•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des acteurs francophones d'Ottawa montent aux barricades

Madeleine Meilleur
Madeleine Meilleur estime que les francophones doivent monter aux barricades, en réaction à l’abolition du Commissariat aux services en français. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

« C'était une journée bien triste dont je vais me souvenir longtemps. » La voix de Madeleine Meilleur, ancienne ministre libérale de l'Ontario, s'est ajoutée au concert de critiques visant le gouvernement de Doug Ford au lendemain de l'élimination du Commissariat aux services en français et du projet de l'Université de l'Ontario français.

L'annonce a suscité un tollé parmi la communauté francophone.

En entrevue à l'émission Les matins d'ici, Mme Meilleur, qui a aussi participé à la bataille contre la fermeture de l'hôpital Montfort, juge qu'encore une fois, les francophones doivent monter aux barricades et [que] nos gains ne sont jamais permanents.

J'ai eu la même impression hier quand cette tuile-là nous est tombée sur la tête, souligne celle qui a été une des instigatrices du Commissariat.

Ancienne procureure générale de l'Ontario et ministre déléguée à l'Office des affaires francophones dans le Cabinet de Kathleen Wynne, Mme Meilleur dit qu'elle n'a pas vu venir l'élimination du Commissariat aux services en français.

C'était un souhait des francophones depuis longtemps, on y a travaillé. Plus tard, on a annoncé l'indépendance du poste de commissaire justement pour en assurer sa pérennité. On avait fait tellement de gains qu'on se sentait beaucoup plus sécures et moins préoccupés par un changement de gouvernement, parce que vous vous souviendrez que c'est le même parti qui avait voulu fermer Montfort, ajoute-t-elle.

Je n'ai pas les mots pour dire à quel point je suis perturbée.

Madeleine Meilleur

Mme Meilleur espère une forte mobilisation de la part des Franco-Ontariens et envisage d'aller en cour pour faire valoir leurs droits.

Il ne faut pas rester immobiles, il faut se mobiliser. Je l’entends depuis hier, les gens commencent à se mobiliser, poursuit l'ancienne ministre.

Pour sa part, l'ancien éditeur du journal Le Droit, Pierre Bergeron qui avait aussi participé à la bataille contre la fermeture de l'hôpital Montfort, croit que la résistance s'organise dans la province.

Mais moi, je m’attends à ce qu’il y ait deux types de mobilisation : la mobilisation externe et la mobilisation interne. C’est celle de la collectivité, de la communauté franco-ontarienne. Ça prend des figures de proue qui vont porter le message, avance M. Bergeron en entrevue à RDI.

Je crois que le fédéral doit intervenir parce qu’un des grands dangers des conservateurs en Ontario actuellement, c’est de voir la francophonie comme un poste budgétaire plutôt que comme un actif de la collectivité ontarienne, et la responsabilité du fédéral, c’est de s’assurer que la collectivité est vraiment mise de l’avant, mise en évidence et c’est ça qui va compter, poursuit-il. Il y a 20 ans, le premier ministre Chrétien s’était impliqué, alors on s’attend à rien de moins du premier ministre Trudeau.

Contestation judiciaire

Benoît PelletierBenoît Pelletier

Comme Mme Meilleur, Benoît Pelletier, expert en droit constitutionnel et professeur à l'Université d'Ottawa, croit que la contestation judiciaire est envisageable.

Ça peut faire l’objet d’une contestation judiciaire puisque dans le cadre du Commissariat des services en français de l’Ontario, il y a un argument qui peut être avancé voulant qu’il s’agisse d’une institution qui est essentielle à la vitalité et à l’épanouissement de la communauté franco-ontarienne en s’inspirant de l’arrêt de la cour d’appel de l’Ontario dans l’affaire Montfort, indique M. Pelletier.

Il rappelle à ce titre que la décision rendue il y a quelques années était fondée sur un principe explicite ou sous-jacent qui était le principe de la protection des minorités.

Nous revoyons ici la même philosophie que celle qui avait animé Mike Harris à l’époque. Un autre gouvernement progressiste conservateur, poursuit-il.

Le professeur juge que ce dossier doit être traité comme une question nationale.

Ces questions interpellent tous les francophones et les francophiles du pays, et à cet égard, j’espère que les Québécois vont être solidaires des Franco-ontariens, conclut-il.

Avec les informations de Claudine Richard

Ottawa-Gatineau

Politique provinciale