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Aucun Rohingya ne veut retourner au Myanmar

Une foule d'hommes dont la plupart ont les bras levés. Un de ceux-ci portent une pancarte portant l'inscription « We want justice» (Nous voulons que justice soit faite».
Des centaines de réfugiés rohingyas manifestent contre leur rapatriement, au camp d'Unchiprang, au Bangladesh. Photo: Reuters / Mohammad Ponir Hossain
Agence France-Presse

Aucun candidat au retour en Birmanie parmi les centaines de milliers de Rohingyas ayant fui ce que l'ONU qualifie de « génocide » ne s'est présenté jeudi à la frontière entre le Bangladesh et ce pays, au premier jour du lancement de l'opération de rapatriement.

Après de multiples retards, le Bangladesh devait lancer jeudi, aux termes d'un accord avec la Birmanie, le rapatriement d'un premier groupe de 2251 réfugiés, au rythme de 150 personnes par jour.

Des autobus avaient été affrétés pour conduire les candidats au retour à la frontière entre le Bangladesh et la Birmanie. Et Mohammad Abul Kalam, le Commissaire aux réfugiés du Bangladesh, avait fait le déplacement.

Mais à la place, un millier de manifestants rohingyas se sont réunis aux cris de: « Nous réclamons justice ».

« Ils ont tué deux de mes fils. Je me suis enfui au Bangladesh avec mes deux autres enfants. S'il vous plaît ne nous renvoyez pas », a témoigné Tajul Mulluk, Rohingya de 85 ans qui était sur la liste des 150 « candidats au retour » dont le départ était prévu jeudi.

« Le Bangladesh ne nous a transféré personne jusqu'à présent », a confirmé Myint Thu, secrétaire permanent du ministère birman des Affaires étrangères, lors d'un point presse. « Nous avons constaté des faiblesses, côté bangladais, quant à la mise en place effective du plan [mais] nous continuerons notre coopération » avec ce pays, a-t-il ajouté.

Mardi, l'ONU avait demandé au Bangladesh de stopper l'opération, estimant que les conditions n'étaient pas réunies en raison de risques de persécutions. Le Commissaire aux réfugiés du Bangladesh a lui-même reconnu qu'aucun des Rohingyas dont le nom était sur la liste ne souhaitait partir.

Le plan de rapatriement n'a pas été officiellement annulé, mais l'absence de candidats lors de son premier jour est de mauvais augure.

Jeudi, l'ONG Human Rights Watch a ajouté sa voix aux appels à « annuler immédiatement » l'opération.

« Tout le monde est tendu, la situation est très mauvaise », a déclaré à l'AFP un responsable des camps de réfugiés rohingyas à Cox's Bazar, Abdur Rahim, évoquant des contrôles d'identité dans les camps par la police et l'armée bangladaise. La police a démenti de son côté tout renforcement du dispositif policier.

Selon un autre responsable rohingya, Abdur Rahim, parmi les 2260 réfugiés dont les noms figurent sur la liste, « 90 % ont pris la fuite » de crainte d'un rapatriement de force.

Un retour dans des camps « de transit »

La jeune fille est au bas d'une petite butte où se trouvent des maisons. Une réfugiée rohingya prend de l'eau dans un puits au camp Balikhali, dans le district de Cox Bazar, au Bangladesh. Photo : Reuters / Mohammad Ponir Hossain

Depuis août 2017, plus de 720 000 Rohingyas ont fui les exactions de l'armée birmane et de milices bouddhistes et se sont réfugiés au Bangladesh. Ils ont rejoint quelque 300 000 autres membres de la minorité musulmane déjà installés dans des camps du sud-est du pays après de précédentes vagues de violences.

Même si le Bangladesh a assuré que les retours s'effectueraient sur la base du volontariat, bon nombre de réfugiés redoutent de rentrer en Birmanie.

En novembre 2017, la Birmanie et le Bangladesh avaient annoncé un plan de retour. Le processus était ensuite resté au point mort, les deux pays rejetant la faute sur l’autre, et seule une poignée de Rohingyas étaient rentrés.

Selon un document confidentiel du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le HCR met comme condition à son implication que les candidats au retour soient autorisés à retourner dans leur village ou tout autre endroit de leur choix en Birmanie.

Le HCR n'apportera pas son aide « dans des camps, que ce soient les zones d'accueil ou les camps de transit, à moins qu'ils ne soient clairement temporaires », dit le document. Nombre d'observateurs craignent en effet que la Birmanie ne confine les candidats au retour dans des camps « de transit », comme c'est déjà le cas pour plus de 120 000 Rohingyas rentrés dans le pays.

Trudeau craint pour la sécurité des rapatriés

Jeudi, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé être préoccupé par le rapatriement des Rohingyas au Myanmar.

« Un simple rapatriement sans garanties et soutien aux Rohingyas eux-mêmes n'est pas nécessairement la meilleure solution. Ils ont fui par peur de la violence et à cause de la violence existante », a déclaré M. Trudeau aux journalistes en marge du Sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) à Singapour.

« C'est pourquoi nous devons nous assurer que nous continuons à travailler avec les organisations humanitaires internationales, les Nations Unies et nos partenaires pour assurer la sécurité de ces personnes », a-t-il poursuivi.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, ont aussi fait part de leurs préoccupations à ce sujet.

Aung San Suu Kyi

Le vice-président américain, Mike Pence, n'a pas épargné mercredi la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, en marge d'un sommet à Singapour, lui disant devant la presse que les violences qui ont poussé des centaines de milliers de Rohingyas à fuir la Birmanie sont « inexcusables ».

Aung San Suu Kyi, très peu loquace sur le sujet, a répondu que les Birmans « d'une certaine façon comprennent leur pays mieux que n'importe quel pays ».

Elle s'est vu retirer un prix d'Amnistie internationale cette semaine en raison de sa dénégation de l'ampleur de la crise et de son soutien à l'armée, accusée de « génocide » par l'ONU.

Si la dirigeante civile a peu de pouvoirs face aux militaires, que l'ONU souhaite voir poursuivre par la justice internationale, elle a refusé obstinément de condamner les violences contre la minorité musulmane.

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