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Commandite d'Amazon : le Prix littéraire des collégiens est suspendu

Une boîte portant le logo d'Amazon posée sur le sol d'un entrepôt vide

Amazon Canada est le commanditaire principal du Prix littéraire des collégiens

Photo : Radio-Canada / François Joly

Radio-Canada

L'entente de commandite entre le géant américain Amazon et le Prix littéraire des collégiens a tellement fait grincer des dents le milieu culturel que la cofondatrice Claude Bourgie Bovet a annoncé que la remise de la récompense en 2019 était suspendue jusqu'à nouvel ordre.

Un texte de Cécile Gladel avec les informations de Catherine Richer

« La décision est la résultante directe de la réaction désolante de plusieurs acteurs du milieu du livre au Québec suivant l’annonce récente d’un appui majeur », écrit Claude Bourgie Bovet dans un communiqué.

En effet, depuis l'annonce de l'entrée en scène d'Amazon, devenu le commanditaire principal du Prix, plusieurs auteurs, finalistes et éditeurs avaient exprimé leur malaise face au géant américain contre lequel les librairies indépendantes doivent se battre.

« Nos partenariats nous permettent d’accroître le rayonnement du prix, de le faire grandir et de mettre en place une structure solide pour assurer sa pérennité. Le malaise exprimé publiquement nous attriste et nous contraint, faute d’avoir tous les outils nécessaires pour réaliser nos ambitions, de suspendre le prix », poursuit Claude Bourgie Bovet dans la lettre.

La coordonnatrice du prix Sylvie Bovet explique qu'il n'y a pas d'annulation, mais bel et bien une suspension. « Pour l'instant, c'est le statu quo. Les livres ne sont pas envoyés dans les collèges. L'adhésion des étudiants, des auteurs et des autres acteurs clefs de l'industrie n'est pas claire. Nous allons les consulter pour la vérifier. »

Elle ajoute que l'organisation du prix maintient sa position sur l'entente avec Amazon, qui est toujours en vigueur.

Des nombreuses réactions

Cette annonce a fait réagir plusieurs acteurs du milieu littéraire réunis au Salon du livre de Montréal, qui vient d'ouvrir ses portes.

« On appuie toute initiative qui soutient les libraires indépendants, sans lesquels nous n’existerions pas. Cette entente [avec Amazon] nous fait grincer des dents », a dit Frédéric Gauthier, cofondateur de La Pastèque.

« On était un peu à l’abri de l’emprise d’Amazon, mais il y avait une réflexion à faire, et c’est bon qu’elle se fasse maintenant », a-t-il ajouté.

« On est particulièrement déçus pour les auteurs en lice et les collégiens. On aurait souhaité que ça ne mène pas à cette situation, on avait un malaise, mais on ne souhaitait pas que ça soit suspendu », a déclaré Maude Neveu-Villeneuve, copropriétaire des Éditions de ta Mère.

Cette dernière souligne que cette récompense, qui a une valeur d’éducation, devrait être subventionnée par le gouvernement.

Rencontrée au Salon du livre de Montréal, la directrice générale de l'Association des libraires du Québec Katherine Fafard a dit espérer que cette suspension donnera le temps de trouver des « solutions toutes québécoises » pour assurer la survie financière du Prix. « Il y a des libraires indépendants ou des coopératives en milieu scolaire qui pourraient donner un appui financier, il suffit de nous approcher », ajoute-t-elle.

De son côté, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) a déploré cette suspension par voie de communiqué. Après avoir discuté lundi dernier avec la responsable du Prix des collégiens, Claude Bourgie Bovet, le directeur général de l’UNEQ, Laurent Dubois, avait déclaré au quotidien Le Devoir que cette commandite créait un précédent inquiétant : « Les grands événements littéraires peuvent-ils encore bénéficier d’un soutien des entreprises québécoises? »

Avec le rebondissement aujourd'hui, Laurent Dubois ajoute que « jamais l’UNEQ n’a souhaité que cette édition soit suspendue, car cela n’est bénéfique pour personne. Nous demandons au gouvernement québécois de trouver des solutions rapides de financement pour ce prix essentiel à la diffusion de notre littérature afin que l’édition 2019 puisse avoir lieu et que l’organisation puisse bénéficier d'un soutien qui assure sa pérennité. »

Doté d’une bourse de 5000 $, le Prix littéraire des collégiens vise à promouvoir la littérature actuelle auprès des collégiens. Il encourage l’exercice du jugement critique au fil de la lecture d’œuvres québécoises récentes. Coprésidé par Louise-Maude Rioux Soucy, directrice des pages culturelles au Devoir, et Manon Dumais, responsable par intérim des contenus littéraires du même journal, le jury de sélection des œuvres est également composé de David Laporte, du magazine Nuit blanche, de Christian Desmeules et de Dominic Tardif, journalistes et critiques au Devoir, ainsi que de Laurence Côté-Fournier, membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) et critique aux revues Nouveau Projet et Liberté.

Plus de 800 jeunes lectrices et lecteurs de 62 cégeps et collèges de partout au Québec devaient lire dès janvier les ouvrages finalistes afin de décerner leur Prix en avril 2019.

Les finalistes du Prix littéraire des collégiens 2019

  • Créatures du hasard, de Lula Carballo (Le Cheval d’août)
  • Les villes de papier, de Dominique Fortier (Alto)
  • De synthèse, de Karoline Georges (Alto)
  • Querelle de Roberval, de Kevin Lambert (Héliotrope)
  • Ce qu’on respire sur Tatouine, de Jean-Christophe Réhel (Del Busso)

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