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L’argent dans le couple : la délicate question de qui paie quoi?

Illustration d'un homme et d'une femme avec un signe de dollar.
La façon dont on gère l'argent dans son couple peut heurter les valeurs et créer des frustrations. Photo: iStock
Claudie Simard

Êtes-vous un conjoint du type « chacun pour soi », qui sépare l'addition au restaurant en utilisant une application? Ou êtes-vous plutôt du type « tout en commun » qui partage avec l'autre les mêmes cartes de crédit, les mêmes économies? Lorsqu'on sait que les couples se séparent plus qu'auparavant et que les unions conjugales sont désormais plus courtes, est-ce que cela a une incidence sur qui paie quoi dans le couple? Ils sont trois à avoir accepté de nous ouvrir leurs livres, que nous avons présentés à un planificateur financier.

Parler d'argent et de la façon dont il est géré dans le couple est tabou. C’est pour cette raison que les témoignages recueillis l’ont été de façon confidentielle.

Au fil des rencontres pour ce dossier, il est devenu clair que la gestion de l’argent heurte les valeurs et crée des frustrations. Voilà pourquoi il est essentiel d'en parler.

 Faites notre quiz dans le cadre de notre série sur l’argent dans le couple.

Ce couple partage une partie des dépenses communes.Ce couple partage une partie des dépenses communes. Photo : Radio-Canada

Le couple « partagé »
Lui : 50 000 $/an
Elle : 60 000 $/an
conjoints de fait
1 enfant
1 hypothèque
en couple depuis 4 ans

Dans ce couple, il y a eu de nombreuses frictions concernant l’argent au début de la relation. C’est pourquoi les deux conjoints ont mis au point un système au prorata : ils versent 30 % de leur salaire respectif dans un compte commun afin de payer l’épicerie, les comptes et les sorties.

Les dépenses communes, sans l’hypothèque, s’élèvent à environ 1200 $ chaque mois. Ils ont tous deux une idée de combien l’autre a dans son compte.

Moi, j’adore voyager. Lui, moins, c’est plus le golf. Alors on ne se voyait pas mettre ces dépenses-là en commun et devoir les justifier.

Elle

Hypothèque « séparée »

L’hypothèque de leur maison est sur mesure : ils ont chacun un contrat hypothécaire pour lequel ils ont pu choisir le terme, le taux et l’amortissement. Le prélèvement se fait dans leur compte individuel. Chacun a déboursé 10 000 $ pour la mise de fonds.

Lors de l’achat, elle a fait ajouter des clauses temporaires pour se protéger en cas de séparation. Comme c’était mon projet à moi, d’acheter un immeuble, que je l’ai cherché et trouvé, je voulais avoir la priorité sur le rachat, dit-elle. Si le couple se sépare au cours des quatre années suivant l’acquisition de la propriété, c’est elle qui aura la priorité pour acheter la moitié de l’autre, au prix payé à l’achat.

Donc, si le couple se sépare, l’immeuble aura possiblement une plus grande valeur sur le marché. Cependant, lui ne pourrait pas en bénéficier, puisqu’elle pourrait racheter sa moitié au prix payé à l’achat. Cette mesure n’est valide que pour les quatre premières années. Une autre entente devra être prise ensuite.

Lorsque je demande à son conjoint comment il a réagi en entendant cette proposition il y a deux ans, au moment de l’achat, il l’avoue d’emblée : Je n’étais pas content au départ.

Ils étaient au début de leur relation et ils n’avaient pas encore leur enfant. Elle voulait se protéger et lui avait choisi au dernier instant de se joindre à elle dans cette aventure de propriété.

Sa conjointe explique qu’elle a perdu des investissements avec un ancien conjoint en quittant la maison qu’ils avaient achetée ensemble. Elle souhaitait éviter de répéter l’erreur de ne pas penser à la séparation lors d’un achat aussi important qu’une maison.

Aujourd’hui, le couple est convaincu que le modèle au prorata est l’idéal : il permet à chacun d’être libre, tout en partageant un projet commun.

Depuis le jour 1 où on a appliqué notre système, on n'a plus jamais eu aucune chicane!

Lui

Il affirme aussi qu’ils réussissent à ne jamais dépasser le budget fixé pour les dépenses communes. Chacun se dit aussi prêt à soutenir l’autre financièrement s’il poursuivait des études.

Les commentaires d’André Lacasse, planificateur financier

L’entente fonctionne puisqu’elle convient aux deux conjoints et qu’ils sont transparents dans leurs démarches. Concernant la maison, il rappelle que la valeur d’une résidence croît d’environ 3 % à 4 % par année, un profit non négligeable lors de la vente. Si la maison valait 200 000 $ à l’achat, quatre ans plus tard elle pourrait valoir près de 230 000 $. L'enjeu est encore plus important si l’on projette cette entente sur 10 ans; la maison pourrait alors valoir près de 300 000 $, ce qui serait inéquitable pour monsieur, qui ne pourrait pas en bénéficier. Heureusement, l'entente était temporaire. En fin de compte, le plus important est que les finances ne soient pas source de conflits ou de malaises et c’est ce qui semble être le cas ici.


Ce couple partage toutes les dépenses.Ce couple partage toutes les dépenses. Photo : Radio-Canada

Le couple « moitié-moitié »
Lui : 100 000 $/an
Elle : 30 000 $/an
mariés
pas d'enfant
1 hypothèque
en couple depuis 6 ans

Dans ce couple marié, chacun paie la moitié des dépenses communes, peu importe le salaire qu’il gagne. Elles s’élèvent à 1600 $ par mois. Chacun paie 800 $.

Il arrive qu’elle n’ait pas assez d’argent pour payer sa moitié; il comble alors le reste pour elle.

J'ai questionné madame sur l’équité de ce fonctionnement, qui lui laisse peu de marge de manoeuvre. Elle me répond qu’il était important pour elle de payer sa moitié puisque la maison a été achetée à deux, même si c’est lui qui a fait la mise de fonds.

On ne s’est jamais posé la question. On s’est dit on l’achète [la maison] à deux, on paie à deux.

Elle

Elle s’estime chanceuse d’être aussi « gâtée » par sa douce moitié, qui assume plus souvent les dépenses liées aux sorties.

L’épicerie ne fait pas partie des dépenses communes. C’est au gré de la volonté de chacun et ils ne comptent pas demander la moitié de la facture à l’autre. Ils ne savent d’ailleurs pas exactement combien l’autre a dans son compte ou s’il a des placements.

Moi, tant que j’en ai assez pour me payer des choses, me payer des petits luxes de temps en temps, ça me convient. Je ne me fie pas sur lui, je me suis toujours arrangée avec mon salaire, dit-elle.

En six ans de vie commune, ils affirment que l’argent n’a jamais été une source de conflit.

Ils se sont récemment mariés parce qu'il souhaitait entre autres faciliter le transfert de ses avoirs financiers vers elle en cas de décès.

Au sujet d’un potentiel retour aux études de sa femme, il dit qu’il n'hésiterait pas à la soutenir : J’ai la chance de pouvoir être capable de le faire, alors je le ferais.

Les commentaires d’André Lacasse, planificateur financier

Il est positif de constater que les finances ne semblent pas tabou. Toutefois, si ce couple n’était pas marié, il faudrait penser à protéger madame, qui a un salaire moins élevé. Monsieur pourrait alors contribuer aux REER de madame; elle n’est pas en position d’économiser pour sa retraite, puisqu’elle paie la moitié des frais communs. Par contre, comme ils sont mariés, ce n’est pas nécessaire. C’est justement ce qui retient l’attention : pourquoi payer la moitié, puisque de toute façon, ils sont mariés? C’est un choix personnel et l’important est d’être à l'aise dans le fonctionnement, ce qui semble être le cas. Si elle le souhaitait, madame pourrait envisager de prendre par exemple 5 % ou 10 % de son salaire afin de le conserver pour elle, dans le but d’avoir plus de marge de manoeuvre pour ses dépenses personnelles.


Ce couple utilise une application pour gérer les dépenses communes.Ce couple utilise une application pour gérer les dépenses communes. Photo : Radio-Canada

Le couple « techno »
Elle #1 : 80 000 $/an
Elle #2 : 50 000 $/an
conjointes de fait
pas d'enfant
en appartement
en couple depuis 3 ans

Dans ce couple, l’utilisation d’une application mobile facilite la gestion des dépenses communes, évaluées à 4325 $ par mois. Celle ayant le salaire le plus important assume 60 % de ce montant, l’autre 40 %.

Elles ont chacune un compte personnel et un compte conjoint. Elles partagent une carte de crédit.

L’application Mint est rapidement arrivée dans leur vie commune. Elles ont hésité au début parce qu’elles ne savaient pas si cela pouvait représenter un risque de sécurité informatique.

Mais, elles sont satisfaites désormais : On a tellement de dépenses, je ne me vois pas retourner au fichier Excel! dit Elle #1.

Cependant, la technologie crée aussi une certaine anxiété, parce qu’il arrive qu’il y ait des erreurs, par exemple des transactions qui apparaissent en double ou en triple, pendant un certain temps, avant d’être corrigées.

L’argent a rapidement fait partie des discussions parce que l’une d’elles a une dette d’études universitaires importante qu’elle ne dévoile pas à sa conjointe. Le sujet peut susciter des tensions.

Le partage des économies est un sujet délicat : Elle #1 a un fonds de pension qu’elle cumule depuis de nombreuses années. Elle devra décider si elle souhaite ajouter sa conjointe comme bénéficiaire ou non. Ce couple n’a pas de plan en cas de séparation, mais y travaille présentement. Elle #2 confie combien c’est une tâche difficile.

Le couple a décidé d'aller consulter un planificateur financier, entre autres, pour que celle ayant une dette d'études puisse mettre de l'argent de côté pour sa retraite.

Leur vie commune a été ponctuée d’ajustements : La première année, c’est moi qui payais le plus et après on a réévalué, parce que c’était trop lourd pour moi, mentionne Elle #1.

Aborder cette lourdeur a été un enjeu, confie-t-elle. Je ne savais pas trop comment l’aborder… Le respect de mes limites, ç’a été difficile. Elle #2 convient qu’il y a des ajustements à faire de temps à autre. Elle estime que le couple ne se dispute pas à propos de l’argent.

Les deux ont dû s’ajuster au style de vie de l’autre et le respecter : l’une mange plus souvent au restaurant et achète chaque jour un café au lait, un luxe qu’elle désire pouvoir continuer de se payer.

Il arrive que le budget commun ne soit pas suffisant pour les dépenses communes et il peut manquer entre 200 $ et 300 $ chaque mois. Chacune assume alors la moitié de la facture.

Elle #1 aimerait savoir à combien s’élève la dette d’études de sa conjointe pour mieux s’y préparer, mais elle respecte sa décision. Elles se sont informées pour connaître les impacts de cette dette si jamais elles se mariaient, un engagement qu’elles souhaitent prendre.

Au final, concernant les finances et l’amour, tu t’y jettes un peu à l’aveugle, dit Elle #1, avant de poursuivre : Tu investis en espérant que cette relation soit la bonne.

Les commentaires d’André Lacasse, planificateur financier

Pour faire une planification financière qui convient aux deux, il est essentiel d’être transparent. Ce couple aurait avantage à dévoiler les placements et les dettes de chacune, surtout si elles planifient s’engager davantage en se mariant. Celle qui gagne moins ne semble pas avoir la marge de manoeuvre afin d’épargner pour sa retraite, alors que l’autre a un fonds de pension. Cette réalité pourrait devenir une source de conflit. Il existe des solutions pour lui permettre d’épargner, mais tout commence par analyser les dépenses communes. Ce jeune couple est sur la bonne voie puisqu’il travaille déjà à contrôler ses dépenses.

Et vous, comment vivez-vous votre vie financière à deux? Écrivez vos réflexions ici, dans la section commentaires.

Mauricie et Centre du Québec

Finances personnelles