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Le beatboxing, un langage pas comme les autres

On voit un homme, de face, muni d'un micro en train de faire du beatbox.
Prestation de « beatbox » lors du Festival du film de Tribeca, à New York, en avril 2007 Photo: Getty Images / Roger Kisby/Tribeca Film Festival
Radio-Canada

Faire du beatboxing dans un appareil d'imagerie par résonance magnétique n'est pas uniquement une façon de créer des images incroyables, mais cela permet aussi d'explorer les limites inconnues des sons et du langage.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Le beatboxing est une technique musicale grâce à laquelle un artiste recrée différents types de percussion ou de scratch (le son produit par les DJ lorsqu’ils font tourner un disque vinyle) en utilisant l’ensemble de son appareil vocal : la langue, les lèvres, les joues, les cavités nasales et même le larynx, tout en contrôlant parfaitement sa respiration.

Qu’il s’agisse de performances solos ou en groupe, ceux qui maîtrisent la technique impressionnent leur public, tant sur la scène que sur les réseaux sociaux, au point où leurs aptitudes intéressent maintenant les scientifiques. Une équipe de chercheurs californiens a voulu analyser les méthodes par lesquelles les beatboxers, ces percussionnistes vocaux, produisaient leurs sons.

Leurs premiers résultats (Nouvelle fenêtre), présentés la semaine dernière à Victoria, en Colombie-Britannique, dans le cadre des congrès de la Société américaine d’acoustique et de l’Association canadienne d’acoustique, montrent que les sons produits par ces artistes sont propres à leur discipline et n’existent dans aucune forme de langage humain connue à ce jour.

Outre sa musicalité, le beatboxing serait donc un territoire vocal totalement inusité.

À l’intersection du rythme et de la phonétique

Les chercheurs ont demandé à cinq beatboxers de nationalités, de sexes et d’âges différents de montrer ce dont ils étaient capables à l’intérieur d’un appareil d’imagerie par résonance magnétique.

Cela a permis d’enregistrer les mouvements de l’ensemble de l’appareil vocal, et ce, à une fréquence d’images permettant de suivre les moindres détails de coordination et d’articulation.


Cette vidéo montre un appareil vocal soumis à l'imagerie par résonance magnétique :

Source : University of Southern California


Rapidement, les chercheurs ont vu que les artistes ont un talent quasi acrobatique pour recréer différents rythmes. Ils produisent leurs sons en utilisant presque tous les éléments employés dans le langage, mais à une vitesse et avec un contrôle propres à la production de percussions.

Or, en comparant leurs mouvements avec les sons utilisés dans le langage phonétique, les chercheurs ont remarqué que certains des bruits produits ne sont simplement pas utilisés dans les langues parlées dans le monde.

Lors d’une performance, ces artistes enchaînent et organisent leurs sons d’une façon similaire aux mots d’une phrase. Selon les chercheurs, ces résultats préliminaires sous-entendent que des personnes pratiquant cette discipline produisent un langage unique à base de bruits recréés à l’oreille.

Le prochain objectif des chercheurs est d’analyser leurs vidéos à l’aide d’algorithmes capables de décomposer les mouvements captés au pixel près, afin de pouvoir associer avec précision chaque mouvement avec un son qui lui est propre.

Bien plus que de proposer un guide pratique pour l’aspirant percussionniste vocal, les chercheurs espèrent que leurs travaux permettront de mieux comprendre comment le cerveau peut analyser puis recréer certaines sonorités. Ils espèrent aussi déterminer si ces nouveaux sons activent les mêmes régions du cerveau que le langage ou s’il s’agit de phénomènes distincts.

Science