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Joséphine Bacon, première Autochtone invitée d’honneur du Salon du livre de Montréal

Elle sourit au micro.

La réalisatrice et poète Joséphine Bacon

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Radio-Canada

Il aura fallu le 41e Salon du livre de Montréal, qui ouvre ses portes ce mercredi, pour que figure une ou un Autochtone parmi les invités d'honneur de l'événement. L'écrivaine innue Joséphine Bacon représente cette grande première.

Un texte de Cécile Gladel

« Je trouve ça très intimidant, lourd. J’espère qu’on m’a aussi remarquée car les gens aiment ce que j’écris », précise l'autrice de Bâtons à message en entrevue.

La poète se dit un peu nerveuse devant l’ampleur de ce qui l’attend, surtout les entrevues à la télévision, qui l’intimident. Mais elle indique être très heureuse de représenter son peuple.

Je suis fière d’être invitée d’honneur pour tous les Indiens, car on a notre place d’honneur.

Joséphine Bacon

Les huit invités d’honneur ont été sélectionnés par un comité qui avait deux contraintes : la diversité et la parité. Le nouveau directeur général du Salon du livre, Olivier Gougeon, n’a que quelques mots quand on lui demande sa réaction à cette première : « Il était temps, l’époque veut ça et c’est très bien. Ce n’était pas une exigence, mais le comité en a vu la pertinence dans ses réflexions. »

Rodney Saint-Éloi, fondateur de Mémoires d’encrier, la maison d’édition qui publie Joséphine Bacon, a trouvé le temps long avant que le salon ne choisisse une telle invitée. « On est content, car c’est la cinquième fois qu’on la suggérait. On a toujours présenté la candidature d'Autochtones et ça a toujours été refusé. Ça montre le malentendu entre le Québec et les Premières Nations. »

L'auteur et éditeur Rodney Saint-Éloi

L'auteur et éditeur Rodney Saint-Éloi

Photo : Pascal Dumont

Joséphine Bacon n’éprouve aucun ressentiment du fait que cette première arrive peut-être un peu tard. « C’est la vie. Le temps arrive quand c’est le temps. C’est formidable. »

Même son de cloche du côté de l’écrivaine Naomi Fontaine, très heureuse de l’honneur que reçoit Joséphine Bacon. « C’est important que ça arrive, mais nous, les Innus, on n’est jamais pressés. On prend les choses comme elles viennent. La vie n’est pas une course. J’espère aussi qu’on l’invite pour sa poésie, pour son œuvre, qui est marquante pour nous, les auteurs innus au Québec. C’est aussi une œuvre qui raconte l’histoire du Québec et des Innus. »

Une reconnaissance historique

La place de plus en plus grande que prend la littérature autochtone au Salon du livre de Montréal est tout simplement essentielle, selon Naomi Fontaine. « Ça fait partie du chemin sur lequel on est en ce moment. C’est une autre preuve qu’on avance comme société dans la réconciliation et dans l’ouverture à l’autre. C’est un beau signe et il faut le reconnaître. »

Rodney Saint-Éloi estime que les Autochtones ont été exclus à cause du racisme systémique. Le choix de Joséphine Bacon comme invitée d'honneur confirme que la littérature des Premières Nations existe.

On envoie un message : ils ont une âme, ils peuvent écrire. C’est quelque chose pour l’histoire. La littérature québécoise a toujours méprisé les Premières Nations.

Rodney Saint-Éloi

« Ça signifie que de nouveaux imaginaires sont présents. Le salon est un espace de consécration pour la littérature, et en l’assumant officiellement, ça lui donne une place dans toutes les bibliothèques et les écoles. Ça peut aussi aider à changer les perspectives », ajoute Rodney Saint-Éloi.

Plus de diversité demandée

Ce dernier souhaite que l'évolution se poursuive. « Le salon doit représenter la ville, la communauté et sa diversité. Il faut tenir compte des enjeux et des marqueurs qui sont là et qui ne sont pas visibles. On se bat contre l’invisibilité de certains imaginaires. On est plus grand quand on peut accueillir la diversité », souligne-t-il.

La diversité sous toutes ses formes est aussi essentielle pour Joséphine Bacon. « Il faut qu’on remarque d’autres nations du monde. Un Autochtone, c’est génial, mais on est très peu. Heureusement, les jeunes commencent à écrire, on a une belle relève. »

Une littérature des Premières Nations essentielle

Naomi Fontaine sera aussi présente au Salon du livre pour souligner cet événement avec Joséphine Bacon. « J’y vais spécialement pour elle, pour célébrer le fait qu’elle soit reconnue dans ce monde littéraire assez neuf pour moi. »

Elle est attentive aux arguments de ses adversaires.

L'autrice Naomi Fontaine

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Elle souligne que la littérature des Premières Nations a non seulement sa place dans le milieu littéraire québécois, mais qu’elle est primordiale, car elle raconte l’histoire du Québec. « Elle est fondatrice. Plus les Québécois vont connaître cette littérature, mieux ils vont connaître leur propre histoire et leur propre identité. Il y a plein de choses qu’on ne sait pas encore de l’histoire du Québec, car personne ne l’a encore racontée, pas écrite, pas lue ou pas publiée. »

Joséphine Bacon rappelle que les Premières Nations ont d’abord eu une tradition orale. L’écrit est venu plus tard, en particulier en français, qui n’est pas leur langue maternelle. « D’avoir une facilité à écrire le français et de le raconter dans ses mots, ça m’épate. De plus en plus [d'Autochtones] écrivent, ça va nous rendre fiers. »

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