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David Diop couronné par le prix Goncourt des Lycéens

Portrait de David Diop, qui porte des lunettes.

L'auteur français David Diop est né en 1966 à Paris.

Photo : AFP/Getty Images / JOEL SAGET

Agence France-Presse

Le romancier David Diop, qui a grandi au Sénégal, avait trébuché cette année sur tous les grands prix littéraires français, avant de finalement décrocher, mercredi, le convoité Goncourt des lycéens pour Frère d'âme, publié aux éditions Seuil. Il raconte une histoire d'amitié, jusqu'à la folie, qui se déroule dans l'enfer des tranchées.

Finaliste malheureux du Femina, du Médicis, du Goncourt et du Renaudot, David Diop était le seul auteur à figurer dans toutes les sélections des grands prix littéraires d'automne, et le seul homme en lice pour le Goncourt des lycéens.

Avec ce deuxième roman, qui peut se lire comme un hommage aux quelque 200 000 Africains ayant combattu dans l'armée française durant la Première Guerre mondiale, David Diop expliquait récemment à un journaliste de l'AFP avoir voulu honorer ces « jeunes gens qui n'avaient pas commencé à vivre ».

« J'adore le poème Bleuet, d'Apollinaire », racontait-il avant de citer de mémoire quelques vers : « Jeune homme de vingt ans qui a vu des choses si affreuses... Tu as absorbé la vie de ceux qui sont morts près de toi... Tu connais mieux la mort que la vie ».

Un roman inspiré de vraies lettres

Le narrateur, Alfa Ndiaye, est un soldat sénégalais. Lors d'un assaut, son compagnon d'armes et ami d'enfance, son « plus que frère », Mademba Diop est grièvement blessé. Il supplie son ami de l'achever, mais celui-ci ne peut s'y résoudre. L'histoire du livre raconte la tentative de rachat d'Alfa Ndiaye à l'égard de son compagnon, mort dans d'effroyables souffrances.

« C'est en lisant un livre rassemblant des lettres de [soldats] que m'est venue l'idée de ce roman », a raconté à l'AFP David Diop, 52 ans, qui enseigne la littérature du 18e siècle à l'Université de Pau. « J'ai cherché à savoir ce que les soldats sénégalais, comme [...] les Marocains, ont dû ressentir face à ce que Blaise Cendras appelait "la grande guerre usinière" ».

J'ai voulu essayer de retrouver cette intimité poignante à l'œuvre dans ces lettres de [soldats] en imaginant leurs pensées. Mon roman est un psycho-récit.

Une citation de David Diop

L'influence du wolof

Alfa Ndiaye n'est pas francophone. David Diop, qui parle le wolof, une langue parlée dans l'ouest de l'Afrique, explique avoir « essayé d'adapter au français le rythme de cette langue ». De fait, le rythme des phrases s'apparente à un chant. « J'ai essayé de construire une langue qui reflète les pensées d'une personne qui pense dans une autre langue », explique David Diop.

La mort de Mademba a convaincu Alfa Ndiaye qu'il n'y avait plus de lois. « Dans le monde d'avant, je n'aurais pas osé, mais dans le monde d'aujourd'hui, par la vérité de Dieu, je me suis permis l'impensable », explique le tirailleur sénégalais.

Des adolescents tiennent le livre « Frère d'âme ».

Le prix Goncourt des lycéens est remis chaque année par des élèves français du secondaire.

Photo : AFP/Getty Images / DAMIEN MEYER

Chaque soir, il sort seul de la tranchée pour s'infiltrer dans les rangs des ennemis « aux yeux bleus ». Il en tue un et lui tranche la main au sabre avant de rapporter son trophée dans sa tranchée.

Au début, ses supérieurs et ses camarades le félicitent pour sa bravoure. Mais au bout de la quatrième main, ils s'inquiètent. « À la septième main coupée, ils en ont eu assez », constate Alfa Ndiaye.

Certes, comme le dit le capitaine, « les nègres sont des sauvages, des cannibales, des zoulous », mais désormais on a peur d'Alfa et de sa folie. On le considère comme un « dévoreur d'âmes », un sorcier.

Raconter la folie de la guerre

Fou, Alfa Ndiaye l'est assurément. Mais que dire de la folie de cette guerre? Lorsque les soldats se révoltent contre les attaques incessantes et vaines imposées par leur capitaine, celui-ci choisit sept soldats au hasard, leur fait ligoter les mains dans le dos et les oblige à sortir de la tranchée sous le feu ennemi.

Renvoyé à l'arrière, Alfa Ndiaye se souviendra des derniers jours en Afrique. Cela donne des pages bouleversantes, du temps perdu de l'innocence. En partant à la guerre, il savait d'avance qu'il ne reviendrait jamais plus chez lui. C'est désormais dans l'esprit, même dérangé, qu'existe la seule possibilité de refuge.

Le prix Goncourt des Lycéens est décerné par un jury composé de plus de 1500 élèves français du secondaire, qui ont dû départager 15 livres.

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