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L'entreprise Gazoduq veut construire un pipeline à travers l'Abitibi-Témiscamingue

Une carte du Québec avec un tracé pour un futur oléoduc.
Le corridor proposé est de 750 km et passerait par l'Abitibi-Témiscamingue. Photo: Gazoduq

Une entreprise propose de faire transiter par gazoduc du gaz naturel en provenance de l'Ouest canadien jusqu'au complexe de liquéfaction d'Énergie Saguenay, qui souhaite le transformer pour l'exporter ensuite vers l'Europe et l'Asie. Il s'agit d'un projet de 4,5 milliards de dollars.

Un texte de Lise Millette

Gazoduq inc. n'a pas encore déterminé le tracé final de son gazoduc et ne compte pas le faire avant d'avoir consulté la population et les acteurs du milieu, y compris les communautés autochtones, les organismes et les élus. Toutefois, sur le plan préliminaire, le pipeline traverse l'Abitibi-Témiscamingue.

On n'annonce pas un tracé, on annonce le début des consultations. Les gens qui connaissent le mieux le terrain, ce sont ceux qui y vivent, donc on va les inclure dans le processus, jusqu'à l'étape d'opération, affirme le conseiller aux relations avec les communautés pour Gazoduq inc., Julien Neveu-Villeneuve.

La conduite à construire, qui sera d'une longueur d'environ 750 km, se raccordera à une conduite déjà existante. Gazoduq inc. souhaite y faire cheminer les surplus de gaz canadien vers le complexe de liquéfaction d'Énergie Saguenay, qui le transformera en gaz liquide avant de l'acheminer vers l'Europe et l'Asie.

Pour remplacer d'autres sources d'énergies plus polluantes comme le mazout ou le charbon, souligne Julien Neveu-Villeneuve.

Cet argument de remplacer des émissions polluantes ailleurs sur la planète ne convainc pas le président de l'Action boréale, Henri Jacob. S'il convient qu'à destination le gaz naturel supplantera d'autres énergies fossiles, il n'en demeure pas moins que l'exploitation même de ce gaz, ici au Canada, ne diminuera pas. Il ajoute que la construction du pipeline représenterait aussi un coût environnemental.

Ce n'est pas du tout un projet pour diminuer notre consommation énergétique. Il faut diminuer notre consommation. Notre empreinte est insupportable pour la planète. En plus, on nous dit qu'on va exporter à l'extérieur. Ce ne sont pas des bateaux à voile qui vont traverser, ce sera encore du CO2, insiste Henri Jacob.

Selon la documentation déposée par Énergie Saguenay auprès de l'Office national de l'énergie (Nouvelle fenêtre), le complexe de liquéfaction devrait accueillir jusqu'à 160 navires par année.

De nombreuses consultations prévues

Dans les prochaines semaines, l'entreprise publiera les dates de consultations sur son site Internet (Nouvelle fenêtre). Le porte-parole assure qu'il y aura plusieurs séances en Abitibi-Témiscamingue, dont le territoire sera traversé par cette conduite.

Les consultations se tiendront auprès des communautés locales et celles des Premières Nations afin de déterminer où faire passer le gazoduc. Julien Neveu-Villeneuve note que déjà, des zones ont été exclues.

Toute l'élaboration du corridor a été un gros travail avec des experts en environnement et en agriculture pour retirer d'ores et déjà certaines zones. Par exemple, les zones de protection du caribou forestier sont déjà sorties du corridor, mentionne Julien Neveu-Villeneuve.

Gaz naturel liquéfiéGazoduq inc. souhaite faire cheminer par son pipeline les surplus de gaz canadien vers le complexe de liquéfaction d'Énergie Saguenay, qui le transformera en gaz liquide avant de l'acheminer vers l'Europe et l'Asie. Photo : La Presse canadienne

Le corridor dans lequel doit être dessiné le tracé exclut également les zones très habitées, le réservoir Gouin, le lac Abitibi, le lac Saint-Jean, les aires protégées et les secteurs comme les ZEC et les pourvoiries.

L'Action boréale participera aux consultations. Selon Henri Jacob, avant de parler du trajet de ce nouveau pipeline, il importe de s'interroger sur la pertinence même du projet.

Pour déboiser un corridor, peu importe où il va passer, on va encore consommer beaucoup d'énergie. Cela va créer des impacts sur la faune et la flore, soutient M. Jacob.

Le Regroupement Vigilance Mines de l'Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT) accueille froidement ce projet de l'entreprise Gazoduq inc.

Ce projet ajoutera un autre corridor de perturbation dans notre région et dans les territoires à l'est. L'Abitibi est déjà perturbée par l'exploration et l'exploitation minière, les routes de pénétration et l'exploitation forestière. Ce qui nous préoccupe particulièrement, c'est que s'il y avait des fuites de gaz naturel, les impacts sur la couche atmosphérique et les changements climatiques seraient encore plus grands que le CO2. Nous attendons les études d'impact avant de commenter plus en profondeur, a déclaré le porte-parole du REVIMAT, Marc Nantel.

Pour sa part, le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, rappelle que le projet s'ajoute à plusieurs autres au Canada.

Je rêve du jour où on va annoncer des milliards d'investissements en énergies renouvelables, en nouvelle économie, dans des entreprises qui n'accentuent pas la problématique des gaz à effet de serre. On a deux ans pour agir contre les changements climatiques, a mentionné Christian Simard.

Gazoduq inc. souhaite amorcer la construction de son gazoduc en 2022, et la mise en service est prévue pour deux ans plus tard, soit en 2024.

Abitibi–Témiscamingue

Ressources naturelles