•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Prouver une surdité professionnelle, difficile pour certains

Gros plan sur la boule toute illuminée.
Une boule disco dans un bar Photo: Radio-Canada / La facture
Radio-Canada

Après avoir travaillé plus de 35 ans dans des restos, des bars et des karaokés, une ancienne serveuse a tenté, en vain, d'obtenir une indemnisation pour sa perte auditive. Voici son histoire.

Un texte de Claire Frémont, de La facture 

Linda Airoldi, serveuse, a cessé de travailler l’année dernière, à 55 ans. Elle n’avait pas le choix, car elle n’entendait plus les commandes des clients.

Elle consulte alors une audiologiste, qui lui apprend qu’elle doit porter des prothèses auditives.

La spécialiste lui dit aussi que ses problèmes d’audition sont reliés au travail qu’elle a exercé pendant presque quatre décennies dans les bars et les restaurants bruyants. Son audiologiste lui suggère de faire une demande à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) pour le paiement de ses prothèses auditives, qui coûteront autour de 5000 $.

Linda Airoldi,Linda Airoldi, Photo : Radio-Canada / La facture

La CNESST rejette sa demande. Linda Airoldi demande alors une révision de la décision, qui est rejetée aussi.

Reconnaissance d’une surdité professionnelle

Selon les normes québécoises, pour qu’une personne puisse recevoir une indemnisation pour surdité professionnelle, le niveau sonore moyen au travail doit être de 90 décibels pendant huit heures consécutives. « Ailleurs au Canada et en Europe, la norme est de 85 décibels pendant huit heures », précise Richard Martin, un expert sur le bruit en milieu de travail, qui oeuvre à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Une avocate spécialisée dans le droit du travail, Sophie Mongeon, a étudié le dossier de Linda Airoldi. Elle est étonnée des décisions concernant l’ancienne serveuse.

Sophie Mongeon.L’avocate Sophie Mongeon Photo : Radio-Canada / La facture

Je pense que dans le cas de Mme Airoldi, on a sous-estimé son exposition au bruit.

L’avocate Sophie Mongeon

L'avocate estime que la CNESST est de plus en plus gérée comme une compagnie d’assurance qui refuse de dédommager les gens, en tenant pour acquis qu’une personne sur deux ne fera pas appel. Selon elle, l’esprit de la loi se perd dans cette manière de faire.

Plus difficile pour certains

De plus, Linda Airoldi est seule à mener sa bataille et elle n’a pas voulu faire appel à un avocat, qui lui aurait coûté le prix de ses prothèses.

Richard Martin de l'INSPQ explique qu’il est ardu pour une personne venant d’un secteur qui n’a pas été reconnu comme bruyant d’obtenir une reconnaissance de sa surdité professionnelle.

Richard Martin.Richard Martin, de l’INSPQ Photo : Radio-Canada / La facture

Dans ces milieux-là, non syndiqués, un travailleur qui présente une demande fait face à un niveau de difficulté assez grand.

Richard Martin, de l’INSPQ

Ce sont les hommes dans le secteur de la construction qui obtiennent le plus facilement une reconnaissance de leur surdité professionnelle. Les femmes ne représentent que 5 % de tous les travailleurs indemnisés.

Se rendre jusqu’au tribunal du travail

Mme Airoldi a décidé de contester les décisions de la CNESST et d’aller au tribunal du travail. C’est la dernière instance à laquelle elle pouvait se tourner pour faire infirmer la décision de la CNESST.

Deux de ses amies, qui ont été serveuses avec elle, sont venues témoigner qu’elles travaillaient toutes les trois dans des endroits avec un fort niveau de bruit. Mme Airoldi a aussi présenté un nouveau rapport de l’audiologiste Louise Paré du Centre de réadaptation en déficience physique (CRDP) Le Bouclier.

Louise Paré.L’audiologiste Louise Paré Photo : Radio-Canada / La facture

Le travail que j’ai fait, c’est de montrer qu’elle n’était pas une travailleuse de cafés, de restaurants et de bars tranquilles. Elle travaillait dans [des] brasseries, karaokés et boîtes de nuit très bruyants.

L’audiologiste Louise Paré

Mme Paré a étudié les niveaux sonores de tous les endroits où Mme Airoldi a travaillé. Elle conclut qu’elle a été exposée à un niveau de bruit de plus de 90 décibels.

Une décision qui lui est défavorable

Le tribunal du travail a finalement rendu une décision défavorable à Mme Linda Airoldi. « Le tribunal est d’avis que la travailleuse n’a pas rencontré son fardeau de démontrer de manière prépondérante que sa surdité doit être reconnue à titre de lésion professionnelle ».

En fait, le tribunal estime que la travailleuse a démontré qu’elle exerçait un travail impliquant une exposition à des bruits excessifs, mais qu’elle n’a pas su prouver que son atteinte auditive était causée par le bruit.

Pour le tribunal, « la preuve médicale au dossier ne permet pas de conclure de manière prépondérante que l’atteinte auditive qu’elle présente est compatible avec une atteinte causée par le bruit ».

Le reportage de Claire Frémont et Benoît Giasson est diffusé le 20 novembre à La facture. à 19 h 30 sur ICI Télé.

Justice

Société