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Des francophones en colère dénoncent les compressions « idéologiques » de Ford

Le premier ministre Doug Ford s'est porté à la défense de Vic Fedeli, qui présentait son énoncé économique. Photo: La Presse canadienne / Nathan Denette
Radio-Canada

La décision du gouvernement ontarien de supprimer le Commissariat aux services en français et d'annuler le projet d'université francophone à Toronto, que certains considèrent comme une mesure idéologique, ravive de douloureux souvenirs chez les Franco-Ontariens et inquiète des francophones d'ailleurs au pays.

Pour Madeleine Meilleur, ex-ministre déléguée aux Affaires francophones de l'Ontario, ces compressions du gouvernement Ford ne peuvent être expliquées par des raisons économiques.

« Je crois beaucoup plus que c’est idéologique. On a grossi la dette avec des formules comptables que je ne comprends pas pour pouvoir [...] couper dans des services essentiels que sont les services en français », a-t-elle déclaré en entrevue à ICI RDI.

Selon Mme Meilleur, le retour à un système où l'ombudsman traite les plaintes des francophones ontariens équivaut à revenir à un système inefficace.

« C'est pour cela qu'on a créé » le Commissariat aux services en français, a-t-elle ajouté. « Les milieux minoritaires ont besoin du gouvernement pour les aider à survivre, à s'épanouir et à se développer. Ça nous montre que les gains ne sont jamais permanents », dit-elle.

« Ça a ouvert une plaie. »

On se souvient tous de la cause Montfort et moi-même, je revis ces moments-là, ces moments sombres, ces moments tristes de la francophonie.

Madeleine Meilleur, ex-ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario
Entrevue avec Madeleine Meilleur, ex-procureure générale de l'Ontario et ex-ministre déléguée aux Affaires francophones.

Le souvenir de l’annonce de la fermeture de l’Hôpital Montfort demeure bien présent dans l’esprit des Franco-Ontariens, plus de 20 ans après les faits. Le gouvernement conservateur de Mike Harris avait annoncé, le 24 février 1997, la fermeture du seul hôpital de la province offrant une formation universitaire en français.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin, constate également plusieurs similitudes entre la décision du gouvernement Ford et celle du gouvernement Harris de fermer l’Hôpital Montfort.

« À ce moment-là, on avait affaire à un gouvernement conservateur aussi, précise-t-il. Je ne sais pas s’il faut faire le lien. Il y a beaucoup de parallèles qui ont été tracés depuis l’annonce, hier. »

L’Assemblée de la francophonie de l'Ontario n'en restera pas là, promet son président.

« Les francophones hors Québec sont habitués de se mobiliser, de se battre pour tout ce qu’ils ont, soutient M. Jolin. Ce n’est pas tellement nouveau. Tout ce qu’on a réussi à faire avancer, dans la francophonie, c’est parce qu’on s’est battu pour. À la lumière de ce qui s’est passé hier, ce n’est pas près de changer. »

C’est toute la francophonie [canadienne] qui est attaquée.

Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario

Professeure adjointe au département de science politique du Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard doute elle aussi des raisons économiques derrière l’abolition du Commissariat aux services français.

Avec cette décision, le gouvernement Ford n'économisera que 3 millions de dollars sur un déficit de 15 milliards, fait-elle valoir.

On peut se poser la question, à savoir si la problématique est réellement financière ou idéologique.

Stéphanie Chouinard, professeure de science politique

Le fédéral outré

Les compressions de Queen's Park constituent la « démonstration qu'à chaque fois qu'un gouvernement conservateur est élu, au fédéral comme au provincial, on voit que les francophones sont les premières victimes des compressions budgétaires », selon la ministre fédérale des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly.

Elle qualifie la décision du gouvernement Ford de « très triste ».

Hier, je pense que la francophonie canadienne a vécu une journée noire. Aujourd'hui, on se relève et on se retrousse les manches.

Mélanie Joly, ministre des Langues officielles et de la Francophonie du Canada

Pour elle, la faute de ces compressions incombe non seulement au premier ministre ontarien, mais aussi à son allié à Ottawa, le chef conservateur Andrew Scheer. « Vingt-quatre heures après cette annonce, M. Scheer ne s'est toujours pas exprimé » sur cette question, a-t-elle déploré en entrevue.

La ministre Joly a également vanté le bilan du gouvernement de Justin Trudeau, qui a « réalisé le plus gros investissement de l'histoire dans la francophonie », avec une injection de « 2,7 milliards de dollars ».

Elle n'a toutefois pas voulu indiquer si, dans le cas d'une contestation judiciaire des compressions du gouvernement Ford, Ottawa se porterait à la défense de la communauté francophone de l'Ontario.

Le bureau du premier ministre Justin Trudeau a aussi publié une déclaration condamnant vivement la décision du gouvernement Ford.

« On devrait pouvoir vivre dans ces deux langues pleinement et encourager les individus et les communautés d’assumer cette fierté. Le droit de s’exprimer dans la langue officielle de leur choix est un droit prévu dans la Charte des droits et libertés, et ce dernier est enchâssé dans notre loi sur les langues officielles », y lit-on.

Au Nouveau Parti démocratique, le porte-parole en matière de langues officielles, François Choquette, parle d'une « décision purement idéologique » représentant « une amère déception pour la communauté franco-ontarienne ».

« Tout ce que réalisera le gouvernement conservateur ontarien avec ces compressions, c’est des économies de bout de chandelle », indique encore M. Choquette, qui réclame de Justin Trudeau qu'il intervienne et convainque M. Ford de revenir sur sa décision.

« Sinon, quel serait le message envoyé aux autres provinces? Est-ce qu’on pourrait voir d’autres juridictions tenter de renier leurs obligations? » se demande le député de Drummond.

À Québec, l'opposition fait front commun

À Québec, libéraux, péquistes et solidaires ont eux aussi dénoncé ces compressions, évoquant un geste « choquant et inadmissible ».

La députée libérale Kathleen Weil a martelé en entrevue que le Québec devait pleinement jouer son « rôle historique » pour défendre et promouvoir la francophonie canadienne.

Si le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, pour sa part a exhorté le premier ministre François Legault à aborder ce dossier lors de sa rencontre prévue lundi avec Doug Ford, sa collègue Véronique Hivon a carrément soutenu que la décision de Queen's Park « démontre du mépris à l'égard des Franco-Ontariens » et « nie leur réalité ».

Sur Twitter, le député de Québec solidaire Sol Zanetti a saisi la balle au bond pour réitérer son désir d'indépendance du Québec, histoire de protéger le fait français en Amérique du Nord. « Solidarité avec nos frères et nos soeurs Franco-Ontariens », a-t-il écrit.

L’inquiétude gagne le Nouveau-Brunswick

Les Néo-Brunswickois regardent la situation ontarienne avec inquiétude.

Comme l'Ontario, le Nouveau-Brunswick a élu un gouvernement conservateur. Et les deux provinces sont dirigées par des premiers ministres unilingues anglophones.

L’inquiétude des francophones est d’autant plus vive que le gouvernement de Blaine Higgs est appuyé par le parti de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, qui prône l’abolition du bilinguisme.

De son côté, Brian Gallant, premier ministre du Nouveau-Brunswick jusqu'à il y a deux semaines, estime que la décision du gouvernement Ford s'inscrit dans un vaste déplacement international vers la droite.

C’est un discours de droite – et moi, je ferais l’argument de droite extrême – où tout doit passer en deuxième quand il est question des finances.

Brian Gallant, ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick

M. Gallant s’oppose à cette tendance. Il estime que ces mesures, qui sont adoptées progressivement, constituent « un jeu dangereux » pour la société.

Avec les informations de La Presse canadienne

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