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Les coupes en Ontario de mauvais augure pour les francophones du Nouveau-Brunswick, selon des experts

Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick et Doug Ford, premier ministre de l'Ontario (de gauche à droite).
Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick et Doug Ford, premier ministre de l'Ontario (de gauche à droite). Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

L'abolition du projet de l'Université de l'Ontario français et du Commissariat aux services en français en Ontario est une décision « très négative » pour le Nouveau-Brunswick, disent certains experts. Ils établissent un lien entre les coupes en Ontario et la montée de l'Alliance des gens du Nouveau-Brunswick et s'inquiètent du fait que ce parti détienne la balance du pouvoir à l'Assemblée législative.

Un texte de Camille Martel

Je pense que je parle au nom de la communauté franco-ontarienne en ce moment, en disant qu’on est tous atterrés, lance d'emblée Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de sciences politiques du Collège militaire royal du Canada.

Le fait d’annuler le projet d’université, on l’avait vu venir, mais pas le Commissariat aux services en français. Doug Ford avait même voulu se faire rassurant par rapport aux services en français, ajoute-t-elle.

Stéphanie ChouinardStéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de sciences politiques du Collège militaire royal du Canada. Photo : Courtoisie

De toute évidence, il revient sur ses promesses.

Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de sciences politiques du Collège militaire royal du Canada

Des inquiétudes au Nouveau-Brunswick

Mme Chouinard craint que les événements en Ontario aient des répercussions au Nouveau-Brunswick. On retenait notre souffle par rapport à M. Ford et là, les craintes se sont matérialisées, dit-elle.

C’est une réaction de choc. Je suis très déçue pour les Franco-Ontariens. On parlait de la bonification des services pour les francophones récemment et là, tout est à refaire, estime pour sa part Michel Doucet, juriste spécialisé en droits linguistiques.

On peut avoir des inquiétudes, ici, ajoute Michel Doucet, car l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick demande depuis longtemps l’abolition de ce poste et ce parti a une entente presque tacite avec les progressistes-conservateurs.

Est-ce que Blaine Higgs va se laisser influencer? Il va falloir surveiller ça lors du discours du Trône.

Michel Doucet, juriste spécialisé en droits linguistiques
L'avocat Michel Doucet en entrevue. Michel Doucet, juriste spécialisé en droits linguistiques. Photo : Radio-Canada

M. Doucet soulève aussi le fait que le poste de commissaire aux langues officielles n’est toujours pas pourvu au Nouveau-Brunswick. Il y a un commissaire par intérim pour le moment, donc peut-être que le gouvernement va retarder tout ça.

Il rappelle toutefois que comme l'égalité des communautés linguistiques au Nouveau-Brunswick est enchâssée dans la Constitution, ce serait beaucoup plus ardu d'enlever des acquis aux francophones d'ici.

Par contre, le gouvernement pourrait tenter de faire la même chose qu’en Ontario, avertit M. Doucet, c’est-à-dire fusionner le Commissariat aux langues officielles et le bureau de l'ombudsman.

Bien que l'Ontario compte la plus grande communauté francophone hors Québec, soit environ 500 000 personnes, la province n'est pas officiellement bilingue comme le Nouveau-Brunswick. La Loi sur les services en français en Ontario permet toutefois aux Franco-Ontariens qui demeurent dans des régions où au moins 10 % de la région est francophone de recevoir des services des institutions provinciales dans leur langue (il existe certaines exceptions).

Des économies au profit des droits linguistiques

Doug Ford a justifié sa décision jeudi en disant vouloir faire des économies, ce que mettent en doute des experts.

Je crois que c’est motivé par des raisons idéologiques et non financières, croit Érik Labelle Eastaugh, directeur de l'Observatoire international des droits linguistiques et professeur en droit à l’Université de Moncton.

Érik Labelle Eastaugh, directeur de l'Observatoire international des droits linguistiques et professeur en droit à l’Université de Moncton.Érik Labelle Eastaugh, directeur de l'Observatoire international des droits linguistiques et professeur en droit à l’Université de Moncton. Photo : Plaideurs.ca

Mme Chouinard abonde dans ce sens.

Selon Michel Doucet, l'Ontario et le Nouveau-Brunswick se retrouvent avec des gouvernements qui ne semblent pas être portés envers les droits des francophones.

Je vois un lien entre Doug Ford et la montée de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. C’est la montée d’une droite identitaire anglophone et d'un courant réfractaire à l’idée des minorités. On pense que la diversité linguistique et culturelle est une menace, renchérit Érik Labelle Eastaugh.

Pour la professeure Chouinard, ces actions confirment ce qu’on sait déjà au Nouveau-Brunswick , c'est-à-dire qu' une partie de la population ne tient pas aux services et aux droits de la population francophone.

L'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, s’est dit inquiet jeudi des décisions de l’Ontario. Il a répété qu’il estimait ne pas en avoir assez fait pour les francophones pendant qu’il était au pouvoir.

Brian Gallant en point de presseBrian Gallant, ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Il croit que les partis politiques de droite ont comme priorité de faire des économies, même au détriment des droits de certaines communautés. C’est sûr que je vais me tenir debout s’il y a quelque chose comme ça qui arrive ici.

Une façon de contourner la loi

C’est une intention, pas une décision effective immédiatement, rappelle pour sa part Érik Labelle Eastaugh.

En effet, Doug Ford devra présenter un projet de loi pour abolir le Commissariat aux services en français, car cette fonction est enchâssée dans la loi.

Toutefois, transférer le traitement des plaintes à l'ombudsman, comme l'a annoncé Doug Ford, sera peut-être une façon pour lui de contourner la loi, estime Stéphanie Chouinard.

Il s’attend peut-être à ne pas avoir à modifier la loi en faisant ça comme ça.

Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de sciences politiques du Collège militaire royal du Canada

Les francophones de l'Ontario ne seront toutefois pas aussi bien servis par un ombudsman aux responsabilités élargies, croit M. Labelle Eastaugh : Un Commissariat, ce n’est pas juste pour les plaintes. C’est quelqu’un qui a une expertise, qui fait des rapports, etc. Bref, c’est un organe de surveillance.

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