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Où sera le prochain grand glissement de terrain?

Vue aérienne montrant l'ampleur du glissement de terrain. On voit bien le motif en zébrures, propre aux étalements.
À Brownsburg, dans les Laurentides, l'une des berges s'est effondrée sur 800 mètres de long en mars 2018. Photo: Ministère des Transports du Québec
Radio-Canada

Des centaines de petits glissements se produisent chaque année au Québec. Et parfois, l'un d'eux se propage sur des distances impressionnantes. En utilisant des technologies de pointe et des données historiques, des spécialistes tentent de comprendre le phénomène pour en réduire les répercussions.

Un texte de Tobie Lebel, de Découverte

Tout près de 90 % des Québécois vivent sur les immenses plaines d’argile héritées de la dernière période glaciaire. Ces argiles sont particulièrement propices aux grands glissements de terrain; pourtant, il n’y a pas lieu de paniquer. « Ça prend tout un ensemble de conditions pour qu'à un endroit précis il se produise un glissement de terrain », résume Denis Demers, qui dirige la section des mouvements de terrain, rattachée au ministère des Transports du Québec.

Une argile sensible au remaniement

Pour qu’un glissement se propage sur de très grandes surfaces, il faut une argile qu’on qualifie de « sensible au remaniement ». À l’état intact, cette argile peut soutenir des charges élevées, comme des maisons, des routes et des couches de sol situées au-dessus. Mais il suffit de perturber sa structure, en l’écrasant et en la brassant par exemple, pour que l’argile devienne complètement liquide.

On voit, à gauche, une masse de 18 kilos qui repose sur un échantillon d'argile solide, de forme cylindrique. À droite, quelqu'un verse d'un bécher de l'argile liquide sur la table.Un échantillon d’argile sensible à l’état intact (à gauche) et remanié (à droite) Photo : Ministère des Transports du Québec

C’est ce type d’argile qui explique la tragédie de Saint-Jean-Vianney au Saguenay. En mai 1971, le sol de la ville s’est liquéfié sous les yeux des résidents. Au fil des heures, d’immenses tranches de sol ont tour à tour cédé. Dans leur chute, elles ont écrasé l’argile située plus bas, qui est à son tour devenue liquide, ce qui a provoqué de nouveaux décrochages, un effet domino qui a emporté des dizaines de maisons et fait 31 morts.

On voit une maison qui est entraînée dans la coulée de boue à Saint-Jean-Vianney.Le 4 mai 1971, un glissement de terrain majeur détruit une quarantaine de maisons et entraîne la mort de 31 personnes, à Saint-Jean-Vianney, au Saguenay. Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

À l’époque, il y a très peu d’experts des glissements de terrain. Les récits des survivants seront précieux pour aider à comprendre le phénomène des coulées argileuses, qui est presque unique au Québec.

« C'est un des premiers témoignages qui montrent qu'il y a une séquence dans l'apparition de ces grands glissements de terrain. C'est précédé d'un premier glissement et, dans les heures qui suivent, la séquence rétrogressive se produit et ça évolue très rapidement », explique l'ingénieur Denis Demers.

Identifier les zones à risque

L’histoire joue un deuxième rôle dans l’étude des glissements, celui de révéler où se trouvent les secteurs à risque. « Aux endroits où il s'en est déjà produit, ça veut dire qu'on a toutes les conditions propices pour qu'il se développe de grands glissements, donc ça veut dire que les terrains adjacents pourraient être aussi éventuellement affectés », explique Denis Demers.

Depuis 10 ans, la technologie Lidar a permis d’ajouter un chapitre à l’histoire des glissements de terrain. Grâce à des lasers qui traversent le couvert végétal et rebondissent sur le sol, on découvre les cicatrices de glissements vieux de plusieurs siècles.

Comparaison entre une photo aérienne d'une zone rurale et l'image de cette même zone obtenue grâce à la technologie Lidar :



En recoupant les données historiques avec la topographie et des analyses de sol, les experts disposent de cartes très précises sur les terrains potentiellement exposés aux glissements. Ces informations guident les municipalités dans l’aménagement du territoire ou dans la planification de travaux. Car, si l’érosion naturelle est responsable de 60 % des glissements, c’est l’humain qui provoque les 40 % restants, en affaiblissant un talus déjà instable, par exemple.

Des questions à résoudre

Il reste encore bien des inconnues, particulièrement sur les conditions de déclenchement des grands glissements. On sait déjà que la moitié d’entre eux se produisent au printemps, quand les couches d’argile sont gorgées d’eau. Mais même lorsque toutes les conditions sont réunies – sensibilité de l’argile, pression d’eau dans le sol, hauteur du talus – on ignore pourquoi certains se propagent.

« On peut en avoir deux presque identiques, un qui va se développer en très grand glissement et l'autre où il va y avoir des petites tranches de sol qui vont décrocher, puis ça va s'arrêter là. Pour l'instant, on n'a pas encore d'explications précises pour ce phénomène-là, c'est pour ça qu'il faut être extrêmement prudent », dit Denis Demers.

On voit un homme et une femme à genoux dans un champ. Ils prennent des mesures à l'aide d'un appareil.Des chercheurs de l'Université Laval sur le terrain Photo : Radio-Canada

Le ministère des Transports collabore étroitement avec différents chercheurs de l’Université Laval, qui étudient les mouvements de l'eau dans le sol, les types d’argile ou encore les mécanismes des grands glissements. Ces travaux permettront de mieux cerner les périodes et les lieux propices à ce type de glissements et d’en réduire les impacts potentiels.

Le reportage de Tobie Lebel et Louis Faure est diffusé à l’émission Découverte, dimanche, à 18 h 30, à ICI Radio-Canada Télé.

Science