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  • Envoyé spécial
  • « Comment trouver l'équilibre, M. Trudeau? », demandent des étudiants de Singapour

    Le compte rendu de notre envoyé spécial Philippe-Vincent Foisy
    Radio-Canada

    Croissance économique, protection de la vie privée, droits de la personne et lutte contre les changements climatiques. Des questions qui préoccupent les étudiants de l'Université nationale de Singapour. Lors d'une rencontre, jeudi, ils ont demandé au premier ministre du Canada comment les gouvernements parviennent à trouver le juste équilibre. Justin Trudeau a admis que la réponse n'est pas toujours évidente dans certains dossiers. Voici quelques-uns de ces échanges.

    Propos recueillis par Philippe-Vincent Foisy, correspondant parlementaire et animateur du balado Mêlée politique

    Dimanche, lors d’un événement à Paris, vous avez dit qu’attaquer les médias, c’est attaquer la démocratie. Vous avez aussi retiré la citoyenneté honoraire d’Aung San Suu Kyi. Donc, il y a des précédents où vous avez défendu les droits de la personne. Par contre, vous n’avez pas agi contre le président des Philippines Rodrigo Duterte, qui mène une guerre contre la drogue qui a fait des milliers de victimes. Dans votre quête de la croissance économique, comment trouvez-vous un équilibre?

    Il faut se demander si on doit s’engager avec les pays qui ne partagent pas nos valeurs ou si on reste à l’écart en attendant qu’ils règlent leurs problèmes. Ou peut-être, on se dit qu’en s’engageant et en bâtissant une relation économique, cela permet d’avoir ces conversations difficiles pour essayer de faire changer les choses.

    Les Philippines sont un exemple, la Chine en est un autre. Mercredi, lors de ma rencontre avec le premier ministre chinois, oui, on a parlé d’économie, mais j’ai aussi parlé des droits de la personne et de la situation des Ouïgours.

    En ce qui a trait au président des Philippines, quand je l’ai rencontré l’année dernière au sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), j’ai abordé mes préoccupations en matière de respect des lois. Après la discussion, il a exprimé son mécontentement et un contrat de vente d’hélicoptères a été annulé. C’est aussi un défi avec l’Arabie saoudite, avec l’affaire Khashoggi et l’emprisonnement de femmes activistes.

    Le Canada veut devenir un pôle des nouvelles technologies. Si vous y parvenez, comment pouvez-vous éviter l’embourgeoisement de certaines villes, comme on a vu dans la Silicon Valley, où certains citoyens ne peuvent plus vivre dans leur propre ville parce que ça leur coûte trop cher de se loger?

    C’est vrai que la vie à Silicon Valley coûte cher. D’ailleurs beaucoup de Canadiens rentrent à la maison. Oui, il y a des défis avec le prix des maisons, alors que plusieurs personnes réalisent qu’investir au Canada est une bonne chose, qu’acheter une propriété est un bon investissement. Nous travaillons sur une solution, mais ce n’est pas une mauvaise chose que les gens de partout dans le monde voient des occasions d’affaires dans nos villes. Il faut toutefois trouver une solution pour que les Canadiens puissent continuer de vivre dans ces villes aussi.

    À propos de la vie privée et des mégadonnées, on sait que l’intelligence artificielle nécessite énormément de mégadonnées, mais que cela peut empiéter sur la vie privée des citoyens. Comment trouvez-vous un équilibre entre les deux?

    En tant que gouvernement, nous devons aussi trouver une façon de protéger les Canadiens, leurs données personnelles, et les protéger des cyberattaques. En même temps, si on veut devenir un pôle en matière d’intelligence artificielle, il faut donner aux chercheurs des données pour que les algorithmes apprennent et évoluent.

    On travaille à trouver un équilibre. Les gens s’attendent à ce qu’on protège leur vie privée. Il y a des façons de le faire, comme en anonymisant les données.

    On peut aussi collecter les informations de manière acceptable pour les gens. Par exemple, en Estonie, les citoyens sont informés lorsqu’un ministère consulte leurs informations personnelles. Il y a des façons de donner plus de pouvoirs aux citoyens.

    Si vous avez des pistes de solutions, je vous invite à venir au Canada pour travailler là-dessus, on a besoin d’étudiants de partout dans le monde pour trouver des solutions.

    En tant qu’étudiant qui est allé à l’école aux États-Unis, en Grande-Bretagne et à Singapour, j’observe une tendance : de plus en plus de jeunes talents veulent immigrer pour vivre le rêve américain, le rêve canadien, avec des effets sur leur pays d’origine. Que pensez-vous de ces pays qui subissent ces exodes de cerveaux?

    Nous avons beaucoup d’étudiants internationaux au Canada qui viennent dans nos universités. Nous croyons que ces étudiants qui ont passé du temps chez nous, et ont survécu à l’hiver, peuvent faire d’excellents citoyens canadiens. Ils peuvent aussi retourner chez eux. Je ne crois pas qu’il y a un choix à faire.

    L’idée que seuls les pays occidentaux ont une certaine qualité de vie et que les autres pays doivent fournir des ressources est complètement erronée. C’est une ancienne pensée coloniale.

    Il y a des avancées technologiques partout dans le monde, ce qui offrira de plus en plus de choix de pays pour nous établir.

    Des gens vont vouloir rester au sein de leur culture, d’autres voudront une nouvelle vie ailleurs. Notre objectif, c’est de créer des occasions. Ce qui peut être un exode de cerveau une année peut devenir un gain l’année suivante.

    L'oléoduc Trans Mountain de Kinder MorganDes travailleurs de la compagnie Kinder Morgan installent au sol des segments de l’oléoduc Trans Mountain. Photo : Reuters

    Quelles sont les leçons que le Canada a apprises en essayant d’équilibrer votre plan de réduction des gaz à effet de serre (GES) et le besoin d’exporter le pétrole canadien? Avec la taxe sur le carbone et la construction de l’oléoduc [Trans Mountain], il semble que des gens des deux côtés du débat ont été déçus.

    C’est toujours le défi des gouvernements de centre, centre gauche. Il y aura toujours des gens aux extrêmes, tant à droite qu’à gauche, qui ont des positions très fermes.

    Je crois que les Canadiens comprennent que ça ne doit pas être un choix. On doit créer de meilleurs emplois tout en assurant une transition énergétique.

    Notre prix sur la pollution nous permettra d’atteindre nos cibles de Paris*. Pendant cette période de transition, nous allons nous assurer que nos ressources naturelles se rendent sur de nouveaux marchés.

    *En signant l’Accord de Paris, le Canada avait pris l’engagement de réduire ses GES de 30 % d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 2005. Malgré les mesures gouvernementales, Ottawa n’atteindra pas cette cible, selon le ministère de l’Environnement.

    Ma question concerne l’indifférence en politique. En raison de voix des extrêmes qui sont très fortes, qu’en est-il de la majorité silencieuse? Comment les voix aux extrémités du spectre politique peuvent-elles nuire à la participation électorale de la majorité silencieuse?

    Toutes les sociétés démocratiques font face au défi de l'indifférence politique. La grande majorité de la population ne passe pas énormément de temps à penser à la politique. Ils se concentrent sur leur emploi, leurs enfants, leurs amis, la télévision…

    Ils écoutent les nouvelles, ils savent quels sont les récents scandales politiques, mais il n’y a pas un suivi approfondi des projets de loi qui sont adoptés. On peut, d’une certaine façon, s’attendre à cela, dans une démocratie représentative.

    Des centaines de décisions dont les citoyens n’entendront jamais parler sont prises chaque semaine par des politiciens. C’est donc important d’élire des gens qui représentent vos valeurs.

    Nous avons aussi besoin comme société d'avoir des citoyens qui s’engagent et qui se font entendre. Il faut aussi que les politiciens écoutent leurs citoyens.

    Les questions et les réponses ont été traduites et éditées afin de faciliter la lecture de ce texte.

    Politique internationale

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