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Le procureur saoudien requiert la peine de mort contre cinq des suspects du meurtre de Khashoggi

Gros plan du procureur général saoudien.
Le procureur général saoudien Saoud ben Abdallah Al-Muajab quittant le consulat saoudien d'Istanbul le 31 octobre dernier. Photo: Reuters / KEMAL ASLAN
Radio-Canada

Le procureur général d'Arabie saoudite réclame la peine de mort à l'encontre de 5 des 11 suspects inculpés pour le meurtre du chroniqueur Jamal Khashoggi. Il a, du même souffle, écarté toute implication du prince héritier Mohamed ben Salmane dans l'assassinat du journaliste au consulat saoudien de Turquie.

« Le ministère public a requis la peine de mort à l'encontre de cinq individus accusés d'avoir commandité et commis le crime et les peines appropriées à l'encontre des autres inculpés », a déclaré le procureur adjoint saoudien Shaalan Al-Shaalan.

Sur un total de 21 suspects, 11 ont donc été accusés, alors que l'enquête se poursuit pour établir le rôle des autres.

Le prince héritier Mohamed ben Salmane n’avait aucune connaissance du dossier, a soutenu le procureur général.

C'est le chef adjoint des services secrets saoudiens, le général Ahmed Al-Assiri, qui aurait ordonné que le journaliste soit ramené de gré ou de force, et le chef « des négociateurs » dépêché en Turquie qui aurait ordonné son meurtre devant l’échec de sa mission.

Le procureur adjoint a également annoncé qu'un conseiller du prince Mohamed ben Salmane, Saoud Al-Kahtani, avait été privé du droit de voyager le temps de l'enquête. Le conseiller Al-Kahtani a rencontré les membres de l'équipe chargée de rapatrier Khashoggi avant leur départ d’Arabie saoudite, selon Shaalan Al-Shaalan.

Mohammed ben Salmane coiffé d'un foulard saoudien.Le prince héritier de l'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, lors d'une conférence de presse avec le président français Emmanuel Macron, à Paris, le 10 avril 2018 Photo : Reuters / Yoan Valat

Le régime saoudien a, par ailleurs, rejeté la tenue de l'enquête internationale demandée par Ankara.

La veille, son homologue turc, Mevlüt Cavusoglu, avait pourtant estimé « indispensable » l’institution d’une telle enquête pour faire la lumière sur l’assassinat de M. Khashoggi par des agents saoudiens.

« L'affaire est maintenant judiciaire et elle est traitée par le système judiciaire en Arabie saoudite », a répliqué le chef de la diplomatie de Riyad. Certes, « il y a encore un mystère et nous espérons que nos frères en Turquie » aideront l'Arabie saoudite à dissiper les zones d'ombre qui restent, a-t-il poursuivi.

Adel Al-Jubeir a toutefois déploré la poursuite d'une « violente campagne dans les médias turcs et qataris » contre le royaume saoudien. « Il est regrettable qu'il y ait des tentatives de politiser cette question ».

Virulent critique du régime saoudien en général et du prince héritier en particulier, Jamal Khashoggi a été tué par l’injection d’une dose mortelle de drogue, selon le procureur saoudien.

Son corps a ensuite été démembré entre les murs du consulat pour faciliter son transport à l'extérieur de l'enceinte diplomatique.

Les restes du journaliste demeurent, à ce jour, introuvables.

Le Trésor américain va sanctionner 17 Saoudiens

Le Trésor américain va sanctionner ce jeudi 17 ressortissants saoudiens pour leur rôle dans le meurtre de Jamal Khashoggi, a-t-on appris de source au fait du dossier. Parmi les individus visés figurent Saoud Al-Kahtani, ancien proche conseiller du prince héritier Mohamed ben Salman, et Mohamed Alotaibi, consul général d'Arabie saoudite. Maher Moutreb, un proche de Kahtani qui est apparu au côté de Mohamed ben Salman lors de visites officielles cette année aux États-Unis et en Europe, est également ciblé.

La Turquie insatisfaite

Les explications de la justice saoudienne n’ont pas réussi à convaincre la Turquie. « On nous dit que [Khashoggi] a été tué parce qu'il se serait opposé à ce qu'on le ramène dans son pays. Mais en réalité, ce meurtre, comme nous l'avons déjà dit, a été planifié à l'avance », a réagi le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu.

« Le dépeçage du corps n'était pas spontané. Ils avaient d'abord amené les personnes et les outils nécessaires pour le faire. En d'autres termes, ils avaient déjà planifié comment ils le tueraient et comment ils le découperaient », a-t-il ajouté.

Mevlut Cavusoglu parle dans un micro.Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Photo : Reuters / Fabrizio Bensch

Alors que la version de la justice saoudienne dédouane Mohamed ben Salmane, M. Cavusoglu a appelé à « révéler les vrais commanditaires » de l'opération. « Il ne faut pas que cette affaire soit refermée de cette manière », a-t-il déclaré M. Cavusoglu. « Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire la lumière sur tous les aspects de ce meurtre. »

De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé à plusieurs reprises que l'ordre de tuer Jamal Khashoggi avait été donné « aux plus hauts niveaux de l'État » saoudien.

Par ailleurs, le procureur général saoudien a demandé à la Turquie de signer un accord « spécial » de coopération dans le cadre de l’enquête sur le meurtre survenu le 2 octobre dernier.

L’objectif du mécanisme « spécifique » est, pour le procureur saoudien, d’obtenir « les preuves et les informations pertinentes » de la Turquie en échange d’un rapport sur les résultats de l’enquête.

Le procureur attend la réponse des autorités turques.

Les versions de l'Arabie saoudite

Un homme tient une photo du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.Un homme tient une pancarte avec la photo de Jamal Khashoggi devant l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington le 10 octobre 2018. Photo : The Associated Press / Jacquelyn Martin

L'Arabie saoudite a tout d’abord soutenu pendant des semaines que M. Khashoggi avait disparu après être reparti du consulat saoudien d'Istanbul.

Le pays s’est toutefois ravisé pour finalement annoncer que le chroniqueur était mort à la suite d'une bagarre à l’intérieur du consulat.

Devant l’indignation internationale, les autorités saoudiennes ont de nouveau modifié leur version des événements.

L’Arabie saoudite a alors reconnu que les éléments de preuve présentés par la Turquie indiquaient que le meurtre de M. Khashoggi avait été prémédité.

Des responsables saoudiens ont ensuite affirmé qu'il s'agissait d'une opération clandestine menée par des agents saoudiens qui auraient outrepassé leurs pouvoirs.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et Associated Press

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