ciblés.

Pour la députée d'Abitibi-Témiscamingue, Christine Moore, il importe d'obtenir une approbation sociale pour ce projet et aussi de s'assurer que les enjeux environnementaux sont considérés. Il reste que l'Abitibi-Témiscamingue est traversée par des milliers de cours d'eau, donc il est pratiquement impossible de les éviter si on a un trajet qui traverse l'Abitibi-Témiscamingue, alors tous les aspects de sécurité m'inquiètent particulièrement aussi, mentionne-t-elle.

La députée néo-démocrate a souligné que lors de l'évaluation du projet Énergie-Est, les évaluations de l'Office national de l'Énergie ont été défaillantes et que tout n'a pas été corrigé de ce côté.

L'Office national de l'énergie a toujours des processus d'évaluation déficients. Est-ce que ce sera corrigé au moment d'évaluer ce projet? Je ne le sais pas. Il reste aussi des questions plus philosophiques, comme est-ce que c'est le genre de projet que l'on veut avoir si on s'en va vers l'utilisation d'énergies plus vertes? Est-ce que ce projet est à favoriser quand on parle que ça vise principalement des marchés extérieurs? Il y a beaucoup de questionnements à avoir, enchaîne Christine Moore.

Une carte du Québec avec un tracé pour un futur oléoduc. Le corridor proposé est de 750 km et passerait par l'Abitibi-Témiscamingue. Photo : Gazoduq

Transition énergétique

Nature Québec cite pour sa part le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Gutteres, qui a lancé un appel à un changement d'orientation d'ici 2020 afin d'éviter des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent.

Le directeur de Nature Québec estime d'ailleurs contradictoires les positions des gouvernements du Canada et du Québec sur la question des bouleversements du climat.

C'est quoi la correspondance avec l'Accord de Paris, avec la volonté de lutter contre les changements climatiques? Je regarde ça et je ne comprends pas les politiques canadiennes et québécoises qui veulent une chose et son contraire : lutter contre les changements climatiques et les alimenter au gaz naturel, a déploré le directeur de Nature Québec, Christian Simard.

Cette notion de cohérence dans les orientations politiques est également citée par la députée de Québec solidaire dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien. D'accepter que ce gaz passe sur notre territoire, c'est se rendre complice de plus d'exploitation d'hydrocarbures. Et nous, ce que l'on veut, c'est se diriger vers des énergies vertes, dit-elle.

Les préoccupations de Mme Lessard-Therrien vont également au-delà de l'Abitibi-Témiscamingue. Elle souligne qu'une fois le gaz liquéfié, d'immenses méthaniers prendront le large dans un corridor marin correspondant à l'habitat du béluga du Saint-Laurent, désigné comme espèce menacée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Abitibi–Témiscamingue

Ressources naturelles