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La CIA a songé à administrer aux présumés terroristes un « sérum de vérité »

Un homme marche sur le logo de la Central intelligence agency (CIA) des États-Unis.
La CIA a finalement décidé de ne pas demander au département de la Justice d'approuver l'utilisation de médicaments lors d'interrogatoires. Photo: Reuters / Larry Downing
Associated Press

Peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, la CIA a songé à administrer un médicament qu'elle voulait utiliser comme « sérum de vérité » pour forcer les présumés terroristes à donner de l'information sur de possibles attaques.

Après des mois de recherches, l'Agence centrale de renseignement (CIA) a déterminé que le Versed, un sédatif souvent prescrit pour traiter l'anxiété, « méritait peut-être d'être essayé ».

En fin de compte, la CIA a décidé de ne pas demander aux avocats du gouvernement d'approuver son utilisation.

L'existence d'un programme de recherche sur ce médicament – appelé Projet médicament (Project Medication, en anglais) – a été mise au jour dans un rapport auparavant classifié qui a été remis à l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) en vertu d'une ordonnance judiciaire.

L'organisation a publié le rapport mardi.

Le document de 90 pages, remis à l'avance à l'Associated Press, permet de faire une incursion dans la lutte interne qui sévissait au sein du personnel médical travaillant pour l'agence de renseignement.

Participation des médecins

Les professionnels médicaux tentaient de concilier leur éthique professionnelle avec ce programme, qui permettrait de sauver des vies en évitant de nouvelles attaques.

L'avocat de l'ACLU, Dror Ladin, a expliqué que les médecins n'étaient « pas sadiques », mais qu'ils étaient « complices », a-t-il nuancé.

Cette torture pseudo-scientifique n'aurait pas pu arriver sans la participation des médecins.

L'avocat de l'ACLU, Dror Ladin

De 2002 à 2007, des médecins, des psychologues, des adjoints aux médecins et des infirmières de la CIA ont été directement engagés dans le programme d'interrogatoire, selon le rapport.

Ils ont évalué, surveillé et pris en charge 97 détenus dans 10 installations secrètes de la CIA à l'étranger et les ont accompagnés dans plus de 100 vols.

La CIA a finalement décidé de ne pas demander au département de la Justice d'approuver l'utilisation de médicaments lors d'interrogatoires, épargnant aux médecins de la CIA « certaines préoccupations éthiques importantes », est-il écrit dans le document.

Il avait fallu des mois au département de la Justice pour approuver des tactiques d'interrogatoire brutales, dont la privation de sommeil, le confinement dans de petits espaces et la technique de la noyade simulée.

L'équipe antiterroriste de la CIA « ne voulait pas soulever un autre problème avec le département de la Justice », indique le rapport.

Les expériences du passé examinées

Avant de choisir le Versed, les chercheurs avaient étudié les expériences soviétiques, ainsi que le programme discrédité MK-Ultra de la CIA dans les années 1950 et 1960, qui comprenait l'expérimentation du LSD et d'autres drogues psychotropes sur des individus qui n'en savaient rien dans le cadre d'un projet visant à trouver un « sérum de vérité ».

Ces expériences ont été largement critiquées et, même aujourd'hui, certains experts doutent de l'existence d'une substance efficace pour forcer une personne à dire la vérité.

« Mais des dizaines d'années plus tard, l'agence envisageait à nouveau de faire des expériences sur des êtres humains pour tester des théories pseudo-scientifiques sur l'impuissance acquise de ses prisonniers », a déclaré M. Ladin.

Versed est un nom de marque du midazolam, un médicament utilisé depuis la fin des années 1970 et actuellement vendu en tant que médicament générique. Il provoque la somnolence et soulage l'anxiété et l'agitation.

Il peut également altérer temporairement la mémoire et est souvent utilisé pour des interventions chirurgicales mineures ou des procédures médicales, telles que les coloscopies, qui nécessitent une sédation, mais pas une anesthésie complète.

Il fait partie d'une catégorie de médicaments contre l'anxiété, connus sous le nom de benzodiazépines, agissant sur une substance chimique du cerveau qui calme l'activité des cellules nerveuses.

Une longue bataille judiciaire

L'ACLU a passé plus de deux ans devant les tribunaux pour tenter de faire publier le rapport. En septembre 2017, un juge fédéral à New York a ordonné à la CIA de le rendre public.

Les avocats du gouvernement ont essayé par trois fois de conserver les informations contenues dans le rapport, mais l'ACLU a finalement reçu l'essentiel du rapport en août.

Le gouvernement se bat toujours pour garder certaines parties secrètes, et ses avocats doivent déposer des mémoires devant la Cour d'appel fédérale à New York mercredi, estimant que déjà trop de parties ont été dévoilées.

Alors que le programme rigoureux d'interrogatoires de la CIA a pris fin en 2007, l'ACLU croit qu'il est important de continuer à demander la divulgation de documents à ce sujet, surtout depuis que le président Donald Trump a déclaré pendant sa campagne à la présidence qu'il autoriserait la simulation de noyade lors de l'interrogatoire de présumés terroristes, une pratique désormais interdite par les États-Unis.

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