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Attentat de Québec : « On ne pense pas à notre sécurité », dit un policier honoré

Des voitures du SPVQ stationnées aux abords du Centre culturel islamique de Québec le 29 janvier 2017. Un policier met en place un périmètre de sécurité à l’aide d’un ruban rouge.
Le Gala des policiers du Québec honore deux membres du SPVQ pour leur intervention le soir du 29 janvier 2017. Photo: Radio-Canada / Maxime Corneau
Radio-Canada

Le premier policier à être intervenu à la mosquée de Québec le soir du 29 janvier 2017 n'a jamais réfléchi à la menace qui pesait sur lui. Pour le sergent Jonathan Filteau, une seule chose importait : arrêter le tireur avant qu'il n'abatte d'autres fidèles.

Un texte de Louis Gagné

« On ne pense pas à notre sécurité, on pense à une chose : on veut neutraliser le tireur. Et tous mes collègues de travail qui étaient là ce soir-là vous donneraient la même réponse », raconte le policier en entrevue à Radio-Canada.

Le sergent du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) et son collègue Francis Simard ont été honorés jeudi après-midi lors du Gala des prix policiers du Québec, qui se tenait à Montréal.

Ils ont reçu un prix pour souligner leur intervention le soir de l’attentat qui a fait six morts et plusieurs blessés graves.

Le sergent Jonathan Filteau, du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) lors d'une entrevueLe sergent Jonathan Filteau, du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) Photo : Radio-Canada

Ce n'est pas à nous autres qu'on pense. On veut mettre fin à la menace. C'est ça qu'on veut.

Sergent Jonathan Filteau, Service de police de la Ville de Québec
Attentat terroriste à Québec

Premier appel

Le 29 janvier 2017, à 19 h 34, les policiers de Québec reçoivent un premier appel faisant état de coups de feu qui auraient été tirés dans le secteur du chemin Sainte-Foy et de la route de l’Église.

Le SPVQ reçoit des appels semblables toutes les semaines, mentionne Jonathan Filteau. La plupart du temps, le bruit assimilé à un coup de feu correspond en fait à l’explosion d’un transformateur d’Hydro-Québec. Ce premier signalement n’a donc pas provoqué le branle-bas de combat qui allait suivre.

« C'est quand, dans les cinq-six secondes qui ont suivi, le répartiteur sur les ondes nous a dit : "On est tous sur des appels 911, c'est fondé : victimes multiples, plusieurs coups de feu." À partir de ce moment-là [...] tu commences ta préparation mentale », relate le policier.

Tu sais que tu viens d'embarquer dans une situation, puis que là, ça vient de commencer.

Sergent Jonathan Filteau

Le poste de l’arrondissement de Sainte-Foy–Sillery-Cap-Rouge étant situé à proximité du Centre culturel islamique de Québec, le policier met moins d’une minute pour se rendre sur les lieux. Il est rapidement suivi par une équipe de patrouilleurs.

Coordination

Seul sergent en fonction au poste de Sainte-Foy, Jonathan Filteau prend le contrôle de toutes les facettes de l’intervention : secours aux victimes, assignation des tâches, sécurité, évaluation des risques, communications, etc. Plusieurs heures durant, il détermine les priorités et coordonne les intervenants, sans faillir à la tâche.

L’efficacité de son intervention et le sang-froid dont il a su faire preuve, Jonathan Filteau les attribue à son état de préparation.

« On tombe en mode exécution […] Pourquoi certaines personnes gèlent devant un stress, devant un événement, c'est qu'elles n’ont probablement jamais été formées ni fait de préparation pour ça. Si tu as déjà été préparé à un événement, tu vas tout simplement exécuter ce que tu as déjà fait », explique le policier.

Je compare souvent le cerveau humain à une grande commode avec plein de tiroirs. Si tu ouvres le tiroir d'une situation puis qu'il y a quelque chose dedans, tu vas faire ce que tu as dans ton tiroir. Si tu n'as rien, bien...

Sergent Jonathan Filteau, Service de police de la Ville de Québec

« Ça fait partie de moi »

Jonathan Filteau dit s’être bien remis de son intervention à la mosquée de Québec. Ayant déjà été aux prises avec les phénomènes physiologiques qui se manifestent à la suite d’un épisode de stress intense, il a été en mesure de les voir venir et de « passer au travers ».

« Quand on sait que ces événements-là vont arriver, et là je parle pour moi et non pour les autres, on est capable de plus les prendre avec un grain de sel […] On sait que ça va arriver, donc on ne le dramatise pas », indique le sergent Filteau.

Il précise toutefois que ce qu’il a vécu le soir du 29 janvier 2017 fait maintenant partie de lui.

« Quand on vit quelque chose comme ça, on ne peut pas se dire : "Ce n'est jamais arrivé." On ne l'oublie pas, mais ce n'est pas vrai que c'est constamment là. Ça ne vient pas me hanter, mais ça fait partie de moi, comme pour les paramédics et les autres policiers qui étaient là avec moi. Ça fait maintenant partie de leur vécu puis de leur vie. »

Avec les informations de Bruno Savard

Forces de l'ordre

Société