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Brexit : Theresa May défend son accord et perd un allié après l'autre

Les explications d’Azeb Wolde-Giorghis
Radio-Canada

Malgré la démission de ministres importants comme celui qui est chargé du Brexit, Theresa May a continué, jeudi soir, de défendre son plan d'accord pour la sortie de son pays de l'Union européenne (UE).

« [Je crois] avec toutes les fibres de mon être que le chemin que j'emprunte est le meilleur pour le pays », a déclaré la première ministre du Royaume-Uni en conférence de presse. Combative, Mme May a ajouté que l’accord est satisfaisant, selon elle, car il remet entre les mains du Royaume-Uni le contrôle de ses frontières, de son budget et de ses lois.

Dominic Raab, ministre chargé du Brexit, avait déstabilisé la première ministre plus tôt dans la journée en remettant sa démission. M. Raab s’est dit dans l'impossibilité de défendre l'accord de séparation obtenu avec l’UE.

Moins de 24 heures après avoir obtenu le soutien de ses ministres, la leader conservatrice a perdu tour à tour M. Raab, sa secrétaire d'État au Brexit, Suella Braverman, le secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord, Shailesh Vara, ainsi que sa ministre du Travail, Esther McVey.

Deux adjoints ministériels, Anne-Marie Trevelyan, du ministère de l'Éducation, et Ranil Jayawardena, du ministère de la Justice, ont aussi annoncé leur départ.

Je ne peux pas concilier les termes du projet d'accord avec les promesses que nous avons faites au pays dans notre programme des dernières élections

Dominic Raab
En conférence de presse, la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, boit un verre d'eau en écoutant une question.Une Theresa May combative a affronté les journalistes jeudi. Photo : Reuters

Pendant sa conférence de presse, Mme May a dit préférer un accord qui n’est pas parfait plutôt que pas d'accord du tout, ce qui mènerait, selon elle, à « une grande et profonde incertitude ».

« Oui, des décisions difficiles ont dû être prises. Certains sont mal à l’aise avec les compromis », a-t-elle admis, ajoutant du même souffle que les mesures demeurent dans l’intérêt de la nation.

La première ministre a aussi exclu l'idée de déclencher elle-même un deuxième référendum. « En ce qui me concerne, il n'y [en] aura pas », a-t-elle assuré. La tourmente de la dernière semaine a donné du poids à l'idée d'inviter de nouveau les Britanniques à voter sur le Brexit.

Points d'achoppement

Le statut de l'Irlande du Nord après le Brexit constitue le principal objet de dissension.

La sortie du Royaume-Uni de l’union continentale forcerait en théorie le rétablissement d’une frontière entre l’Irlande du Nord et l’État indépendant d’Irlande, membre à part entière de l’UE.

Afin d’éviter cette situation qui serait catastrophique pour l’économie de voisins qui se partagent une même île, l’accord défendu par Theresa May prévoit que l’Irlande du Nord reste soumise à des règles de l’UE, comme celles qui concernent les produits alimentaires et les normes sur les marchandises.

Également, pour empêcher le durcissement de la frontière irlandaise tout en ne créant pas une division entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni, l’accord propose que le pays en entier reste dans l’union douanière européenne, le temps de trouver une solution permanente.

Or, pour Dominic Raab, « le régime réglementaire proposé pour l'Irlande du Nord présente une menace très réelle pour l'intégrité du Royaume-Uni ».

Il s’inquiète également du fait qu’à la fin de la période transitoire, en 2020, une mesure surnommée le « filet de sécurité » pourrait forcer un statu quo sur la question douanière. L'eurosceptique n'aime pas la perspective d'être potentiellement lié aux règles de l'UE pendant des années, et peut-être indéfiniment.

« Ces règles mèneraient à une situation indéfinie, sinon permanente, où nous serions enfermés dans un régime sans droit de regard sur les règles appliquées, sans mécanisme de sortie. Je pense que ce serait dommageable pour l'économie, mais dévastateur pour la confiance du public dans notre démocratie », a expliqué M. Raab.

Mme May a rétorqué que, sans le filet de sécurité, une entente serait impossible avec l'UE. Celle-ci veut s'assurer que le retour d'une frontière soit exclu.

Selon le ministre démissionnaire, devant ce « chantage » de l'UE, le Royaume-Uni devrait être prêt à risquer un Brexit sans accord.

Le premier à donner sa démission, le secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord, Shailesh Vara, va dans le même sens que Dominic Raab. Il a déclaré que l'accord « laisse le Royaume-Uni dans une maison de transition, sans limite de temps pour savoir quand nous serons enfin une nation souveraine ».

Le ministre britannique Dominic Raab réfléchit lors d'une conférence de presse.Le ministre responsable du Brexit, Dominic Raab, a démissionné du gouvernement de Theresa May en guise de protestation contre l’accord intervenu avec l’Union européenne. Photo : Reuters / Eric Vidal

La première ministre menacée d'un vote de défiance

La décision de Dominique Raab pourrait avoir des conséquences pour Theresa May, menacée d'une motion de censure que pourraient déposer les élus eurosceptiques de son propre parti. Plusieurs d'entre eux ont assuré jeudi matin disposer des 48 signatures nécessaires pour organiser un vote de défiance.

La première ministre serait renversée si 158 députés conservateurs sur 315 votaient pour sa destitution.

Selon le député conservateur pro-Brexit Jacob Rees-Mogg, les appuis à un vote de défiance sur le leadership de Mme May ne cessent d'augmenter et certains viennent de « personnes inattendues ».

Après avoir lui-même demandé un vote en ce sens, M. Rees-Mogg a affirmé que la première ministre est une personne dévouée, mais qu’elle « nous a laissés tomber ». Selon lui, la personne qui deviendra premier ministre devra « croire au Brexit » et les candidats intéressants sont Boris Johnson, David Davis, Dominic Raab, Esther McVey et Penny Mordaunt.

Par ailleurs, l'allié des conservateurs, le Parti unioniste nord-irlandais (DUP), dont l'appui est nécessaire à Theresa May pour avoir une majorité en Chambre, a dit se sentir « trahi ». Il a exclu de soutenir le projet d'accord lorsque celui-ci sera soumis au vote des députés de Westminster.

Theresa May semble donc perdre tous ses soutiens. Selon le London Evening Standard, qui cite des sources parlementaires, même sa tentative de remplacer rapidement le ministre démissionnaire responsable du Brexit a échoué. Michael Gove, ministre de l'Environnement et partisan déclaré de la partition avec l'UE, aurait refusé le poste.

La dirigeante s'est tout de même adressée aux députés britanniques jeudi matin pour tenter de les convaincre de donner leur aval au projet d'accord, qui doit en principe être examiné en décembre par les parlementaires britanniques après avoir été entériné lors d'un sommet européen le 25 novembre à Bruxelles.

Le choix est clair : nous pouvons choisir de partir sans accord, nous pouvons prendre le risque de ne pas avoir de Brexit du tout ou nous pouvons décider de nous unir et de soutenir le meilleur accord qu'il était possible de négocier.

Theresa May

Reconnaissant que l'accord n'est totalement satisfaisant ni pour Londres ni pour Bruxelles, Theresa May a assuré que celui-ci n'était « pas définitif ».

Elle a aussi prévenu qu'un rejet du texte, négocié pendant plus d'un an entre Londres et Bruxelles, serait un « retour à la case départ ».

Theresa May n'a plus d'autorité, dit l'opposition

Au Parlement, l'opposition travailliste estime que le gouvernement « se délite sous nos yeux » et que Theresa May n'a « plus aucune autorité ».

Le projet d'accord « n'a le soutien ni du gouvernement, ni du Parlement, ni du pays », a déclaré le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, ajoutant que les députés britanniques ne peuvent pas accepter « un choix par défaut entre un mauvais accord et pas d'accord du tout ».

« La démission de Dominic Raab marque la fin du projet d'accord de la première ministre », a estimé la députée europhile conservatrice Anna Soubry, qui estime que Mme May doit maintenant envisager de partir. « Nous avons besoin d'un gouvernement d'unité nationale, et nous en avons besoin maintenant », a-t-elle ajouté sur Twitter.

Pour le ministre de la Santé, Matt Hancock, soutien indéfectible de Mme May, tous les députés doivent au contraire voter pour le projet d'accord, parce qu'il est « dans l'intérêt national ». Sinon, l'alternative serait une sortie sans accord ou un second référendum, synonyme peut-être de ne pas sortir de l'UE du tout, a t-il mis en garde, jeudi, sur la BBC.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a annoncé jeudi un calendrier serré jusqu'à la tenue du sommet du 25 novembre. « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cet adieu soit le moins douloureux possible », a-t-il déclaré.

Parallèlement, la Commission européenne devait continuer de discuter avec le Royaume-Uni de la déclaration politique sur la future relation entre Londres et l'UE qui doit accompagner l'accord de retrait.

Avec les informations de Reuters, AFP, et BBC

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