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Des disparus par centaines et des déplacés par milliers en Californie

Photos d'hommes et d'un chien collées sur un tableau d'affichage.
Un tableau d'affichage à l'extérieur d'un centre d'évacués est placardé de photos de proches, de voisins et d'animaux de compagnie. Photo: The Associated Press / Gillian Flaccus

Dans un centre d'évacués de Chico, en Californie, un tableau d'affichage déborde de messages et de photos de personnes disparues après avoir fui les feux de forêt meurtriers. Des proches et des voisins inquiets s'enquièrent de leur bien-être.

« J’espère que tu vas bien », dit une note manuscrite. « Si vous le voyez, dites-lui d’appeler », peut-on lire sous une photo d’un homme disparu.

Le feu, reconnu lundi comme le plus meurtrier de l'histoire de l'État, a tué 48 personnes jusqu'à maintenant, puisque six décès ont été rapportés mardi. Le nombre total de disparus n’a pas été dévoilé, mais il s’élevait à plus de 200 en début de semaine.

Le bureau du shérif de Bute County a dévoilé mercredi les noms d’une centaine de personnes dont on est toujours sans nouvelles. Plusieurs d’entre elles sont des octogénaires et des nonagénaires. La porte-parole du bureau a toutefois signalé que la liste est incomplète et qu’elle sera mise à jour.

Les détectives croient qu’ils pourraient être noyés d’appels de proches si la liste complète était diffusée. Ils préconisent donc plusieurs dévoilements groupés.

Une centaine de membres de la Garde nationale vont prêter main-forte aux équipes de recherche déjà en place, a indiqué Kory Honea, shérif de Bute County.

Nous voulons pouvoir couvrir le plus de territoire le plus vite possible. C’est une tâche particulièrement ardue.

Kory Honea, shérif de Bute County

Une évacuation éclair

Greg Gibson est l'un de ceux qui ont consulté le tableau du centre d'évacués de Chico, mardi, dans l’espoir de trouver des nouvelles de ses voisins disparus. Il ignore s’ils ont tenté de fuir Paradise ou s’ils ont hésité quelques minutes de plus que lui. Environ 7700 maisons ont été détruites dans cette ville de 27 000 habitants.

« C’est arrivé si vite. Ça aurait été facile de décider de rester, mais ça aurait été le mauvais choix », souligne-t-il.

Un évacué lit les listes de personnes disparues affichées sur un tableau à l'extérieur d'une église.Greg Gibson a fui les flammes en compagnie de sa colocataire de 79 ans. Il est sans nouvelles de ses voisins à Paradise. Photo : The Associated Press / Gillian Flaccus

Harold Taylor, 72 ans, est un autre évacué qui s’est retrouvé dans ce centre de Chico. Le vétéran de la guerre du Vietnam, qui marche avec une canne, raconte qu’il a reçu un appel jeudi matin pour l'inciter à évacuer sa maison immédiatement. Il a vu les flammes s’élever derrière sa propriété, a quitté précipitamment les lieux sans rien emporter avec lui et a failli y passer.

Un homme de 72 ans avec un masque respiratoire au cou à l'extérieur d'un centre d'évacués.Harold Taylor, un vétéran de la guerre du Vietnam, a fui les flammes, laissant tout derrière lui. Photo : The Associated Press / Gillian Flaccus

En chemin, il a tenté de convaincre son voisin de monter dans sa voiture et de partir avec lui, mais celui-ci a décliné l’offre. Harold Taylor ignore ce qu'il est advenu de son ami.

Nous n’avions même pas 10 minutes pour partir. Le centre-ville était déjà en feu, tous les restaurants et autres.

Harold Taylor

Assise sur le trottoir devant un hôtel de Corning, Linda Rawlings est en état de choc. Elle a appris mardi matin, après plusieurs journées d’incertitude, que sa maison « bleu schtroumpf » de Magalia (au nord de Sacramento) a été rasée par le feu.

Une femme aux cheveux gris, attristée et sous le choc.La maison de Linda Rawlings a été complètement détruite par les flammes. Photo : The Associated Press / Gillian Flaccus

Avant, vous avez toujours de l’espoir. Vous ne voulez pas abandonner. Mais maintenant, nous savons.

Linda Rawlings

Mme Rawlings était partie à la pêche avec son père de 85 ans le jour où le feu s’est déclaré. Avant de quitter leur propriété, ses voisins ont ouvert la grille arrière de chez elle pour permettre à ses trois chiens de fuir. Les chiens ont été recueillis plusieurs jours plus tard, attendant patiemment dans les restes calcinés de leur maison.

La technologie, un appui de taille pour les équipes de recherche

La recherche des victimes s’appuie sur des appareils portables qui peuvent identifier des données génétiques de victimes en quelques heures plutôt qu’au bout de plusieurs jours ou semaines.

« Dans plusieurs cas, sans technologie génétique rapide, le processus est terriblement fastidieux », explique Frank DePaolo, un expert du Bureau du coroner de New York qui est à l’avant-garde scientifique de l’identification de restes humains depuis la tragédie du World Trade Center en 2001.

Avant la tragédie de Paradise, l’incendie le plus meurtrier en Californie était celui qui a ravagé Griffith Park à Los Angeles en 1933, tuant 29 personnes.

Deux pompiers avec des masques et leurs casques de protection repoussent de lourds débris d'une maison calcinée.Des pompiers de la Californie fouillent les décombres d'une maison détruite par le feu Camp Fire à Paradise. Photo : Reuters / Terray Sylvester

À l’autre bout de l’État, dans le sud, les pompiers gagnent du terrain contre le vaste brasier qui a tué deux personnes et détruit plus de 400 structures dans la région de Malibu, où habitent de nombreuses stars.

Le secrétaire de l’Intérieur Ryan Zinke a annulé une visite en Asie pour se rendre dans les zones des feux. Ce n’est pas le moment de désigner des coupables, a-t-il souligné. Dans la ville de Paradise, où il s’est rendu avec le gouverneur Jerry Brown, il a déploré toute cette destruction et a ajouté que plusieurs facteurs contribuent aux feux de forêt, dont le réchauffement des températures.

Le gouverneur a quant à lui mentionné qu’il avait parlé avec le président Trump mercredi et que celui-ci avait promis des fonds fédéraux.

Le gestionnaire de l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence aux États-Unis (FEMA), Brock Long, a précisé que les personnes touchées par l’incendie – un des pires désastres qu’il ait vu dans toute sa carrière – peuvent dès maintenant commencer à demander de l’aide fédérale.

Quatre hommes visitent les décombres d'une école primaire ravagée par le feu. Le gouverneur de la Californie Jerry Brown, le secrétaire de l'Intérieur Ryan Zinke, Brock Long du FEMA et le chef du département des Forêts et de la Protection des incendies pour la région du nord, Scott Upton, dans ce qui était l'école primaire de Paradise. Photo : The Associated Press / Rich Pedroncelli

Le président Trump s’est tourné vers Twitter pour saluer le travail incroyable des pompiers et des premiers répondants qui combattent le feu de forêt le plus meurtrier de l’histoire de la Californie : « Notre nation apprécie votre héroïsme, votre courage et votre génie. Dieu vous bénisse tous! »

Je viens juste de parler avec le gouverneur Jerry Brown pour lui dire que nous sommes avec lui et tous les gens de la Californie, jusqu’au bout!

Tweet de Donald Trump

À la recherche de logements temporaires

Les autorités pensent déjà recourir à des solutions temporaires, comme des maisons mobiles, pour abriter les victimes du brasier qui ont perdu leur logis. Plus de 7600 maisons ne sont plus que des cendres.

Les hôtels et propriétés locatives sont aussi recherchés pour accueillir les nombreux déplacés. Ils sont 52 000 personnes à avoir évacué la région de Paradise. Des écoles et des hôpitaux temporaires seront aussi nécessaires, parce que la reconstruction de Paradise prendra du temps. La ville de 27 000 âmes ne sera pas rebâtie telle qu’elle était et tous devront travailler ensemble pour trouver une « nouvelle normalité ».

L’origine des incendies n’a pas encore été déterminée par l’enquête en cours, mais ils ont pris naissance en même temps et dans le secteur où deux services publics ont rapporté des problèmes.

La société avait informé vendredi les organismes de réglementation qu’une ligne électrique à haute tension près de la région avait eu un problème juste avant l’apparition des premières flammes.

Poursuite déposée contre Pacific Gas & Electric

Des propriétaires qui ont perdu leur maison dans le brasier dans le nord de l’État ont déposé mardi une poursuite contre Pacific Gas & Electric Co. (PG&E). Ils accusent l’entreprise de négligence et d’être responsable de la tragédie. PG&E n’a pas répondu à un courriel envoyé par Associated Press.

Mercredi, l’action de PG&E a chuté de 18 %, après l'envoi par l’entreprise d'un avertissement relativement à un manque de liquidités possible si ses équipements étaient tenus responsables d’avoir allumé les feux qui ravagent la Californie.

La compagnie affirme que ses responsabilités pourraient dépasser la couverture d’assurance qu’elle a renouvelée récemment, ce qui s’ajouterait à la pression financière importante à laquelle elle fait déjà face.

PG&E a déjà retiré 3 milliards de dollars (près de 4 milliards de dollars canadiens) de sa marge de crédit, en prévision de responsabilités à payer relativement aux feux.

L’entreprise a admis avoir contacté une cliente, Betsy Ann Cowley, à propos d’une ligne électrique qui passait sur sa propriété, mais PG&E réfute avoir fait mention de problèmes avec des étincelles. Dans une déclaration écrite, le porte-parole Paul Doherty affirme plutôt que Pacific Gas & Electric avait communiqué avec elle pour des travaux à venir sur une ligne qui était hors d’usage.

Avec les informations de Associated Press

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